Voici quatre mois, Ariel Jacobs succédait à Franky Vercauteren aux commandes du RSCA. Sous la houlette du Diegemois, les Sportingmen sont incontestablement allés de l'avant durant cette période, passant de la sixième à la quatrième place au classement de la D1, tout en se qualifiant pour les demi-finales de la coupe de Belgique (première manche, ce soir, face au Germinal Beerschot) en évinçant respectivement le Red Star Waasland et le FC Dender. Il n'y a finalement qu'en coupe d'Europe qu'Anderlecht n'a pas tenu la distance ; la qualification au détriment des Girondins Bordeaux étant plombée par la correction reçue par le Bayern Munich : 0-5 au Parc Astrid. C'est, ni plus ni moins la plus cuisante défaite endurée par les Bruxellois sur leurs terres en un demi-siècle de coupes d'Europe.
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Voici quatre mois, Ariel Jacobs succédait à Franky Vercauteren aux commandes du RSCA. Sous la houlette du Diegemois, les Sportingmen sont incontestablement allés de l'avant durant cette période, passant de la sixième à la quatrième place au classement de la D1, tout en se qualifiant pour les demi-finales de la coupe de Belgique (première manche, ce soir, face au Germinal Beerschot) en évinçant respectivement le Red Star Waasland et le FC Dender. Il n'y a finalement qu'en coupe d'Europe qu'Anderlecht n'a pas tenu la distance ; la qualification au détriment des Girondins Bordeaux étant plombée par la correction reçue par le Bayern Munich : 0-5 au Parc Astrid. C'est, ni plus ni moins la plus cuisante défaite endurée par les Bruxellois sur leurs terres en un demi-siècle de coupes d'Europe. Ariel Jacobs : Trond Sollied a été taxé un jour de doux rêveur parce qu'il avait eu le culot de dire que le Club Bruges, qu'il entraînait à l'époque, était parfaitement capable de battre le Real Madrid. C'est un langage audacieux, certes, mais dans un certain sens, je rejoins son point de vue. Bien sûr, il faut que bon nombre de conditions soient remplies pour forger un résultat pareil, mais c'est possible. Je n'en veux pour preuve que notre propre expérience devant les Girondins Bordeaux. Au départ, personne ne donnait cher de nos chances de passer le tour et pourtant nous y sommes parvenus. D'un côté, nous avions livré deux prestations d'excellente facture. D'autre part, l'adversaire s'était montré bon prince en nous prenant de haut. A son grand dam, finalement. A mesure que le temps passe, la difficulté se corse. Les forts subissent une croissance exponentielle alors que les plus modestes comme Anderlecht s'étoffent moins. Le problème c'est que ce ventre mou grossit au fil du temps. A un moment, nous étions encore la deuxième garniture derrière l'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie. Depuis, d'autres nous ont devancés et nous sommes relégués à distance très respectable. Des pays que nous accrochions, comme le Portugal ou même les Pays-Bas, sont devenus hors d'atteinte. Si on peut traiter d'égal à égal, c'est avec des nations comme la Bosnie ou la Hongrie. Et encore, on n'a pas de quoi se pousser du col. Pendant des années, nous avons été des précurseurs en tous domaines. Puis, à l'image de Jean-Luc Dehaene en politique, nous nous sommes plu à résoudre les problèmes au moment où ils se posaient. A présent, en Belgique, nous en sommes au troisième stade : nous constatons sans réagir. La preuve par les nouveaux stades : on en parle partout mais la première pierre n'a encore été posée nulle part. En matière de protection des jeunes, on est nettement moins bien lotis aussi que dans les pays limitrophes. Si chacun continue de prêcher pour sa chapelle, on ne s'en sortira pas. Il faut agir dans l'urgence, sans quoi nous serons submergés par d'autres qui s'éveillent à de nouvelles ambitions, comme la Russie ou l'Ukraine, pour ne citer que ces deux-là. En attendant, il convient de travailler ce qui peut l'être. Au Sporting, par exemple, il y a du jeune talent. Par le passé, certains comme Vincent Kompany ou Anthony Vanden Borre ont fait bénéficier les A de leurs aptitudes. Le