L éon Wandel se souvient : " L'aventure avait commencé en 1988. L'équipe nationale sortait d'un tournoi de préqualification catastrophique organisé à Charleroi. C'était le chaos, les joueurs n'avaient plus envie de venir. PhilippeVerreydt, qui était à l'époque le président de la fédération belge, était venu me trouver. Il m'a sorti le grand discours : - MonsieurWandel,vousêtesintelligent,vousavezdesrelationssurleplaninternational,nepourriez- vouspasvenirenaideaubasketbelge ? J'y ai mis deux conditions, à inclure dans le contrat de cinq ans : 1. La fédération confie l'équipe nationale à M. Léon Wandel, à charge pour lui de gérer toutes les dépenses financières et de se procurer les moyens de la faire fonctionner 2. La fédération n'intervient en aucune façon dans la gestion de l'équipe nationale. Il fallait un staff. J'ai contacté GuyCrèvec£ur, le directeur de l'école des sports de l'ULB, pour voir si nous pouvions utiliser la salle de l'université pour les entraînements. Il est devenu le manager de l'équipe nationale. Se sont joints le docteur JeanSimon et d'autres ".
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L éon Wandel se souvient : " L'aventure avait commencé en 1988. L'équipe nationale sortait d'un tournoi de préqualification catastrophique organisé à Charleroi. C'était le chaos, les joueurs n'avaient plus envie de venir. PhilippeVerreydt, qui était à l'époque le président de la fédération belge, était venu me trouver. Il m'a sorti le grand discours : - MonsieurWandel,vousêtesintelligent,vousavezdesrelationssurleplaninternational,nepourriez- vouspasvenirenaideaubasketbelge ? J'y ai mis deux conditions, à inclure dans le contrat de cinq ans : 1. La fédération confie l'équipe nationale à M. Léon Wandel, à charge pour lui de gérer toutes les dépenses financières et de se procurer les moyens de la faire fonctionner 2. La fédération n'intervient en aucune façon dans la gestion de l'équipe nationale. Il fallait un staff. J'ai contacté GuyCrèvec£ur, le directeur de l'école des sports de l'ULB, pour voir si nous pouvions utiliser la salle de l'université pour les entraînements. Il est devenu le manager de l'équipe nationale. Se sont joints le docteur JeanSimon et d'autres ". Il fallait aussi un entraîneur. " Pourquoi TonyVandenBosch ? A l'époque, le basket belge était dominé par Malines et Ostende. J'ai pris les deux assistants, Tony Van den Bosch et EtienneDermaut. Pour chapeauter mes deux coaches inexpérimentés, j'ai amené JackRamsay, un entraîneur de NBA réputé ". Première étape : Anadia, petite ville portugaise entre Lisbonne et Porto, où se disputait en mai 1989 un nouveau tournoi de préqualification. " Nous avons terminé premiers du groupe. C'était extraordinaire ". Une première tentative de qualification, pour l'EURO 91, fut ensuite loupée. On a remis l'ouvrage sur le métier. Pour recevoir les Pays-Bas, l'équipe nationale avait élu domicile dans la minuscule salle de Quaregnon. " A l'époque, j'assistais RogerLaboureur aux commentaires des retransmissions télévisées sur la RTBF. Lors d'un match à Quaregnon, j'avais déclaré sur antenne : - Cettesalleseraitunendroitformidablepourfairejouerl'équipenationale ! A la fin du match, alors que nous prenions un verre, quelqu'un m'a abordé : -Vous le pensez vraiment ? On peut arranger cela !Guy Lheureux, le président du club, nous a accueillis. On a fait venir un parquet d'Anvers ". La qualification pour l'EURO 1993 s'est jouée en novembre 1992 à Ostrava. " C'était le dernier match officiel de la Tchécoslovaquie unie, qui avait terminé le Championnat d'Europe précédent à la sixième place. Par vol régulier, il fallait partir le matin pour Prague, passer toute la journée dans la capitale, puis reprendre un avion le soir pour Ostrava. Idem au retour. Cela coûtait 87.000 euros pour 20 personnes, avec tous les inconvénients. J'ai contacté MarkVanmoerkerke, qui possédait deux avions de la compagnie AirBelgium. C'était la saison creuse, ils volaient peu. Il a accepté de nous en céder un à un prix d'ami, pour une journée : 10.000 euros. C'était un avion de 150 places. Nous avons essayé de trouver quelques accompagnateurs pour le remplir. J'ai demandé à Guy Lheureux