Comme chaque lundi, mardi et jeudi à 10h30, DanielBoccar enfile son survêtement pour dispenser un entraînement à l'un des quatre groupes de jeunes joueurs du Standard. Ce sont les seuls jeunes de plus de 15 ans que compte encore le club liégeois. Ceux qui, à cet âge, souhaitent taper dans un ballon pour s'amuser sont priés de s'affilier ailleurs. A Sclessin, on fait de la formation d'élite.
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Comme chaque lundi, mardi et jeudi à 10h30, DanielBoccar enfile son survêtement pour dispenser un entraînement à l'un des quatre groupes de jeunes joueurs du Standard. Ce sont les seuls jeunes de plus de 15 ans que compte encore le club liégeois. Ceux qui, à cet âge, souhaitent taper dans un ballon pour s'amuser sont priés de s'affilier ailleurs. A Sclessin, on fait de la formation d'élite. Ancien entraîneur du FC Liégeois, puis de Tilleur-Liège, Boccar était devenu l'adjoint d' AaddeMos, qu'il a remplacé de novembre 97 à février 98, avant de seconder LukaPeruzovic en bord de Meuse. Il était toujours sous contrat lorsque TomislavIvic arriva, accompagné de ZeljkoMijac, et fut parachuté chez les jeunes avec un statut professionnel. C'est alors que l'idée lui vint de créer un Foot-Etudes d'élite avec FrancisNicolay. " Je n'avais pas envie de me retrouver sur une voie de garage ", se souvient-il. " J'ai proposé un projet ambitieux à la direction. A l'époque, il n'existait que le Foot-Etudes de Mouscron, mais plutôt à vocation sociale. Rien qui concerne l'élite, parce que le système scolaire ne le permettait pas. J'ai contacté des directeurs d'école de tous les réseaux. ChristianModave, l'ancien arbitre qui est directeur de l'école Ste-Véronique, se montra particulièrement réceptif. Il accepta que les jeunes joueurs de 15 à 18 ans du Standard soient libérés le matin pour venir s'entraîner à la même heure que les professionnels. Ils devraient rattraper les cours loupés, par eux-mêmes, à d'autres moments. Le projet était sur les rails. Nous étions en mai 1998 ". Pour démarrer, Boccar et Modave s'étaient fixé un nombre minimum de 15 joueurs. " Dès la première année, nous en avons eus 24. Actuellement, ils sont 64, répartis en quatre noyaux de 16, selon les tranches d'âge : -16 ans, -17 ans, -18/19 ans, Espoirs/Réserves. Quatre écoles participent au programme : Ste-Véronique, Marie-José, Saint-Laurent et l'IPES de Seraing. Un tiers des élèves sont en internat, à Saint-Jacques ou à Cointe. Les autres habitent dans un rayon de 40 ou 50 kilomètres. La différence, par rapport aux autres initiatives de ce genre, est que les joueurs peuvent choisir leur école et les options. S'ils veulent faire du latin, ils feront du latin, avec autant d'heures à leur programme qu'un élève normal. Le programme est exigeant. Ils s'entraînent deux fois (à 10 h 30 et 17 h 30) les lundis, mardis et jeudis. Entre les entraînements, ils ont cours. Par contre, ils n'ont pas de football les mercredis et vendredis. A la limite, je préfère ce système-ci à un autre système qui les obligerait à s'entraîner tous les soirs après l'école. Nos joueurs ont trois journées très chargées pendant la semaine. Mais les mercredis et vendredis, ils peuvent souffler et se concentrer sur leurs devoirs scolaires ". Les premiers résultats n'ont pas tardé à apparaître. " Je m'étais fixé trois ans pour dresser un premier bilan ", poursuit Boccar. " En réalité, la première saison fut surtout expérimentale. Certains pionniers (je n'ai pas dit cobayes) ont jeté le gant dès le mois de novembre, épuisés par ce régime de forçats. Des erreurs avaient sans doute été commises dans notre chef également. Des petites adaptations ont été apportées : de sept entraînements par semaine au départ, nous sommes passés à six. Le programme actuel a réellement été lancé lors de la deuxième saison, en 1999-2000, et trois ans plus tard, JonathanWalasiak s'est révélé. Parmi ceux de la génération suivante, nés en 1983, certains sont aujourd'hui à Malines : SébastienGrégoire, AntonioCaramazza et XavierAsselborn. Des joueurs nés en 1984 commencent à pointer le bout du nez, comme LaurentGomez et GillesColin. Et, parmi les " 85 ", on parle déjà de GrégoryRondeux. Le système est enclenché. Chaque année, il vient de nouveaux joueurs ". Le bouche à oreille a rapidement fonctionné. Les demandes affluent : " La magie du Standard opère toujours. Le maillot rouche continue de fasciner les jeunes Wallons, dont beaucoup n'ont qu'un rêve : le porter ". La réussite du