Lutter pour le titre en mai, se battre pour le maintien en septembre. Etre un pilier de Zulte Waregem au printemps, chercher sa place à Ostende en automne. La progression sportive ne saute pas aux yeux. Franck Berrier l'avait pourtant dit haut et fort, il voulait quitter le Gaverbeek pour jouer plus haut, pour redécouvrir la vie dans un club du top après son expérience mitigée au Standard. Retour sur terre, entretien face à la mer.
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Lutter pour le titre en mai, se battre pour le maintien en septembre. Etre un pilier de Zulte Waregem au printemps, chercher sa place à Ostende en automne. La progression sportive ne saute pas aux yeux. Franck Berrier l'avait pourtant dit haut et fort, il voulait quitter le Gaverbeek pour jouer plus haut, pour redécouvrir la vie dans un club du top après son expérience mitigée au Standard. Retour sur terre, entretien face à la mer. Franck Berrier : Bah, Zulte Waregem ou Ostende, c'est un peu la même chose. Ça reste un club de foot... Un petit club, c'est sûr. Mais on a quand même vu contre le Standard que l'équipe n'était pas trop mal. On a eu du jeu. Si l'arbitre est bon, on reçoit un penalty quand c'est 1-0, ça peut faire 2-0 et on doit logiquement jouer à onze contre dix. Ça peut changer pas mal les choses. On a aussi mis deux buts à une équipe qui n'en avait pas pris un seul lors des six matches précédents. Oui, j'ai joué contre Nicosie, donc j'ai ma part dans la qualification. Et j'ai été bien actif la saison dernière. Absolument pas. J'aurais pu rester, j'ai décidé de m'en aller. J'avais été clair dès le mois de mars, j'avais dit que je souhaitais découvrir autre chose, même en cas de qualification pour la Ligue des Champions. On n'arrête pas de me poser des questions sur mon départ, sur les explications, tout le monde veut savoir si je ne regrette pas de ne plus être là-bas, mais tout est très clair, très simple à comprendre : j'avais envie d'un autre défi. La Coupe d'Europe, je l'ai connue avec le Standard. C'était l'Europa League, pas la Ligue des Champions, mais finalement, la différence n'est pas grande : on prend des avions, on joue à l'étranger. Pfffttt... Ouais... Oui et non. Jouer la Ligue des Champions avec le Standard, oui, ça doit être très bien. Mais avec Zulte Waregem ? Je ne suis même pas sûr que ça vaille la peine de participer. OK, tu joues alors dans des grands stades, tu affrontes de très bons joueurs, mais si c'est pour prendre quatre ou cinq buts par match... Ce n'est quand même pas la meilleure préparation pour les rendez-vous du championnat. Zulte Waregem s'est finalement retrouvé en Europa League, c'est bien mieux pour eux. Ceux qui ne le croient pas n'ont qu'à se repasser les images d'Anderlecht à Benfica ! Bien sûr. Ça allait beaucoup trop vite pour nous, à du 2.000 à l'heure. On avait l'impression d'être des enfants. Ce n'était pas notre niveau. Ça montre tout le travail qu'un club pareil doit encore accomplir pour arriver au top. Il y a pas mal de joueurs qui croient qu'ils sont assez bons pour jouer très haut, des matches pareils remettent les pieds sur terre, c'est bien. Il y a une constante dans ma carrière : je fais maximum deux ans dans le même club. J'avais l'impression d'avoir fait le tour de la question là-bas, je ne voulais pas tomber dans la routine. Mais à partir du moment où rien ne bougeait, je me suis dit que c'était mieux d'assurer mon avenir. J'étais sous contrat jusqu'en 2015 et j'aurais voulu une saison de plus. Question de sécurité. De toute façon, ce n'est pas parce qu'on a un contrat de longue durée qu'on ne peut pas quitter son club. J'ai été clair en début de mercato, j'ai dit : -Soit vous me laissez partir, soit vous me prolongez. Mais ça n'a jamais bougé. J'ai essayé d'appeler Patrick Decuyper une quarantaine de fois, mon agent, Jacques Lichtenstein, a tenté sa chance peut-être soixante fois. Impossible d'avoir une réponse. Par correction, on n'a pas voulu discuter avec d'autres clubs avant d'avoir l'accord de Zulte Waregem pour un départ. Des pistes se sont ainsi refroidies. Pour moi, c'est un manque de respect. C'est ce qu'il me disait. Après