M ichaëlKlukowski a ramené un souvenir du Portugal : un coup sur le genou, consécutif à un contact avec Miguel en début de match, qui a failli compromettre sa participation à la rencontre au Lierse, dimanche soir. " J'avais pu terminer le match à Porto, mais le lendemain, j'avais très mal. Heureusement, 24 heures plus tard, la douleur s'était déjà atténuée ".
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M ichaëlKlukowski a ramené un souvenir du Portugal : un coup sur le genou, consécutif à un contact avec Miguel en début de match, qui a failli compromettre sa participation à la rencontre au Lierse, dimanche soir. " J'avais pu terminer le match à Porto, mais le lendemain, j'avais très mal. Heureusement, 24 heures plus tard, la douleur s'était déjà atténuée ". De ce match européen, le défenseur canadien veut surtout retenir le positif. " C'était une formidable expérience. Rien de comparable avec un match du championnat de Belgique. Il y avait le voyage, l'ambiance, l'honneur d'affronter un adversaire aussi prestigieux que Benfica. Au bout du compte, il y a aussi la déception de l'élimination. Il y avait peut-être moyen de faire mieux. J'espère que cette première expérience ne sera pas la dernière et que, je pourrai, un jour, re-goûter à cette atmosphère très particulière ". Michaël Klukowski n'oublie pas d'où il vient, et en se mesurant aux Aigles de Lisbonne dans le cadre de la Coupe de l'UEFA, il s'est souvenu qu'il y a un peu plus d'un an, il évoluait encore dans le Championnat de France Amateur avec l'équipe Réserve de Lille. " Je me suis surtout souvenu de mon arrivée en Europe. Le plus dur, c'était à Dijon. Je me suis retrouvé là tout seul, dans une chambre d'hôtel, avec des entraînements qui n'avaient lieu qu'à 18 heures, en soirée. Je ne parlais pas encore le français, et souvent, j'étais livré à moi-même. Je n'avais pas beaucoup d'argent, non plus, simplement un peu d'argent de poche. Je recevais, certes, des billets gratuits pour aller au cinéma, mais on ne peut tout de même pas passer toutes les journées dans les salles obscures. Régulièrement, je me retrouvais avec les basketteurs de Dijon. Quatre d'entre eux étaient hébergés dans le même hôtel que le mien, et l'avantage, c'est qu'ils parlaient anglais. Je suivais, aussi, des cours par correspondance. Je voulais à tout prix obtenir mon diplôme d'études secondaires, et j'ai donc continué à distance ce que j'avais entamé dans ma HighSchool au Canada. Ce n'était pas seulement un moyen de tuer le temps. C'était aussi, et surtout, la garantie de pouvoir poursuivre des études universitaires au cas où je ne réussirais pas dans le football. Non pas que je doutais de mes capacités : en mon for intérieur, j'étais certain que j'allais réussir, mais on n'est jamais trop prudent, un accident est vite arrivé. J'ai eu peur à la fin de la saison : le staff technique sous la direction duquel j'avais travaillé a été remplacé, et les nouveaux responsables ont estimé qu'ils n'avaient plus besoin de moi. Je me retrouvais sur le carreau. Lille m'a tendu une perche. J'ai pu passer un test au stade Grimonprez-Jooris qui, par bonheur, s'est révélé positif. En cas contraire, je serais probablement rentré au Canada, pour reprendre le chemin de l'école et essayer, éventuellement, de jouer au football en amateur. Je n'ai pas dû avoir recours à ce scénario-là. Le LOSC m'a, dans un premier temps, prêté à Tourcoing, en... cinquième division ! Heureusement, ce n'était pas bien loin de Lille et je parlais déjà un peu le français, ce qui rendait la vie plus facile. Ensuite, je suis revenu au LOSC. En équipe Réserve certes, mais je m'entraînais comme un professionnel. Je commençais à toucher au but. Aujourd'hui, je peux l'avouer : j'ai dû m'accrocher pour devenir footballeur professionnel. Beaucoup, à ma place, auraient abandonné après deux mois dans les conditions vécues à Dijon. J'ai tenu le coup. Le plus dur est derrière, j'entame déjà ma sixième saison en Europe. Tout est, finalement, passé très vite. J'ai