si, à un prix modique, des gens pouvaient être intéressés. A 750 euros, nous avons dû clôturer les inscriptions à 120 personnes. Le prix de l'avion était payé. Et l'ambiance était assurée. La bière, là-bas, se vendait à 10 centimes le demi-litre. A 16 heures, lorsque le match a commencé, les gars de la fanfare boraine étaient en forme. Nous avons quasiment joué à domicile et nous avons gagné de deux points ". Pour préparer le Championnat d'Europe, un stage à Orlando en Floride avait été programmé. " J'avais conclu un deal avec Delta Airlines. J'ai obtenu de très bonnes conditions dans un hôtel cinq étoiles du coin. Cela m'a coûté moins cher qu'un stage à Blankenberge. Lorsqu'il a appris que nous allions à Orlando, JacquesStas, qui était le petit jeune du groupe à l'époque, m'a glissé : - MonsieurWandel,sijefaispartiedel'équipe, jeveuxbienvenirpourrien ! Je lui ai répondu : - Netetracassespas, tuseraspayéaumêmetarifquelesautres ! Nous avons visité Disneyworld et les parcs d'attraction de la région. Nous nous sommes préparés dans la salle d'entraînement des Orlando Magic. A deux reprises, ShaquilleO'Neal est venu participer à un petit match amical. Nous avons gagné les deux fois. La troisième fois, il n'est plus venu et nous avons pris une raclée ". Déjà, des tensions avaient surgi avec la fédération. " Quelques dirigeants m'ont demandé des places pour un match amical à Alost. Je leur ai promis de leur en réserver, mais ils continuaient à grogner, parce qu'ils avaient perdu une partie de leur prérogatives et n'étaient pas les premiers servis. J'ai mis les choses au point : - Messieurs,voilà : vous avezreçuuncadeausouslaformed'une participationauChampionnatd'Europe. Prenez- le, sivouslesouhaitez,maisalorscontinuezsansmoi. Depuiscinqans,j'aitrouvé dixmillionsdefrancschaqueannée. IlenfaudradixdepluspourassurerlapréparationetlesprimesauxjoueurspourBerlin. Trouvez- les ". L'équipe nationale est finalement partie à Berlin, après moult palabres. " La fédération trouvait que six semaines de préparation, c'était trop. Qu'emmener un médecin et un kiné, c'était superflu. Sur les 250.000 euros qui étaient à sa charge, la fédération en a payé 175.000 : deux tranches de 62.500, et encore 50.000 en janvier 1994, six mois après l'événement. J'ai puisé 120.000 euros dans ma poche pour pouvoir payer les joueurs ". Le Championnat d'Europe demeure à la fois une grande fierté et une grande déception pour les joueurs présents. Le premier match fut joué contre la Slovénie, donnée archi-favorite au départ. Les Lions ont gagné 82-61. " Jack Ramsay était présent. La NBA était intéressée par un joueur slovène, le distributeur JuriZdovc, et Ramsay était chargé de rédiger un rapport sur lui. J'ai averti Ronny Bayer : - Faisensortequ'ilsoitbon ! Zdovc a inscrit 2 points, Bayer 15 ". Le deuxième match se jouait contre l'Allemagne, le pays organisateur. " Alors que Tony Van den Bosch voulait faire monter EricStruelens au jeu, il a constaté que celui-ci était en chaussettes. Il avait, disait-il, mal aux pieds. En fait, Nike û qui savait pourtant que l'équipe nationale était sous contrat avec Adidas û lui avait demandé de mettre d'autres chaussures. Ronny Bayer était dans le même cas, mais il avait répondu que s'il s'exécutait, il serait viré de l'équipe. Eric Struelens avait 23 ans à l'époque, et a pété les plombs. C'était un jeune joueur. Nous avons perdu sans discussion contre l'Allemagne ". La qualification pour le deuxième tour se jouait contre l'Estonie. " Pendant le match, re-belote : Struelens a de nouveau enlevé ses chaussures. A six secondes de la fin, Bayer a donné un point d'avance à la Belgique. Temps mort. Rentrée en ligne de fond pour l'Estonie. Struelens, la tête dans les étoiles, était perdu sur le terrain. Les Estoniens ont inscrit le panier de la victoire à la dernière seconde. Dans le vestiaire, il a fallu s'interposer entre Eric et certains de ses partenaires, qui lui en voulaient énormément. Les joueurs sont passés à côté d'un exploit historique et d'une prime de qualification de 10.000 euros ". Léon Wandel, lui, n'a pas demandé son reste et a quitté l'équipe nationale, entraînant tout son staff avec lui. Daniel Devos