Que ressentent les milliers de spectateurs quand ils se remémorent ce jour de juillet 2005, quand Lance Armstrong, sa septième victoire en poche, les a appelés à " croire aux miracles, au cyclisme et à ses athlètes ", affirmant " qu'il n'y a pas de secret pour gagner le Tour : il faut travailler dur. "
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Que ressentent les milliers de spectateurs quand ils se remémorent ce jour de juillet 2005, quand Lance Armstrong, sa septième victoire en poche, les a appelés à " croire aux miracles, au cyclisme et à ses athlètes ", affirmant " qu'il n'y a pas de secret pour gagner le Tour : il faut travailler dur. " Que ressentent les cancéreux qui ont puisé courage dans le retour du coureur et lisent maintenant les propos du Texan en 1998 : en cas de contrôle, il ne se tracassait par car il pouvait " sortir la carte de son cancer. " Le tweet du gouverneur de Flandre-Orientale, André Denys, en rémission d'un cancer pendant lequel Armstrong l'avait soutenu, est éloquent : " Je prends congé de mon icône. Lance, je t'ai défendu jusqu'au bout. Je suis amèrement déçu. " Le coureur n'était pas maniaque qu'à l'entraînement : il l'était aussi en dopage et, pire, avec son partner in crime, Johan Bruyneel, il a entraîné d'autres dans sa soif de succès, de pouvoir et d'argent, une soif telle qu'un an après l'affaire Festina, à peine rétabli du cancer, il a commencé à empoisonner son corps, sous prétexte de soutenir ainsi la lutte contre le cancer (ou plutôt la caisse de sa fondation). On lui accorderait presque une médaille pour son sacrifice et cela illustre sa dualité : d'un côté, le survivant du cancer, de l'autre le menteur, qui a réussi à tromper les contrôleurs et ses supporters et continue à nier car avouer l'exposerait à une peine de prison et à d'énormes sanctions financières. Que faire ? Pour beaucoup, mieux vaut oublier le passé et aller de l'avant mais qui veut d'un avenir basé sur des mensonges ? Une maison ne peut sentir bon quand des dizaines de cadavres pourrissent dans la cave. On ne peut évidemment les évacuer tous mais il faut au moins essayer, par égard pour les jeunes, innocents. On a raté deux occasions, après les scandales Festina et Fuentes. Il faut saisir la troisième. En ce sens, l'affaire Armstrong est sans doute ce qui pourrait arriver de mieux au sport - au conditionnel car pour cela, il faut que l'UCI, tous les (anciens et présents) coureurs, directeurs, médecins, soigneurs qui ont fait partie du système fassent table rase de leur sombre passé. On a souvent demandé la formation d'une commission d'enquête, émanant de l'AMA ou du CIO. Il ne peut être question d'une amnistie générale car ce serait un mauvais signal : ceux qui ont été assez malins pour ne pas se faire pincer ne seraient donc jamais sanctionnés. Le code de l'AMA ne le permet pas : collaborer à l'enquête permet seulement de réduire une suspension de trois quarts, comme dans le cas de George Hincapie et Cie, qui écopent de six mois au lieu de deux ans. Seuls ceux qui, à l'instar de David Millard (Garmin), passent aux aveux, acceptent une peine plus légère et se joignent à la lutte contre le dopage ont encore leur place dans le peloton. Les autres doivent être définitivement exclus, surtout ceux qui tirent les ficelles de leurs équipes, comme Alexandre Vinokourov, le patron d'Astana, ou Viatcheslav Jekimov, qui a roulé cinq Tours aux côtés d'Armstrong, et qui était sans doute au courant de tout mais a qui a encore traité Tyler Hamilton de menteur quand celui-ci a avoué, l'année dernière. Maintenant, Jekimov est le nouveau manager de Katusha. Une commission pourrait dévoiler les anciennes pratiques de dopage et démasquer les figures-clés qui restent proches de beaucoup d'équipes. Il n'y a pas que Vino et Jekimov mais aussi, surtout, les dealers sans conscience, les médecins dopeurs comme Michele Ferrari, toujours susceptibles de tenter des proies trop ambitieuses. Tant qu'ils sont là, les coureurs douteront de la pureté