de la peine à imaginer que, dans six autres années, j'aurai déjà 29 ans. Alors, j'essaye d'en profiter un maximum. Je suis verni : à peine débarqué à La Louvière, j'ai remporté la Coupe de Belgique au terme de ma première saison dans un club de D1. Certains joueurs attendent toute une carrière pour remporter un trophée et ne connaissent jamais ce bonheur. Mercredi dernier, j'étais sur la pelouse de Boavista pour affronter le prestigieux Benfica. Là, je me suis dit que tous les sacrifices que j'ai consentis n'ont pas été vains ". La saison dernière s'était déroulée comme dans un rêve pour le Canadien d'origine polonaise. Inconnu à son arrivée au Tivoli, il est progressivement devenu la révélation des Loups. Aujourd'hui, il a entamé la saison de la confirmation, considérée comme la plus difficile. Elle a, d'ailleurs, mal démarré pour lui : au début juillet, il s'est occasionné une déchirure à la cuisse alors qu'il se préparait pour la Gold Cup (l'équivalent nord-américain du Championnat d'Europe) avec l'équipe nationale canadienne. Du coup, il a loupé à la fois la compétition continentale avec le Canada et la reprise des entraînements avec La Louvière. Une période cruciale. YannickVervalle en a profité pour saisir sa chance. Lui qui, la saison dernière, avait été barré par l'éclosion du Canadien, a sauté sur l'occasion pour s'imposer au poste d'arrière gauche. Les rôles étaient inversés. ArielJacobs possédait trois joueurs pour deux places sur le flanc gauche. Et comme, au demi, SergeDjamba- Shango s'était lui aussi imposé, le dindon de la farce semblait bien devoir être Michaël Klukowski. Celui-ci était, certes, toujours susceptible d'être aligné en défense centrale, mais là, le duo Arts- Siquet semblait indiscutable. Et, en cas de défection, il y avait un certain OguchiOnyewu qui se tenait prêt à assurer la relève. " Sincèrement, je n'ai jamais paniqué ", affirme Mike. " Je me suis blessé à un très mauvais moment, mais ce sont les aléas du métier de footballeur. Les choix de l'entraîneur étaient logiques : je constatais moi-même que Yannick Vervalle et Serge Djamba-Shango livraient de très bonnes prestations et qu'il n'y avait, donc, aucune raison d'évincer l'un d'entre eux pour me laisser la place. Je ne m'en suis pas formalisé. Je savais qu'en travaillant, mon tour viendrait. J'étais disposé à patienter, le temps qu'il faudrait. De ce point de vue, les périodes difficiles que j'ai traversées à Dijon et à Tourcoing m'ont sûrement été utiles. Mentalement, je suis blindé. Ce n'est pas un petit coup du sort qui va me déstabiliser ". Et le tour de Michaël Klukowski est effectivement arrivé. D'abord contre Heusden-Zolder, pour une très brève apparition. Puis, lors du match aller contre Benfica, pour une entrée au jeu déjà plus convaincante. Enfin, lors du déplacement au Standard quatre jours plus tard, pour une première titularisation cette saison. " D'aucuns affirment que la saison de la confirmation est la plus difficile. Personnellement, j'ai au contraire l'impression que tout sera plus facile pour moi. L'an passé, je découvrais tout. Aujourd'hui, je suis familiarisé avec le championnat de Belgique. Lorsque je me déplace au Lierse, par exemple, je sais désormais où cela se situe, à quoi rassemble le stade, à quel genre d'équipe je dois m'attendre en face. Et je peux me préparer en conséquence. Je saurai, également, mieux gérer mes efforts. Il paraît que j'étais apparu fatigué, en fin de saison dernière. Honnêtement, moi-même, je ne m'en étais pas rendu compte. Mais, avec le recul, je dois avouer que c'était sans doute vrai. J'étais tout feu, tout flamme, à l'idée de vivre ma première saison dans un championnat de D1, et j'avais donné le maximum à chaque fois. Je serai peut-être jugé plus sévèrement, pour ma deuxième saison, mais je n'en ai cure. Pour moi, c'est au contraire une motivation pour essayer d'encore me bonifier. Je veux, moi-même, placer la barre plus haut : gagner en puissance, me montrer encore plus intransigeant dans les