On avait sursauté en voyant débarquer Nicolas Ouédec puis Wagneau Eloi à Louvière, Tony Vairelles au Lierse ou Quinton Fortune à Tubize. Flops en vrac pour ces anciennes gloires du foot européen. En mars dernier, c'est Joseph-Désiré Job qui a posé ses crampons au Lierse. La différence avec les joueurs qui précèdent, c'est que la période faste de ce grand nom ne remonte pas à une autre vie. En août 2009, Job (32 ans seulement) jouait encore dans l'équipe du Cameroun qualifiée pour la Coupe du Monde.
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On avait sursauté en voyant débarquer Nicolas Ouédec puis Wagneau Eloi à Louvière, Tony Vairelles au Lierse ou Quinton Fortune à Tubize. Flops en vrac pour ces anciennes gloires du foot européen. En mars dernier, c'est Joseph-Désiré Job qui a posé ses crampons au Lierse. La différence avec les joueurs qui précèdent, c'est que la période faste de ce grand nom ne remonte pas à une autre vie. En août 2009, Job (32 ans seulement) jouait encore dans l'équipe du Cameroun qualifiée pour la Coupe du Monde. Joseph-Désiré Job, c'est surtout un superbe parcours d'attaquant, notamment en France et en Angleterre. Et plein de grands bonheurs. Joseph-Désiré Job : Quand j'ai été repris dans le noyau professionnel de Lyon, c'était un premier aboutissement. Un rêve qui se concrétisait. Ce club, c'était toute la première partie de ma vie, il m'avait formé. J'avais 19 ans et Bernard Lacombe me montrait qu'il comptait sur moi. A ce moment-là, tu te dis : -Oui, tu peux le faire ! Ce n'était pas encore le tout grand Lyon qui allait enchaîner les titres de champion, mais ça ressemblait déjà à quelque chose de très beau. J'ai reçu ma toute première chance lors d'un match de Coupe Intertoto contre une équipe polonaise : j'ai marqué trois buts. Après cela, j'ai connu une première saison très honnête. Je n'étais pas toujours titulaire mais j'étais repris dans le groupe chaque semaine. Je garde un goût de trop peu du Mondial 2002. Et pas seulement parce que je n'ai pas beaucoup joué. Cette année-là, tout le monde était bien d'accord pour dire que le Cameroun avait une des meilleures générations de son histoire, des joueurs fabuleux et un collectif exceptionnel. Il y avait plein de bons clubs représentés dans notre noyau : le Real avec Geremi, Barcelone avec Samuel Eto'o, Bologne avec PierreWomé, Lens avec Rigobert Song, Arsenal avec Lauren. Nous avions aussi PatrickMboma et Marc-Vivien Foé. Nous étions censés aller très loin, le monde entier nous attendait. Mais ça a foiré, d'abord à cause de gros problèmes d'organisation interne. Dans une compétition pareille, tout doit être nickel en dehors du terrain aussi pour que ça puisse marcher. Nous avons débarqué au Japon près d'une semaine après les autres équipes : ça voulait tout dire à propos de notre logistique. Nous étions condamnés d'avance. La Coupe du Monde 98, par contre, est un tout grand souvenir. Je n'étais pro que depuis un an, j'avais vite été appelé en sélection, ma carrière s'emballait. Je ne suis pas simplement resté sur le banc. Un immense bonheur, d'autant que ça se déroulait dans le pays où j'étais né, où j'avais grandi, où j'étais devenu professionnel. En 1999-2000, nous sommes allés jusqu'en demi-finales de la Coupe de l'UEFA. Et là, nous sommes tombés face à Arsenal. Avec des regrets parce que toute l'équipe de Lens est passée à côté de son sujet. De cette campagne, je retiens d'abord mon match de fou à Kaiserlautern en seizièmes de finale. Nous avions été battus 1-2 chez nous à l'aller. Bref, il ne fallait plus espérer grand-chose. Ce n'est pas le genre des Allemands de prendre un match par-dessus la jambe, même quand ils sont déjà presque qualifiés. En plus, Kaiserslautern était encore un grand de la Bundesliga à l'époque. Nous sommes partis en pensant nous aussi que c'était mission impossible. Mais j'ai mis