de leurs collègues et seront enclins à franchir la ligne rouge. Même si l'UCI a longtemps été impuissante, les tests n'étant pas encore fiables, même si elle est devenue avant-gardiste dans sa lutte contre le dopage, elle doit aussi faire son mea culpa. Le président Pat McQuaid et son prédécesseur Hein Verbruggen ont déjà fait comprendre que l'UCI ne pouvait être tenue pour responsable et que remuer le passé n'améliorerait pas le futur. Elle joue les autruches en étouffant les affaires louches d'Armstrong, au nom de la Realpolitik. Comment expliquer, sinon, que le Boss soit resté hors d'atteinte pendant des années, malgré tant d'accusations. Ou que Bruyneel savait, des heures à l'avance, quand les contrôleurs allaient se pointer ? Ou encore que l'UCI, en échange d'un don de 125.000 dollars, n'a rien fait de l'échantillon douteux de l'Américain au Tour de Suisse 2001 ? Et qu'elle a nié les anormalités découvertes par les experts sur le passeport biologique d'Armstrong, en 2009 et en 2010 ? Cette même UCI a tenté de reprendre l'affaire à l'USADA avant de se faire rappeler à l'ordre par l'AMA parce qu'elle ne respectait pas ses propres règles. Cette même instance a déposé plainte contre Floyd Landis et le journaliste Paul Kimmage pour avoir écorné son image alors que ceux-ci ne disaient que la vérité. Qui dit d'ailleurs qu'Armstrong a été le seul coureur soutenu par l'UCI ? Après tout, on n'a dévoilé le contrôle positif d' Alberto Contador que trois mois après le Tour 2010, quand un journaliste de l' ARD a confronté Pat McQuaid à ce test positif... L'UCI va-t-elle accepter la décision de l'USADA de priver Armstrong de ses victoires ? Après un tel rapport, cela paraît logique mais les voies de McQuaid et Cie sont impénétrables. Une chose est sûre : si l'UCI se tourne vers le TAS, elle perdra ce qu'il lui reste de crédibilité. Pour améliorer cette image, McQuaid doit démissionner ou au moins renoncer à se représenter en 2013. Verbruggen, qui continue à jouer un rôle important en coulisses, doit aussi tirer ses conclusions. Il y a peu de chances que ça arrive : comme la FIFA, l'UCI est une association sans but lucratif et aucun de ses dirigeants ne doit répondre de ses actes à un actionnaire. Au Mondial, McQuaid a confirmé qu'il visait un nouveau mandat. Leur démission ne serait qu'une onde de choc superficielle, de toute façon : il faut une commission et un mea culpa collectif, ainsi qu'une amnistie unique et partielle, sans bouleverser tous les palmarès au profit du premier coureur sans passé car qui peut dire qu'il n'a jamais triché ? Il vaudrait mieux, comme l'ASO le désire, laisser vierge le palmarès de certaines éditions. On pourra alors élaborer des mesures préventives, comme exclure de fonctions dirigeantes ceux qui se dopent, pour accélérer l'arrivée ou le retour de managers visionnaires comme Bob Stapleton (ex-HTC- HighRoad). Il faut aussi alourdir les sanctions et confier le contrôle des passeports biologiques à une instance indépendante. Hélas, les réactions des dernières semaines rendent improbables un mea culpa général. Hormis un prudent appel en ce sens de Johan Museeuw début septembre, le milieu se mure dans le silence. Les membres belges d'US Postal, provisoirement hors de portée, comme Dirk Demol, le bras droit de Bruyneel, et le soigneur Freddy Viaene, le seul compatriote cité, à part Bruyneel, ne réagissent pas. Les coureurs joignables, comme Jurgen Van den Broeck et Stijn Devolder, tombent des nues, rappelant qu'ils n'ont jamais fait partie de l'équipe A d'Armstrong. Marc Wauters et Michael Boogerd ignoraient évidemment tout de la politique de Rabobank, dénoncée par Levi Leipheimer. A l'exception de Bradley Wiggins, peu de coureurs actuels s'en sont pris à Armstrong. L'omerta règne et seul l'avenir nous dira si cette affaire a marqué le revirement du cyclisme ou ne constitue qu'un rebondissement parmi d'autres. JONAS CRETEUR - PHOTO: IMAGEGLOBEMême si l'UCI a longtemps été impuissante, elle doit aussi faire son mea culpa.