Le football belge est à la croisée des chemins. Il y a 50 ans, Eugène Steppé, ancien secrétaire général d'Anderlecht, était à Paris où Gabriel Hanot lança l'idée d'une Coupe d'Europe des clubs. Cinq décennies plus tard, on n'imagine plus le foot international sans la Ligue des Champions. Nos représentants ont souvent assumé des rôles importants dans les concerts continentaux. Pour tenir le coup, les clubs belges ont puisé dans leur imagination et leur force de travail, compensant ainsi les handicaps financiers dus à l'étroitesse de leur territoire. Au c£ur des années 60, imitant le monde des affaires, ils firent progressivement appel à la main d'£uvre étrangère. Si l'ancien Premier ministre Achille Van Acker gagna la bataille du charbon après la Deuxième guerre mondiale, en allant chercher des bras en Italie, et à travers toute l'Europe, les clubs belges en firent de même en recrutant du talent aux Pays-Bas...

Le football belge est à la croisée des chemins. Il y a 50 ans, Eugène Steppé, ancien secrétaire général d'Anderlecht, était à Paris où Gabriel Hanot lança l'idée d'une Coupe d'Europe des clubs. Cinq décennies plus tard, on n'imagine plus le foot international sans la Ligue des Champions. Nos représentants ont souvent assumé des rôles importants dans les concerts continentaux. Pour tenir le coup, les clubs belges ont puisé dans leur imagination et leur force de travail, compensant ainsi les handicaps financiers dus à l'étroitesse de leur territoire. Au c£ur des années 60, imitant le monde des affaires, ils firent progressivement appel à la main d'£uvre étrangère. Si l'ancien Premier ministre Achille Van Acker gagna la bataille du charbon après la Deuxième guerre mondiale, en allant chercher des bras en Italie, et à travers toute l'Europe, les clubs belges en firent de même en recrutant du talent aux Pays-Bas, en Yougoslavie, en Pologne, etc. Ce furent, dans les deux cas, des opérations intéressantes. Ces influences diverses furent des sources d'enrichissements techniques, tactiques, physiques. Economiquement, la Belgique devint, pour quelques années, la petite Amérique de l'Europe. Le football suivit le mouvement, eut de belles envolées, mais manqua, comme les industries, de souffle et de projets à long terme. La machine économique eut des ratés, plongeant des régions entières dans le marasme. Les grands clubs se tournèrent heureusement vers le professionnalisme il y a un peu plus de 30 ans. Ce fut une révolution qui régénéra la donne belge. Sur cet élan, dans leur désir légitime de tenir la route européenne, les cercles belges parlèrent beaucoup de formation mais ne firent pas grand-chose pour renverser le cours des choses. Ils se contentèrent de prospecter à l'étranger, d'y recruter du talent déjà formé, alors que la France et les Pays-Bas préparaient des jeunes de chez eux. L'écart s'est creusé. A la longue, cette recherche de talents parfois exotiques devint une source de revenus, vitale pour pas mal de clubs. La Belgique devint, petit à petit, un laboratoire, une terre d'essais, surtout après l'arrêt Bosman quand l'Union Belge, suite à l'appel de ses clubs, décida d'ouvrir ses frontières sans retenues. Il fallait à nouveau du bois de rallonge pour passer l'hiver. Les mauvais jours se sont éternisés si l'on en croit les statistiques que nous publions sur cette page. Les clubs utilisent de plus en plus de joueurs venus des quatre coins du monde. A Beveren, cela frise le ridicule même si cette équipe propose un jeu frivole, riche en émotions diverses. Ce phénomène se répand dans l'Europe entière. Sepp Blatter, le président de la FIFA, a avancé une idée : obliger chaque équipe à aligner six joueurs du cru dans son 11 de base. L'initiative est intéressante et fait penser à la victoire du cinéma européen, qui peut désormais être subsidié, par rapport aux grosses productions américaines qui ne jurent que par les réalités du marché. Sepp Blatter aura du mal à aller au bout de son projet. En réalité, plutôt que d'empêcher la circulation du talent, d'où qu'il vienne (et tant mieux si des clubs belges ont du flair), il faudrait générer un changement des mentalités. J ean-François de Sart vient de prouver, et ce n'est la première fois, que les Espoirs belges ont du talent. Encore faut-il le préserver dans des vestiaires de D1 qui ressemblent parfois à des bourses, où l'on ne termine pas la formation des jeunes dévorés par le fastfoot et l'obligation d'exposer des joueurs achetés sur les marchés étrangers et destinés à la vente. Quel gaspillage ! Il faudra un bigbang pour obliger les clubs à changer leur fusil d'épaule et joindre le geste à la parole. En attendant, Aimé Anthueunis rendra en décembre son tablier de sélectionneur national. Cette décision (ou sanction) a été accueillie dans l'indifférence générale : AA était un patron de revue, le directeur du Moulin Rouge. La Belgique a besoin d'un entraîneur national qui rendra un esprit d'équipe aux Diables Rouges, choisira son groupe, s'y tiendra et travaillera avec eux presque comme dans un club. Cela fera un fameux bigbang de plus mais c'est vital : Michel Preud'homme a du pain sur la planche et il n'aura pas eu le temps de s'éterniser sur Standard-Charleroi et Anderlecht-Bruges. Moyenne des joueurs belges alignés dans le "11" de base des clubs de D1 après J 11 1 ROULERS 9,27 2 ZULTE-WAREGEM 9,00 3 WESTERLO 8,00 4 ST-TROND **7,82 5 CLUB BRUGES 6,73 6 GERMINAL BA 6,55 7 ANDERLECHT 6,45 8 BRUSSELS 6,18 9 CERCLE BRUGES 6,09 Norme Blatter FIFA 6,0010 LA GANTOISE 5,64 Moyenne D1 5,5211 GENK 5,36 12 LA LOUVIÈRE 4,55 13 LIERSE *** 4,20 14 STANDARD 3,82 15 MOUSCRON * 3,64 16 CHARLEROI 3,36 17 LOKEREN *** 2,70 18 BEVEREN 0 * avec Oussalah, double nationalité ** avec Belic, naturalisé *** sur 10 matches En gras, les 4 clubs wallons, tous dans le "rouge"Pierre Bilic