système n'est pas passé inaperçue aux yeux des managers : " La plupart de nos jeunes sont internationaux. Forcément, ils font l'objet de convoitises. Cette année, nous allons perdre deux joueurs nés en 1987 : JonathanLegear va partir à Feyenoord et SébastienPocognoli à Genk. Un pacte de non-agression avait été conclu avec Anderlecht, pour ne pas se voler des joueurs, et le Sporting l'a respecté. Genk pas. Vis-à-vis de l'étranger, nous sommes impuissants. Ces joueurs ne partiront pas pour rien, cela va de soi. Des indemnités de formation sont prévues. C'est pareil lorsque nous allons chercher un joueur à Namur ou à Bastogne. Mais c'est frustrant. Nous sommes victimes de notre succès. Certains jours, lorsque deux de mes équipes jouent côte à côte sur les terrains n°3 et 4, je dénombre jusqu'à 20 managers ". Pour conserver ces joueurs, il faut se battre. " Aux Pays-Bas, on peut déjà offrir un contrat à un jeune joueur de 15 ans. En Belgique, il faut attendre 16 ans. Par rapport à nos voisins du Nord, nous sommes en position de faiblesse. Mais je n'essaye pas de contourner la loi. Je n'offre pas davantage de cadeaux sous la table aux parents. La seule chose que je puisse promettre aux jeunes joueurs qui viennent chez nous, c'est du travail et de la sueur. Le reste dépend d'eux-mêmes. Nous avons quatre entraîneurs à leur disposition : MarioInnaurato, ChristopheLonnoy, PhilippeDallemagne et moi-même. Nous sommes tous diplômés et pédagogues. Chaque mardi, un médecin du CHU est présent pour les consultations. Un psychologue est là pour les aider également. Ce qu'il manque peut-être, c'est un ancien joueur de D1. Nous n'avons plus un SimonTahamata ou un AlexCzerniatynski, qui pourraient apporter le petit plus qui fait souvent la différence. Notre centre de formation est aussi une école de vie. Mentalement, c'est éprouvant : un joueur que l'on forme, c'est un citron que l'on presse. Il n'y a pas moyen de faire autrement : c'est le football professionnel qui veut cela. Au plus haut niveau, c'est infect. La D1 est dégueulasse. Les coulisses, je préfère ne pas en parler. Dans ces conditions, je ne peux pas former des petits anges. Il faut du caractère pour réussir : aux qualités footballistiques, il faut associer technique-physique-mental. Sur le plan humain, un équilibre football-famille-école est nécessaire. Si l'un de ces éléments fait défaut, le joueur est voué à l'échec dès le départ. Même lorsque tous les ingrédients sont là, la réussite n'est pas garantie. 95 % des jeunes sportifs ne deviendront jamais des stars. Si, parmi les 16 joueurs du groupe Espoirs/Réserve, trois, quatre ou cinq reçoivent une chance en équipe Première, c'est bien. Si, parmi eux, un ou deux devient titulaire, c'est très bien. Les autres devront se recaser à Liège, Visé, Eupen ou ailleurs. Il faut s'assurer que tous ceux qui n'auront pas la chance de pouvoir gagner leur vie uniquement grâce au football aient d'autres cordes à leur arc. Si, en décembre, je constate qu'un joueur accuse des lacunes dans certaines branches scolaires et se révèle un footballeur simplement moyen, je convoque les parents et le directeur d'école. S'il est faible en mathématiques et que le cours de maths a lieu le mardi matin, il sera dispensé d'entraînement le mardi matin. Il ne participera qu'à cinq entraînements sur six : il n'y a pas que le foot dans la vie ". Gérer un centre de formation, c'est aussi faire du recrutement. " 15 prospecteurs sillonnent la Wallonie. Deux d'entre eux jettent aussi un £il sur le Limbourg, mais depuis l'avènement de Genk, le Standard ne constitue plus une piste privilégiée pour ces joueurs-là. Toutes catégories confondues, jusqu'aux Diablotins, nous faisons passer 500 tests par an à des jeunes prometteurs. Parmi eux, 30 ou 40 sont destinés au Foot-Etudes, mais souvent dans leur cas, ils n'atteignent pas le niveau requis. Car les critères d'exigence sont très élevés. Pour ceux qui n'intègrent pas le Foot-Etudes, nous avons aussi cinq centres de perfectionnement en Wallonie : à Herve, à Aische, à Vaux-sur-Sûre, à Ste-Marie-sur-Semois et à St-Ghislain. 