duels, apporter davantage offensivement. Je suis confiant, car j'évolue aussi dans une... meilleure équipe. Il y a plus de joueurs capables de conserver le ballon. La saison dernière, on se contentait parfois de défendre et de balancer de longs ballons vers l'avant. Désormais, on essaye aussi de construire. Le dispositif tactique a un peu changé, mais je m'adapte facilement. Ce qui est sûr, c'est que la double occupation des flancs qui est désormais la nôtre offre plus de solutions au porteur du ballon. Et je me sens de plus en plus à l'aise à mon poste d'arrière gauche. Je retrouve des automatismes avec Serge Djamba-Shango, qui datent de notre période lilloise. Pourtant, là-bas, j'occupais généralement une position plus centrale, mais entre Serge et moi, le courant passe vraiment très bien. Dans la Métropole nordiste, nous habitions à 100 mètres l'un de l'autre, et nous sommes toujours restés en contact, même après mon départ de Lille. Lorsque j'ai appris que La Louvière s'intéressait à lui, je lui ai conseillé de ne pas hésiter. Je savais qu'au Tivoli, il se retrouverait dans un contexte idéal pour percer ". Désormais, Michaël Klukowski devra aussi gérer un autre aspect de sa carrière : concilier les intérêts de son club avec ceux de l'équipe nationale canadienne. Pas évident, car cela implique des traversées régulières de l'Atlantique, avec toutes les causes de perturbations de l'organisme que cela sous-entend : décalage horaire, variations de températures entre l'hiver européen et le climat tropical des Caraïbes où se disputent certains matches éliminatoires, fatigues physiques. " Heureusement, le programme de l'équipe nationale canadienne n'est pas très chargé pour l'instant : il y a simplement un double affrontement prévu contre le Salvador, les 15 et 19 novembre, dans le cadre des éliminatoires pour les Jeux Olympiques 2004. Si l'on passe, il y aura un mini-tournoi, sous forme de deux groupes de trois équipes, qui se disputera en février. J'espère y participer. Mais, avant de m'envoler, je demanderai toujours l'avis des responsables louviérois. Et si je devais effectuer un choix, La Louvière aura la priorité. C'est normal : c'est le club qui m'emploie toute l'année alors que les sélections internationales ne sont qu'épisodiques. En outre, je suis à un stade de ma carrière où je dois encore m'imposer. Lorsque ma réputation sera mieux établie, je pourrai éventuellement faire l'impasse sur un match de championnat pour répondre aux sollicitations du sélectionneur canadien. Mais pas maintenant : si je m'absente, ou que je reviens dans un état de fatigue avancé, un autre joueur aurait tôt fait de prendre ma place dans l'équipe ". Michaël Klukowski a tout de même deux objectifs en pointe de mire : les Jeux Olympiques d'Athènes, en 2004, et la Coupe du Monde 2006, en Allemagne. " Dans toute son histoire, le Canada n'a encore participé qu'une seule fois à une phase finale de Coupe du Monde. C'était en 1986, au Mexique. Alors, vous imaginez ce que cela représenterait pour moi si je pouvais être présent en Allemagne, dans trois ans. Le problème, c'est que le Canada n'est pas un grand pays de football et que l'équipe nationale a du mal à rassembler ses meilleurs joueurs. Ceux qui ont trouvé un club en Europe hésitent à faire le déplacement pour jouer des matches éliminatoires dans un contexte aléatoire. C'est ainsi que je n'ai pas encore eu l'occasion d'évoluer aux côtés de TomaszRadzinski, l'une de mes idoles. Il avait décliné sa sélection pour le match amical en Libye et était blessé pendant la période préparatoire à la Gold Cup. Par contre, j'ai retrouvé avec plaisir certains joueurs que j'avais connus dans les équipes de jeunes au Canada. On s'est échangé nos expériences personnelles. Plusieurs d'entre eux évoluent, comme moi, sur le Vieux Continent. Il y avait même un joueur canadien à Benfica : FernandoAguiar. Il était sur le banc contre nous ". " Après ce que j'ai vécu à Dijon et à Tourcoing, un petit coup du sort ne me perturbe plus "