trois buts et donné l'assist sur le quatrième : 1-4 ! Mon année à Lens m'a aussi marqué par ma collaboration avec Daniel Leclercq. Un type très particulier, très froid mais pas tordu pour un sou. Mon tout premier trophée et la fin d'une interminable période de disette pour le Cameroun, qui n'avait plus gagné la CAN depuis 12 ans. Les éditions défilaient, tous les deux ans, et ça ne voulait plus fonctionner. En 2000, mon pays est enfin revenu sur le toit de l'Afrique. Je garde également un souvenir très fort de l'édition 2008. Le Cameroun allait moins bien, tout le monde ne parlait que de la Côte-d'Ivoire, du Ghana et de truc machin... Personne ne nous voyait aller loin dans ce tournoi. Dès le premier match, nous avons pris une raclée contre l'Egypte. Mais nous avons grandi au fil des jours et nous sommes allés en finale, où nous avons retrouvé la toute grande Egypte qui nous a de nouveau battus. Mais notre parcours était une réussite totale. Je suis arrivé à Middlesbrough en 2000. Deux ans et demi plus tard, on me louait à Metz. La preuve que ça ne marchait quand même pas trop bien pour moi en Angleterre. Quand je suis rentré de prêt, mon avenir là-bas n'était pas du tout garanti. J'ai repris les entraînements tout en cherchant une nouvelle équipe. Mais tout a changé pour moi le jour où Bryan Robson a été remplacé par Steve McLaren. Il m'a dit qu'il ne me connaissait pas et que je me retrouvais sur le même pied que les autres attaquants. Pour moi, une nouvelle vie commençait. J'ai vite marqué des buts et beaucoup joué. Mais la saison 2003-2004 a été très particulière. J'ai été opéré au genou en octobre et j'ai entamé un terrible contre-la-montre pour pouvoir aller à la CAN. J'étais rétabli à temps mais McLaren m'a mis la pression pour que je renonce à la Coupe d'Afrique. Il avait des arguments : Middlesbrough devait jouer des matches cruciaux en janvier et février, j'étais important dans l'équipe, nous préparions une demi-finale de Coupe de la Ligue. Et surtout, j'arrivais en fin de contrat. Donc, c'était mieux que je fasse plaisir à mon club. La décision a été douloureuse à prendre, mais je suis resté en Angleterre. Et je ne l'ai pas regretté : j'ai continué à être titulaire, j'ai eu un nouveau contrat et j'ai participé à la conquête du tout premier trophée de l'histoire du club : la Coupe de la Ligue. Une finale mémorable à Cardiff, dans un stade mythique, contre Bolton. Et j'ai marqué un de nos deux buts. Je ne voyais plus d'avenir pour moi à Middlesbrough en 2006. J'avais encore un an de contrat mais je comprenais que je jouerais peu avec des concurrents comme Yakubu Ayegbeni, Mark Viduka et Jimmy Floyd Hasselbaink. Etre sur le terrain quelques minutes de temps en temps, ça ne m'intéressait pas. West Ham a voulu me transférer, je suis allé là-bas, le contrat était prêt. Mais à la visite médicale, ils ont estimé que j'avais un genou en mauvais état. Et malheureusement, en Angleterre, les infos médicales circulent très vite et très efficacement entre les clubs : j'étais grillé, on considérait que j'étais foutu. Je réponds deux choses : je suis toujours sur les terrains quatre ans plus tard sans aucun problème physique, et la médecine anglaise n'a quand même pas la réputation d'être la meilleure du monde. (Il rigole).Mais il fallait que je m'expatrie. Quand on m'a parlé de l'Arabie Saoudite, j'étais complètement fermé parce que je voulais rester au plus haut niveau. Totalement hermétique alors qu'on me proposait excessivement très-très-très beaucoup d'argent (sic)... Au moins quatre fois plus qu'en Angleterre, où c'était déjà costaud comme salaire. Finalement, j'ai accepté. Pour l'argent, évidemment, mais aussi l'enjeu sportif. Al Ittihad est un des plus grands clubs d'Asie et allait jouer la Ligue des Champions mais aussi la Coupe du Monde des Clubs, une compétition que je n'avais jamais disputée