la qualification contre Nicosie, il m'a dit que ça allait s'arranger, que j'allais être prolongé et augmenté. Je n'ai rien vu de tout ça. Après le départ de Decuyper, le président a repris les choses en mains mais ça n'a rien changé. Il a toujours été vrai avec moi. Maintenant, c'est clair qu'on ne connaît jamais personne à 100 %. Même pas sa propre femme. Alors, un entraîneur avec lequel on n'a travaillé que quelques années... Je pense qu'il le voyait plus en numéro 6, à la place de Jonathan Delaplace. Moi, je jouais en 10. De toute façon, c'est normal d'anticiper. Dury savait que je voulais partir, et un coach veut toujours un maximum de joueurs. Surtout quand il y a les matches européens qui s'ajoutent au programme. J'étais peut-être un peu fatigué, je n'avais plus le même niveau que quelques semaines plus tôt. Mais je ne suis pas obligé d'être d'accord avec le coach quand il me met sur le banc pour le match du titre, à Anderlecht. Le match le plus important de l'histoire de Zulte Waregem. Un peu plus d'expérience dans l'équipe n'aurait pas pu faire de tort. Je suis monté en deuxième mi-temps et j'ai quand même apporté quelque chose, tout le monde a dit que ça tournait mieux. Je ne dis pas qu'on aurait gagné le championnat si j'avais commencé ce match-là, mais bon... Pose-lui la question. C'est toi qui dis que Leye est un philosophe. Si c'est le cas, il trouvera peut-être les mots pour expliquer la situation. Moi, je dis qu'il faut se méfier de l'eau qui dort. Interroge d'autres joueurs qui ont été ses coéquipiers dans plusieurs clubs. Mais je n'ai pas envie de parler de lui ! On avait un problème, oui. Pourquoi ? Je n'en sais absolument rien. On va encore dire que Berrier joue à la victime, mais je n'ai jamais su d'où venait le souci. On était revenus ensemble du Standard, on s'entendait bien. Puis, du jour au lendemain, je l'ai senti tendu contre moi, contre tout le vestiaire en fait. Au moment de cet incident, on ne s'adressait plus la parole depuis plusieurs mois. Première chose : il était prévu qu'on tire alternativement les penalties. Un pour lui, un pour moi. Ce jour-là, c'était normalement pour moi. J'ai pris le ballon, il me l'a repris, m'a dit que je n'en tirerais plus jamais et m'a lancé des insultes inimaginables. Je n'oserais pas répéter. Ça m'a vraiment perturbé, je ne savais pas quoi faire, j'ai simplement donné un petit coup dans le ballon. La vérité, c'est que moi, je m'en fous complètement ! Je veux bien être le patron sur le terrain, grâce à mon jeu. Mais être le chef en dehors, dans le vestiaire, porter le brassard de capitaine, aller discuter avec la direction, être proche du président, je m'en fous. Si je ne dois être que le onzième leader de l'équipe, c'est parfait. J'étais dans le comité des joueurs mais c'est seulement parce que le coach m'avait demandé d'y être. Je confirme ! Je dis les choses, voilà. Si un truc ne me plaît pas, je préfère le dire en face. Tant pis si certaines personnes le prennent mal, moi je fais ça pour avancer. J'aime le débat. Si on me dit un jour : " Tu ne dois jamais faire comme ça, t'es un con ", je réfléchirai et je changerai peut-être parce qu'il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis. Jamais. Demande au Standard, demande à Zulte Waregem. Ce problème avec Leye, c'est le seul clash de ma carrière. Les situations ne sont pas les mêmes. Quand on est arrivés au Standard, il était hors de question de faire la loi dans le noyau. Il y avait des gars comme Axel Witsel et Steven Defour. Leye le savait. Quand on est revenus à Zulte Waregem en début d'année dernière, on était un peu les vedettes, avec Dury qui rentrait aussi. Donc, on pouvait devenir les patrons. Leye en avait peut-être envie, moi pas du tout. Il aurait suffi qu'il me le dise, je lui aurais proposé le numéro 10, le brassard de capitaine, tout ce qu'il voulait. C'est des enfantillages, je n'entre pas là-dedans. Et au bout du compte, plus aucun de nous deux ne joue aujourd'hui là-bas puisqu'il s'est blessé. On est des pros. On n'était pas des amis dans le vestiaire, mais une fois sur le terrain, c'était le club qui passait devant. Je n'ai pas commencé à lui