danger, à présent, c'est la nouvelle vague, symbolisée entre autres par Vadis Odjidja Ofoe. Un garçon qui a bénéficié d'un écolage formidable en classes d'âge, à Neerpede, mais qui s'en est allé à Hambourg sans servir le Sporting. En soi, ce n'est pas permis. Ce que le Standard a pu faire avec un Steven Defour ou un Marouane Fellaini, qui ont tous deux signé des contrats de longue durée, nous devons pouvoir le faire aussi. Je crois aussi que nous devons impérativement privilégier la qualité en recrutement. J'aimerais pouvoir bénéficier du concours d'un élément d'exception comme Luca Toni pour pouvoir atteindre une autre dimension. Mais les 11 millions d'euros qu'il a coûtés ne sont pas à la portée du RSCA. Du coup, il faut pouvoir se contenter de moins. Mais, dans ce cas, les espérances ne doivent pas être les mêmes non plus. Globalement, oui. Durant ce laps de temps, Anderlecht est parvenu à recoller au groupe qui l'avait à un moment largué en championnat. Corollairement, il y a eu un mieux aussi au plan des problèmes rencontrés au premier tour, à savoir une moindre intransigeance défensive et un manque de percussion. Tout n'est pas parfait, loin s'en faut et quelques manquements me restent toujours en travers de la gorge. Je pense aux points précieux que nous avons gaspillés à Lokeren et Zulte Waregem et qui risquent de peser lourd au bilan final. Mais il n'y a pas de quoi faire la fine bouche car nous revenons de loin. Il faut comparer ce qui est comparable, dans la mesure où l'équipe actuelle ne ressemble quand même plus tout à fait à celle du premier tour avec les arrivées de Guillaume Gillet, Thomas Chatelle, Stanislav Vlcek et Luigi Pieroni. L'une de mes préoccupations, c'était d'en revenir à la culture footballistique chère à ce club. Toute entité a un style qui lui est propre et qui constitue sa véritable identité. Pour toutes sortes de raisons, elle s'était effilochée et ce constat ne datait pas d'hier. Elle avait trait à la fois au profil de certains joueurs, à la matière répétée aux entraînements, à la vision très personnelle du coach, etc. Par une approche bien ciblée des événements et des hommes, j'ai voulu prôner un jeu avec une circulation fluide, qui a fait la réputation du Sporting par le passé. Et ce n'est pas parce qu'on dispose d'un pivot à l'attaque, habile dans le jeu de tête, qu'il faut nécessairement oublier de jouer au sol. Alerter un joueur par les airs, par le biais d'un long service vers l'avant, c'est un ajout, même si cette arme peut être redoutable. Mais la base, c'est un jeu par touches où on fait faire l'essentiel du travail au ballon. Ahmed Hassan est l'un de ces joueurs qui, grâce à son habileté technique, est capable de jouer rapidement et de manière précise. En outre, il a cette faculté de pouvoir brûler l'une ou l'autre étape grâce à ses dons. Schématiquement, pour arriver de A en C, il ne lui est pas toujours nécessaire de passer par B. Un revers du pied, comme lui seul sait le faire, peut parfaitement venir à point dans ce cas. Le hic avec l'Egyptien, c'est qu'il ne voit que les 30 % de surplus qu'il peut donner en oubliant les 70 % qui sont la base du football que je lui demande, comme à chaque joueur. A quoi sert-il qu'il rentre tant et plus dans le jeu, au départ d'un poste sur l'aile gauche ou droite par exemple, si le propos est d'exploiter le plus possible toute la géométrie du terrain ? Dans un registre analogue, pourquoi doit-il venir demander le ballon devant la défense si, à cet endroit, Jan Polak ou Lucas Biglia sont parfaitement capables de le remonter et qu'il manque alors cruellement comme point d'ancrage devant. C'est ça que je m'échine à lui expliquer. Parfois, il y prête une oreille attentive, comme à Charleroi, et il s'érige alors en un joueur extraordinaire. A d'autres moments, il n'en fait plus qu'à sa tête et l'équipe pâtit alors de ses vagabondages. Il doit se rendre compte qu'un rôle libre, comme lui le souhaite, n'existe pas dans le football actuel. Il y a une part de travail à effectuer dans le bien commun. A partir de là, s'il est capable de