Samedi soir, un supporter carolorégien était poignardé avant le match Mons-Charleroi. Il décédait dans l'ambulance vers 18 h 30. La victime avait reçu plusieurs coups de couteau aux abords d'un snack de la rue de Nimy, à une dizaine de minutes à pieds du stade Tondreau. Il semblerait qu'un groupe de supporters s'en soit pris à l'un des propriétaires du fast-food, ou à l'un de ses ouvriers, qui déchargeait des marchandises dans la rue. Le fils de ce dernier serait alors entré dans la mêlée avec un couteau. Le public et les joueurs du stade ont observé une minute de silence...
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Samedi soir, un supporter carolorégien était poignardé avant le match Mons-Charleroi. Il décédait dans l'ambulance vers 18 h 30. La victime avait reçu plusieurs coups de couteau aux abords d'un snack de la rue de Nimy, à une dizaine de minutes à pieds du stade Tondreau. Il semblerait qu'un groupe de supporters s'en soit pris à l'un des propriétaires du fast-food, ou à l'un de ses ouvriers, qui déchargeait des marchandises dans la rue. Le fils de ce dernier serait alors entré dans la mêlée avec un couteau. Le public et les joueurs du stade ont observé une minute de silence... Bartlomiej Smigielski, dit Bart, était âgé d'une trentaine d'années et habitait à Binche. D'origine polonaise, il n'était établi en Belgique que depuis trois ans. Marié à une Binchoise, il travaillait comme ouvrier. Ses principales amitiés, il les avait tissées dans le monde du ballon rond. " C'était un gars très sympathique, quelqu'un de calme et de posé ", explique-t-on du côté des RCSC Boys 91, le groupe des supporters auquel il était lié. " Ce n'était pas une petite frappe ou un extrémiste, même s'il était bien ancré dans le mouvement de notre groupe. Nous avions très peu d'informations sur lui. Il s'est marié en Belgique, sans que cela ne soit une union arrangée. Il n'était pas très démonstratif et il n'amenait jamais sa femme avec lui. Nous étions un peu sa famille aussi. Nous serons d'ailleurs tous présents à son enterrement pour éviter qu'il ne se déroule dans trop de solitude. "De victime, Bart est passé au statut d'individu soupçonné après qu'on ait appris qu'il était interdit de stade. Mais d'après les informations fournies sur son compte, cette suspension n'était pas liée à des faits de violence mais à l'utilisation de fumigènes. " De nos jours, vous avez intérêt à vous tenir à carreau ", note Marc Monetti, responsable de l'amicale des supporters carolos. " Si vous êtes surpris en train d'adresser un doigt d'honneur en plein match, vous prenez trois mois d'interdiction de stade et une amende de 300 euros. Des groupes comme les Ultras ne sont pas spécialement violents. Mais leur truc, c'est d'allumer des feux de Bengale dans les tribunes. S'ils sont filmés par une caméra, les mesures disciplinaires pleuvent. Ces punitions ont été prises sans concertation avec les groupes de supporters d'ailleurs. Nous, nous serions plutôt enclins à appliquer des mesures sociales. Comme de devoir ramasser les déchets laissés par les supporters après une rencontre. " Les Boys 91 sont apparentés à un groupe radical extrémiste de droite qui a plusieurs fois fait régner la terreur dans et à l'extérieur des stades : les Wallon's Boys. Plusieurs de leurs membres ont d'ailleurs été poursuivis pour des faits graves de violence. On les retrouva lors des appels à la haine et aux combats relayés lors des dernières émeutes à Anderlecht. Considérés comme un noyau dur, les RCSC Boys 91 ont pourtant peu à peu pris leur distance avec cet héritage, notamment grâce à la répression, au suivi de la police et à des mesures comme le fan coaching. Thierry Deckx, responsable de la cellule fan coaching de la ville de Charleroi, a développé plusieurs activités de ce type avec des groupes comme les Boys 91 : " J'agis en tant que relais. Depuis le drame du Heysel, nous avons mis en place des politiques d'accompagnement des supporters à risques. Nous disposons de fonds et d'appuis du Ministère pour les responsabiliser via des activités sociales, culturelles et sportives. Le fan coaching essaie de toucher tous les clubs de supporters populaires carolos, ceux de la T4. Certains ont constitué des équipes de foot ou de futsal. Il y a aussi une gestion individuelle, avec la recherche d'emploi, etc. " Au sein des RCSC Boys 91, les voix se hérissent lorsqu'on évoque ce passé troublant. " Nous avons bien évolué ", tient à préciser Alex (nom d'emprunt), l'un des membres qui tient à garder l'anonymat. " Nous ne sommes pas un groupe d'extrême droite mais une bande de copains. Nous mêlons des origines diverses et nous accueillons des personnes de nationalités italienne, belge, polonaise etc. Comme tous les supporters, nous aimons nous rassembler et nous déplacer pour encourager nos couleurs. " On aurait pourtant tort de réduire les RCSC Boys 91 à de doux agneaux inoffensifs. La mort de Bart fut d'ailleurs rapidement répercutée sur plusieurs forums liés à des mouvements hooligans. Mais selon Thierry Deckx, on ne peut pas parler d'hooliganisme pour la mort de Bart : " Pour en arriver là, il aurait fallu qu'ils attaquent et saccagent le snack. Ou