faire moins de passes, lui non plus. Quand il marquait, je le félicitais et vice-versa. Non, c'est l'euphorie. Tu es dans le truc, tu ne réfléchis pas, tu fais la fête avec les autres. C'est comme le gars qui dit qu'il ne célébrera pas son but parce qu'il est en conflit avec son coach : il marque, puis il fait trois tours du terrain parce qu'il est euphorique ! Les histoires de Decuyper, on n'a vraiment pas suivi. Malanda ? On a tous été super heureux quand on a appris qu'il revenait après avoir cassé son contrat. Il n'y a qu'un truc qui a agité le vestiaire, c'est l'affaire Hazard. Pendant quatre jours non-stop, on n'a parlé que de ça entre nous. A nouveau des enfantillages. On impose le brassard à un joueur qui ne veut pas être capitaine. Hazard s'en foutait complètement. Mais en gros, on avait mis la pression à Davy de fauw : -Si tu ne donnes pas le brassard à Thorgan, il repart à Chelsea. Il a réfléchi deux ou trois jours puis a dit qu'il renonçait à être capitaine parce qu'il ne voulait pas que Hazard s'en aille. Et finalement, Hazard a tranché : -Je te le laisse. C'est pourtant simple : on ne doit jamais reprendre le brassard à un joueur qui est toujours dans l'équipe. Je n'avais aucun problème puisque je partais du principe que je n'allais pas rester. J'ai directement dit à Hazard de prendre le numéro 10. Mais Dury a dit qu'il n'en était pas question. J'ai eu le 10, Hazard le 8, et il a finalement pris mon maillot quand j'ai signé à Ostende... Mais ça non plus, il ne le réclamait pas lui-même. Hazard est vraiment un gars bien, il pourrait se prendre la tête avec ce que fait son frère, mais rien de tout ça. Non. Le problème, c'est que si on impose à des clubs comme Bruges, Anderlecht ou Genk de lui donner le numéro 10 et le brassard de capitaine, de le faire jouer dans l'axe, de lui faire tirer les coups francs et les penalties, ça ne sera jamais accepté. Zulte Waregem devenait un bon plan parce que là-bas, on a dit oui à tout. Je ne les ai pas beaucoup vus mais je sais qu'ils étaient souvent là. Un jour, Francky Dury m'a avoué : -Bico et Bayat font Zulte Waregem ! Ils décidaient du recrutement, ils devaient obligatoirement être les agents de ceux qui voulaient venir et de ceux qui voulaient partir. Celui qui n'acceptait pas de travailler avec eux ne pouvait pas signer. Ne pas être dans l'écurie de Bayat, ça n'a peut-être pas été une bonne chose pour moi. Seulement quand j'ai quitté le Standard. Je n'avais pas d'offre, il m'a contacté et m'a dit : -Viens chez moi, je peux te ramener à Zulte Waregem. Après cela, je l'ai appelé quelques fois, il n'a plus jamais répondu. J'ai laissé tomber. Il s'est à nouveau manifesté en fin de saison dernière, j'ai demandé à Decuyper de lui faire savoir que je ne voulais plus entendre parler de lui. Il m'a envoyé un sms : -J'ai quelque chose de très bien pour toi. Je le garde précieusement s'il y a débat un jour, parce qu'il s'amuse maintenant à raconter qu'il ne voulait plus collaborer avec moi. Je me fous de tout ça. Je ne suis pas un gars compliqué. Si je dois y retourner, j'y retournerai. Mais j'espère que ça ne sera pas le cas parce que ça voudrait dire que nous aurions échoué dans notre opération maintien. Si Ostende reste en D1, il est prévu par écrit que je signe pour deux ans. C'est difficile à comprendre mais c'est comme ça. Il n'y a que Genk qui fait son recrutement en Belgique, les autres veulent voir autre chose. J'ai fait beaucoup de bons matches contre Genk, Anderlecht, Bruges, le Standard. Et la saison dernière, j'étais bien installé dans une équipe qui a joué le titre jusqu'au bout. Deux ! Parce qu'il y a l'Europa League qui va coûter plein d'énergie. S'ils finissent dans le Top 6, leur saison sera réussie. Le groupe est trop court pour lutter sur les deux fronts.PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS :KOEN BAUTERS" Ceux qui auraient voulu voir Zulte Waregem en Ligue des Champions n'ont qu'à se repasser les images de Benfica - Anderlecht. " " Le problème avec Leye, c'est le seul clash de ma carrière. " " Il n'y a que Genk qui fait son recrutement en Belgique. Les autres clubs du top veulent voir d'autres têtes. "