et qui m'intéressait beaucoup. Nous sommes allés en finale de la Ligue des Champions, j'ai marqué et nous avons gagné. Objectif atteint et je m'étais au passage totalement rassuré sur l'état de mon genou soi-disant démoli. En janvier de cette année, j'ai cassé mon contrat à Diyarbakirspor, en Turquie. Je pensais être totalement libre mais la FIFA m'a fait savoir que ce n'était pas tout à fait vrai, que je ne pouvais pas signer n'importe où. Il fallait tenir compte des périodes de transferts à gauche et à droite. Pendant tout le mois de février, je suis resté sans club. Ce n'était pas drôle, je l'ai mal vécu. On m'a proposé un contrat en Russie mais je ne le sentais pas. Puis, un ancien international camerounais, devenu agent, m'a parlé du Lierse. Il m'a expliqué que c'était en deuxième division mais que le Lierse n'était pas un club de D2. Simplement un pion de D1 qui avait eu le malheur de faire la culbute. En France aussi, on a ces phénomènes-là : même quand ils basculent, des clubs comme Lens et Nantes restent des meubles de Ligue 1. Je me suis donc lancé, en sachant que ce n'était de toute façon que pour deux mois. Au moment de mon arrivée, ce n'était pas gagné : l'équipe n'était pas en tête et il restait peu de journées. Et il fallait que je retrouve le rythme car j'étais sous-entraîné. Mais je me suis vite adapté, je me suis fait une place, et sur les six matches que j'ai disputés, nous avons gagné cinq fois et fait un nul. Avec le titre au bout du chemin. J'ai aussi marqué trois buts et construit d'autres actions décisives. Donc, je trouve que mon bilan perso est très bon. Il n'est même pas exclu que je reste ici. La direction voudrait me faire prolonger : il faudrait qu'on se mette prochainement à table. Après une saison en Arabie Saoudite, je voulais absolument revenir en Europe, rendre la priorité à l'aspect purement sportif. J'étais trop jeune pour m'installer dans un pays arabe. Je me suis rendu compte que ce n'était pas facile de se recaser ici après une expérience dans cette partie-là du monde car les gens considèrent que vous y avez pris des vacances et on se pose beaucoup de questions sur votre état physique. J'ai signé à Sedan. Pour le club, ça ne s'est pas bien passé : nous avons basculé en D2 en fin de saison. Mais moi, j'avais réalisé une très bonne saison en marquant une bonne dizaine de buts. J'ai prouvé que je n'avais rien perdu et malgré la relégation, j'ai eu des offres intéressantes. J'ai finalement choisi d'aller à Nice. Etre une icône dans son pays parce qu'on porte le vert, le rouge et le jaune, ça n'a pas de prix, ce n'est pas quantifiable. J'ai eu cette chance entre 1997 et 2009. Ma décision d'opter pour le Cameroun n'avait pas fait que des heureux en France. Raymond Domenech, qui était sélectionneur des Espoirs, m'avait appelé. J'avais décliné parce que je visais le pays de mes parents, pas celui où j'avais grandi. Il y a eu des grincements de dents à la Fédération, il y en a qui se sont posé des questions, d'autres qui trouvaient anormal que je refuse de porter le maillot de cette France qui m'avait quand même formé. Je n'ai jamais regretté mon choix. J'ai joué mon premier match contre l'Angleterre à Wembley. La défaite ce jour-là, je m'en foutais : j'étais international, je courais sur le même terrain que DavidBeckham et Paul Scholes, je me retrouvais dans un stade mythique. Le Cameroun va partir à la Coupe du Monde : je ne fais plus partie des plans du coach depuis août 2009, je me doutais bien que deux bons mois au Lierse ne seraient pas suffisants pour se retrouver le noyau in extremis, même si j'y croyais un tout petit peu jusqu'à l'annonce de la présélection. Je finis un stage en D2 belge mais d'un autre côté, j'ai l'expérience que d'autres ne possèdent pas. lEn Arabie Saoudite, on me proposait quatre fois plus qu'en Angleterre, où c'était déjà costaud.