Le Cercle a bien joué mais s'est incliné 1-2 dans le derby. Peu importe. Rarement ambiance n'aura été aussi familiale et bon enfant. Généralement, affirmer cela pour un match de foot n'est pas très positif. On imagine les stades remplis uniquement par les familles des joueurs et les petits qui s'en donnent à c£ur joie sur la pelouse, dix minutes avant l'entame du match. Familial ne colle pas vraiment avec ambiance. Mais Malines avait déjà prouvé le contraire lors du tour final. Le Cercle, pourtant raillé de nombreuses années durant pour son pauvre contingent de fanatiques, en a rajouté une couche lors du derby brugeois. Jamais autant de femmes, d'enfants et de personnes âgées ne se sont autant décidés à prendre, ensemble, le chemin d'un stade de D1 que vendredi. Le tout dans une ambiance de fancy-fair. Emu par autant de passion, le speaker ne manquait d'ailleurs pas de débuter son discours par une félicitation aux 27.000 spectateurs présents. Et de remercier, à la fin de la rencontre, tout le stade pour avoir fait de cette soirée un spectacle unique, sans incidents.
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Le Cercle a bien joué mais s'est incliné 1-2 dans le derby. Peu importe. Rarement ambiance n'aura été aussi familiale et bon enfant. Généralement, affirmer cela pour un match de foot n'est pas très positif. On imagine les stades remplis uniquement par les familles des joueurs et les petits qui s'en donnent à c£ur joie sur la pelouse, dix minutes avant l'entame du match. Familial ne colle pas vraiment avec ambiance. Mais Malines avait déjà prouvé le contraire lors du tour final. Le Cercle, pourtant raillé de nombreuses années durant pour son pauvre contingent de fanatiques, en a rajouté une couche lors du derby brugeois. Jamais autant de femmes, d'enfants et de personnes âgées ne se sont autant décidés à prendre, ensemble, le chemin d'un stade de D1 que vendredi. Le tout dans une ambiance de fancy-fair. Emu par autant de passion, le speaker ne manquait d'ailleurs pas de débuter son discours par une félicitation aux 27.000 spectateurs présents. Et de remercier, à la fin de la rencontre, tout le stade pour avoir fait de cette soirée un spectacle unique, sans incidents. Si cet engouement a étonné, il convient de souligner le rôle de la presse flamande qui depuis 15 jours s'est braquée sur ce derby, oubliant tout le reste du football belge. " Cela m'étonne ", explique Daniel Christiaens, journaliste à Gazet Van Antwerpen qui suit le Cercle depuis 1976. " Mais en même temps, le Cercle n'a jamais connu un tel début de championnat et ne vit que pour le derby pendant toute la saison. L'année dernière, le Cercle a terminé 11e mais il avait pris quatre points sur six face à son rival. Les supporters étaient contents. Or, cette année, si le Cercle avait gagné vendredi, il aurait pris la tête après la treizième journée. Du jamais vu ! C'est la première fois depuis que je suis le Cercle que la presse doit travailler avec accréditation tant il y a eu de demandes. C'est aussi la première fois depuis que le Cercle joue dans ce stade, c'est-à-dire depuis 1975, qu'il réussit à le remplir. Le Club l'a déjà fait 40 fois ". Depuis trois ans, le Cercle subit donc une mue. " Ils ont vendu 4.100 abonnements contre 2.900 l'année passée. Avant, les supporters, c'était la vieille légion. Désormais, les jeunes n'ont plus honte de montrer leur couleur et de supporter le Cercle ", continue Christiaens. La presse a bien compris l'importance du derby brugeois. Aucun derby flandrien n'atteint cette popularité. Ni Roulers-Zulte Waregem, Ni Courtrai-Zulte Waregem. Pour couvrir l'événement, les médias du nord du pays ont sorti l'artillerie lourde. Durant toute la semaine, Het Nieuwsblad a mis un bandeau en tête de papier avec le logo des deux clubs et la mention - Nog X keer slapen (" plus que X fois dormir ") avant de conclure en apothéose, vendredi, jour du match par un cahier spécial de 14 pages. Nous avons donc épluché la presse néerlandophone durant une semaine pour retenir le meilleur. Het Laatste Nieuws se penche sur l'histoire des deux formations en sortant quelques anecdotes. On apprend ainsi que lorsque le Club a battu sèchement le Cercle 10-0 en 1991, les supporters des Blauw en Zwart ont imprimé des autocollants reprenant le score. Le journal raconte également que la victoire du Cercle, l'année passée grâce à un but de Frederik Boi a été fêtée toute la nuit - il s'agissait de la dernière rencontre avant la trêve hivernale - et que les joueurs sont revenus à leur domicile dans des bus De Lijn, l'équivalent du TEC en Flandre). " Je n'avais pas trouvé de taxi pour rentrer ", explique Boi. " Comme il était 6 h 15, j'ai pris le bus. Le chauffeur s'est avéré être un ancien copain de classe et un supporter du Cercle. Il m'a déposé devant chez moi ". On ressort aussi quelques chiffres et quelques derbies importants comme celui de 1992 (victoire 3-1 du Cercle grâce à trois buts de Josip Weber). " Si je me souviens de