bien que ce soit des noyaux durs de deux clubs différents qui s'affrontent. Je connais les Boys 91 et ce n'est pas dans leurs habitudes. D'une certaine façon, ce n'est pas logique que l'incident survienne maintenant. Certes, les RCSC Boys 91 sont constitués d'anciens Wallon's Boys mais ils avaient fait très peu parler d'eux ces derniers temps. Si cela s'était produit dans les années 90, j'aurais compris car ils faisaient partie du top trois des noyaux durs de Belgique. Or, ils se sont calmés ces dernières années. Plusieurs membres ont stoppé leur activité et certains se sont assagis avec l'âge. "Comme pour tout fait divers, plusieurs versions et rumeurs ont rapidement circulé. Mais il semblerait qu'il s'agisse effectivement d'un " jeu " qui a mal tourné. " Je faisais partie d'un groupe plus avancé ", raconte Alex. " Certains de nos membres se sont arrêtés devant un snack et ont voulu blaguer en s'emparant d'un seau d'olives pendant que le livreur déchargeait sa cargaison. Ce genre de comportements n'est pas rare. Nous avons déjà agi de la sorte ou balancé des bières sans connaître de problèmes. Mais la situation a dégénéré et le ton est monté. Cela s'est passé très vite et quelqu'un est sorti de la friterie armé d'un couteau. Mais contrairement à ce que certains ont prétendu, nous n'étions pas éméchés. "Deux personnes ont été touchées dans la bagarre. La première a été légèrement blessée tandis que Bart a reçu un coup fatal au niveau de la gorge. Rapidement arrivés sur place, les secours n'ont rien pu faire pour sauver le blessé. " Bart n'était pas un casseur ", poursuit Alex. " Il avait toujours le sourire et il prenait un grand plaisir à nous accompagner. Il s'était très vite intégré. Cela s'est mal passé pour lui. Pour le même prix, quelqu'un d'autre que lui aurait pris le coup. Seulement, Bart était comme ça il ne fallait pas commencer à ennuyer un de ses camarades devant lui. A ce moment, il était capable de sortir de ses gonds. "L'homme porteur des coups de couteau a été inculpé pour coups et blessures ayant donné la mort sans l'intention de la donner. Il a été inculpé mais relâché par la justice dimanche après-midi. En tant qu'interdite de stade, la victime n'avait pas à se trouver à proximité du Tondreau. Et c'était d'ailleurs le cas de bon nombre des membres des Boys 91 présents sur place, eux aussi punis pour des faits divers. " Peu importe ", rétorque Alex. " Nous formons un groupe d'amis. Ceux qui ne peuvent pas rentrer dans le stade pour assister à la rencontre trouvent généralement un café en ville qui retransmet le match. Nous n'étions pas sur place pour créer du grabuge en ville. Nous venions parce qu'il s'agissait d'un derby et pour participer au folklore. " Certains se sont étonnés que les supporters interdits de stade ne soient pas mieux surveillés par les forces de l'ordre mais la réglementation de sécurité pour les matches est claire. A partir d'une certaine heure, la police délimite un périmètre autour du stade et empêche l'accès à cette zone aux supporters interdits. Les voies d'accès importantes sont aussi contrôlées. Mais autour, chacun est libre de se déplacer où bon lui semble. Même les interdits de stade. " Ils ne sont tenus à aucune obligation ", précise Marc Monetti. " Nous ne sommes pas en Angleterre. Là, ils doivent se présenter au commissariat une heure avant le début des rencontres et ils sont libérés une heure après. En Belgique, on applique seulement cette sanction pour les cas extrêmes. "Les policiers savent pourtant qui tenir à l'£il et quel noyau est susceptible de poser des problèmes. Mais deux facteurs entravent leur mission. " Les agents ne sont pas assez nombreux et les groupes de supporters fichés font tout pour éviter les encadrements ", analyse Thierry Deckx. " Avec une dizaine ou une vingtaine de voitures, c'est facile de se réunir suffisamment tôt à une certaine distance du stade, comme le centre ville de Mons. Il est difficile d'avoir une mainmise constante sur eux. On ne peut pas mettre un inspecteur derrière chaque personne interdite de stade. "Pour certains, les Boys 91 sont considérés comme un volcan qui sommeille. Cet incident est-il de nature à faire revivre certaines positions idéologiques abandonnées ou mises au frigo ? " Pour l'instant, on les positionne plutôt comme des victimes ", affirme Thierry Deckx. " Soit cette leçon va leur servir et amener un climat de calme. Soit cet incident amplifiera les réactions. Tout dépendra aussi du suivi médiatique. Il n'y a jamais eu autant de faits d'hooliganisme après le drame du Heysel. Pourquoi ? Parce que les médias n'arrêtaient pas d'en parler et mettaient les groupes en vitrine. "En attendant, ce fait divers prouve que les politiques d'accompagnement des supporters difficiles sont fragiles. Un grain est toujours susceptible d'enrayer une mécanique mise en place et huilée pendant plusieurs années. " Chaque incident est un échec et une remise en question. J'aimerais qu'il n'y ait plus jamais de bagarres. Mais après dix ans de travail dans ce milieu, je sais que nous n'allons pas régler tous les problèmes. Les clubs et les forces de l'ordre doivent aussi s'impliquer davantage. "par simon barzyczak