80 % des joueurs du Foot-Etudes restent en place pendant tout le cycle dequatre ans. Ils ont dû apprendre à s'apprécier, car s'ils considèrent leur coéquipier comme un rival, c'est fichu. L'inconvénient de notre système, c'est qu'à 16 ans, il est parfois déjà trop tard pour former un futur joueur d'élite. En France, il existe de la pré-formation. Pas encore en Belgique. J'espère qu'un jour, quelqu'un prendra l'initiative de bâtir un projet similaire au nôtre pour les 13, 14 et 15 ans. Cela nous aiderait. Il arrive que nous découvrions un diamant brut à Bastogne, mais qui a déjà accumulé trop de retard. Généralement, dans ce cas, c'est peine perdue. A la limite, je préfère un âne du football qui soit régulier, assidu et dur à l'ouvrage. Lui, au moins, deviendra un bon petit joueur de D3 ". Les étrangers ne sont pas exclus. " Mais, dans ce cas, ce sont surtout des managers qui nous proposent des joueurs. Nous n'allons pas, nous-mêmes, prospecter en Roumanie ou en Côte d'Ivoire pour dénicher les jeunes talents. Si des étrangers débarquent, ils doivent s'adapter à notre mentalité. Ce qui n'est pas toujours évident pour eux ". Les quatre groupes de jeunes, des û16 ans aux Espoirs, participent tous au championnat de D1 de leur catégorie. " Et, si l'on fait le total des points des quatre groupes, nous serions en tête. Mais ce n'est pas l'objectif principal : beaucoup de joueurs évoluent dans une catégorie supérieure à la leur. Le but, c'est qu'ils deviennent des footballeurs de D1 plus tard, pas qu'ils soient champions en Scolaires ". Au-delà de 16 ans, le Standard ne pratique donc plus que la formation d'élite car " cela coûterait trop cher de faire du social ". C'est le système en vigueur à l'Ajax Amsterdam, mais Daniel Boccar se défend de l'avoir copié. Les joueurs sont-ils formés selon un style Standard ? " Absolument. Toutes nos équipes évoluent en 4-4-2 et maîtrisent la défense de zone à un point tel que celle-ci n'a plus de secrets pour eux lorsqu'ils atteignent l'équipe Première. Mais, pour ceux qui assimilent le style Standard à la furia liégeoise, je dois apporter un démenti. Des joueurs sans technique qui ne brillent que par leur engagement, c'est ce que l'on raconte dans les bistrots d'Anderlecht, mais c'est un cliché dépassé. Les supporters liégeois apprécieront toujours un joueur qui mouille son maillot, mais ils apprécieront tout autant un beau geste technique d' AlmaniMoreira ". Lorsqu'il n'est pas sur le terrain, Boccar est à pied d'£uvre dans les bureaux de Sclessin, où le travail ne manque pas. " Il y a l'administration, les contacts avec les parents, les problèmes qui se posent et auxquels il faut apporter une solution ". Au niveau des infrastructures, il s'estime encore légèrement limité par le nombre de terrains. " Cela ira mieux lorsque nous disposerons du complexe sportif d'Ans, en 2005-2006. Mais j'enregistre déjà un gros progrès : nous pouvons utiliser le terrain synthétique indoor, ainsi que la salle de musculation. Autrefois, les jeunes devaient se contenter du terrain n°7, plein de trous. Et l'on était tout heureux de constater que l'un d'entre eux perçait malgré tout. C'était généralement le fruit du hasard ". La formation des jeunes, était-ce sa vocation, dans un milieu où beaucoup d'entraîneurs préfèrent diriger une équipe Première ? " J'y ai pris goût, parce que tout le monde a mordu au projet et que je commence à récolter les fruits de mon travail. Le fait de se retrouver entre Liégeois, avec MichelPreud'homme et DominiqueD'Onofrio, est un avantage. Ce sont des gens imprégnés de la culture du club et qui facilitent la réalisation du projet. Il faut, évidemment, que l'entraîneur de l'équipe Première soit réceptif et veille à ce que le fil conducteur qui mène des Scolaires au noyau A ne soit pas rompu. S'il amène ses propres joueurs et ne tient aucun compte du travail effectué en amont, c'est peine perdue. D'où l'intérêt d'avoir un directeur sportif. Le fait de voir des Walasiak, Dimvula ou Oussalah en équipe Première est un encouragement pour les autres. Ils s'aperçoivent que, s'ils persévèrent, la porte pourrait s'ouvrir pour eux également ". Un passage par la D3, comme le feront certains jeunes qui continueront à Malines, n'est pas nécessairement néfaste, selon Boccar. " C'est vrai que l'écart est énorme entre la D3 et la D1, mais à condition de jouer la tête dans sa série, c'est préférable de disputer une compétition à enjeu que des matches de Réserve. Jouer sous pression, lorsqu'il faut obtenir un résultat, c'est très différent que d'effectuer les mêmes gestes à l'entraînement. Autrefois, j'ai eu GaétanEnglebert sous mes ordres à Tilleur-Liège. Il est ensuite passé à St-Trond, et regardez où il se trouve maintenant. La D3 fut un tremplin pour lui ". " La seule chose que je puisse promettre aux jeunes qui viennent chez nous, c'est du travail et de la sueur "