ce derby-là ? Evidemment ", explique Weber. " Je n'ai jamais été aussi lié à un club qu'au Cercle. Battre le grand rival m'a fait autant plaisir qu'à ceux qui supportaient les Vert et Blanc depuis 20 ans. Je me souviens que, la veille, je n'avais été dormir qu'à minuit car un sponsor avait organisé une petite fête mais cela ne m'avait pas empêché de marquer trois fois le lendemain ". On a également ressorti de la naphtaline la formation de 1910, qui avait battu le Club 4-0 (la plus grande victoire du Cercle). Au final, les chiffres sont pourtant peu en sa faveur : il s'est incliné vendredi pour la 72e fois (pour 26 victoires et 31 partages). Het Nieuwsblad montre l'engouement du derby en se penchant sur l'intérêt de la vénérable BBC pour ce match. La chaîne anglaise veut décrire comment Bruges vit autour du football : " Les Anglais sont fous de foot dans leur pays. Ils s'intéressent aussi à la Liga espagnole mais pas à ce qui se passe en Allemagne ou en France ", explique le journaliste Yoko Takatsuki, l'envoyé de la BBC. " Je me suis rendu en Irak pour voir comment le football survivait là-bas. Cela fait un petit bout de temps que je voulais venir en Belgique et en faisant mes recherches, je suis tombé sur de nombreux articles sur le derby brugeois (...). Je ne connais pas bien le football belge mais la rencontre en elle-même ne sera pas importante. Nous voulons prendre plein de petits morceaux sur l'ambiance dans le stade, des interviews de supporters, de journalistes et de joueurs. En préparant mon sujet, j'ai compris que le Cercle était un petit club tandis que le Club avait disputé des finales européennes dans les années 70. C'est un peu l'histoire de David contre Goliath. J'espère donc que le Cercle gagnera. Cela fera une bonne histoire ". Ce reportage sera diffusé l'année prochaine à la radio. Nos confrères de Sport/Voetbal Magazine marquent aussi le coup en proposant leur une sur le derby et 16 pages de reportage. Il y a notamment une rencontre entre Tom De Sutter (Cercle) et Brecht Capon (Club). Les deux joueurs évoluaient ensemble en équipe de jeunes du Club mais en 2006, De Sutter a pris la direction du voisin (après un petit détour par Torhout). Het Laatste Nieuws revient sur le partage du stade par les deux clubs : Deux mondes, un stade. Photos à l'appui, le journal montre comment les clubs cohabitent dans la même enceinte. On voit que le billard du club est bleu alors que celui du Cercle est vert ; que les vestiaires du Club sont plus modernes et spacieux (avec notamment un grand bain) que ceux du Cercle ; que pour rentrer sur le terrain, les joueurs des deux équipes doivent traverser un couloir et que celui du Club, nommé le Hall of Fame, est orné de photos des équipes légendaires alors que celui du Cercle est blanc comme neige (le journaliste appelle ce couloir The road of nowhere (la route nulle part) ; que les salles de réunion sont bien différentes : aérées et modernes au Club ; cosy comme un salon d'université anglaise au Cercle ; que l'armoire des trophées des équipes de jeunes est beaucoup plus garnie au Club qu'au Cercle ; que le fan shop du Club est une entreprise dans laquelle les maillots les plus vendus sont ceux de François Sterchele et de Wesley Sonck alors que celui du Cercle verse davantage dans l'amateurisme puisque les maillots sont floqués souvent sans nom et qu'on ne connaît même pas les chiffres de vente ; que les voitures des joueurs n'ont rien de comparable (le sponsor du Club est Mercedes mais beaucoup de joueurs ont leur propre berline personnelle comme Ibrahim Salou qui se déplace en Chrysler 3000 alors que tous les joueurs du Cercle roulent dans leur voiture de fonction : une Renault Clio) Het Nieuwsblad a, quant à lui, réuni tout le collège communal de Bruges et a soumis les 47 conseillers à la question : Qui supportez-vous ? Résultat : 24 soutiennent le Club, 19 le Cercle et cinq restent neutres. De peur sans doute de perdre des voix. Krant van West-Vlaanderen, l'hebdomadaire de la région de Flandre-Occidentale, a donné un large écho à l'événement en privilégiant le côté supporter. Ainsi, un fan de 25 ans raconte : " L'année passée, j'ai échangé mon abonnement. Je suis passé du Club au Cercle. J'ai évalué les deux équipes et je me suis senti mieux à mon aise dans la sphère bon enfant du Cercle. Tu peux encore arriver tranquillement au stade et y boire ta chope sans te presser ". Même l'hebdomadaire très sérieux, Knack, avait consacré quatre pages au derby via l'interview de Tom Van Mol, back gauche peu connu du Cercle. De Morgen, un journal qui réserve pourtant peu de place au sport, a saisi toute l'importance du derby. Dans une analyse pointue de l'événement, De Morgen donne la parole à Jacky Mathijssen qui, avec le sens de la provocation et de la formule qu'on lui connaît, déclare : " Je ne veux pas être négatif envers le Cercle mais l'objectif est de remettre les choses dans leurs justes proportions ". par stéphane vande velde - photos: reporters/belga