conférer un plus, c'est tout bon. Face à Genk, l'espace de dix minutes, j'ai vu pour la première fois notre Egyptien se plier aux consignes générales. Idem contre le Bayern. Puis, il y a eu ces nonante minutes contre Charleroi. C'est la preuve qu'il est dans le bon. Mais je n'oserais jurer qu'il ne retombera plus dans ses travers. Un certain nombre de détails sont encore très largement perfectibles. En matière de discipline individuelle et collective, je songe, en défense, aux cartes prises inutilement par Wasyl et aux dribbles risqués de Nicolas Pareja. A l'attaque, je m'offusque souvent, aussi du nombre de fois que les joueurs tombent hors-jeu. Nous devons détenir, en la matière, le record en Belgique. Avec Mémé Tchité, ce n'était déjà pas triste mais la situation ne s'est pas arrangée depuis. J'ai beau multiplier les approches, la matière rentre très difficilement. Ma dernière trouvaille, c'est de siffler hors-jeu à l'entraînement même quand un joueur ne l'est pas, de façon à ce qu'en match il soit sur ses gardes. Mais il y a encore pas mal de travail à effectuer. A chaque préparation de match, je tape sur le même clou. Mais au debriefing, très peu a bougé. Je ne sais rien faire de plus. La réponse est du ressort des joueurs. Idem pour ce qui est des distances parcourues. Depuis le début de la saison, nous nous servons d'un programme, appelé Amesco, pour étudier les données d'une rencontre. Il en ressort que nous avalons souvent beaucoup plus de kilomètres que l'adversaire. En matière de fonds, nous avons du répondant, mais pour ce qui est de la pertinence de nos déplacements, il y a moyen de faire mieux. Contre Bordeaux, nous avons couru davantage que les Français. Mais leur manière de se mouvoir, dans l'ensemble, était nettement plus pertinente que la nôtre. C'est ce que nous devons encore améliorer : nous étalons peut-être de meilleurs chiffres dans nos courses individuelles mais nos déplacements collectifs sont perfectibles. Je ne cesse d'haranguer mes hommes en ce sens. Si c'était à refaire, je ne m'y hasarderais plus. C'est fou ce qui m'est retombé sur le paletot à la suite de cette scène. Les joueurs français trouvaient cette attitude hautaine et déplacée et j'en ai pris pour mon grade auprès de Laurent Blanc aussi. Par moments, je suis surpris de l'ampleur que peuvent prendre certaines situations. Il m'est arrivé de m'amuser avec un ballon quand j'étais à La Louvière ou à Mouscron. Mais là, tout se passait dans une ambiance feutrée. Je ne me suis pas encore habitué aux véritables implications de mon nouveau rôle à ce niveau. A mes débuts comme T1, je me souviens avoir tancé Cyril Théréau, coupable d'avoir fait une passe dans l'axe. Je lui ai dit que même un Diablotin ne ferait pas une connerie pareille. Le lendemain, certains quotidiens s'en faisaient l'écho. Je ne peux pas leur en vouloir, c'est à moi qu'il incombe de faire en sorte qu'on ne m'y reprenne plus. A Genk, le président Jos Vaessen m'avait fait jadis une offre en tous points similaires. Je m'étais empressé de la refuser, au profit d'une fonction immédiate de DT car je ne me voyais pas me glisser dans ce rôle après un parcours hasardeux comme entraîneur. Je n'aurais pas du tout été crédible. A présent que j'ai goûté au coaching au RSCA, je ne sais trop si ce prolongement est réellement indiqué, même si les événements ne me sont pas contraires pour l'instant. D'autre part, le poste de directeur technique à Genk, tel qu'il avait été déterminé, ne recueillait pas mon plein assentiment. Manger sa parole comme certains managers ou joueurs l'ont fait en ma présence, très peu pour moi. Je ne sais trop ce que me réserve mon avenir à Anderlecht, mais personnellement je ne vise que le bien du club. C'est lui qui est important et non ma personne. Je pense aussi qu'il faut savoir le faire. A Anderlecht, on s'en remet peut-être un peu trop facilement à la dernière impression. Après Bordeaux, j'étais soudain le meilleur et le club avait une idée bien précise avec moi. Après le Bayern, je n'ai plus rien entendu... par bruno govers - photos: reporters