Si ça ne tenait qu'à Kim Gevaert, qui vient de fêter ses 25 ans, le Mondial de Paris peut commencer dès demain. Elle piaffe d'impatience, ce qui constitue un bon signe, d'après Rudi Diels (39 ans), son entraîneur. L'année 2002 a été celle de la grande percée. Kim ne craint pas l'année de la confirmation. Elle a été championne d'Europe en salle à Vienne sur 60 mètres et obtenu deux médailles d'argent à l'EURO de Munich sur 100 et 200.
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Si ça ne tenait qu'à Kim Gevaert, qui vient de fêter ses 25 ans, le Mondial de Paris peut commencer dès demain. Elle piaffe d'impatience, ce qui constitue un bon signe, d'après Rudi Diels (39 ans), son entraîneur. L'année 2002 a été celle de la grande percée. Kim ne craint pas l'année de la confirmation. Elle a été championne d'Europe en salle à Vienne sur 60 mètres et obtenu deux médailles d'argent à l'EURO de Munich sur 100 et 200. Mais que valent ces performances à l'échelle mondiale ? Kim Gevaert : En fait, j'étais lasse d'entendre tous ces gens parler du soi-disant échec de ma saison hivernale. Je savais que les attentes seraient élevées, après une année aussi fantastique, mais cet afflux de critiques m'a effrayée. Tout ça parce que je n'obtenais pas de succès immédiat. Moi-même, je savais ce qu'il en était mais je ne pouvais quand même pas l'expliquer à tout un chacun. Rudi Diels : Dès le début, nous avons pourtant été honnêtes. Nous avons répété que nous n'avions pas d'ambitions en salle. L'agenda s'ornait même d'un gros point d'interrogation. On ne peut évidemment se passer de compétition tout un hiver mais il faut instaurer des priorités. Cette année, nous travaillons en fonction d'un événement, le Mondial de Paris. Il s'agit d'un choix délibéré. Il ne fallait donc pas se tracasser parce que tout ne marchait pas dès le début. Gevaert : A Gand, j'ai ressenti énormément de pression. Ce fut pénible. Diels : C'était sa première course, devant son public, et face à des vedettes, Block, Hurtis. Nous ne nous attendions pas à un tel intérêt. Gevaert : Vous avez beau dire que vous ne vous êtes pas préparée, nul n'en tient compte. Diels : Pas même quand vous fournissez une explication. Ça prouve qu'il est difficile de suivre sa propre vision. Notre conclusion ? Nous devons nous profiler davantage et être encore plus clairs. Un athlète qui veut atteindre un objectif précis à terme doit suivre un programme. Nous avons rayé quelques épreuves du calendrier cet hiver : Kim n'avait pas envie de les courir, mais jamais nous ne nous sommes écartés de notre planning. Jamais nous n'avons paniqué non plus. Gevaert : C'est comique, au fond. Nous avons d'abord lu dans la presse : - Qu'arrive-t-il à Kim Gevaert ?, et maintenant, beaucoup de gens disent : - Ne pas participer au Mondial indoor était une décision sage. Comme ça va bien maintenant, ils contournent les choses de façon à avoir raison. Diels : La meilleure réponse est sur la piste. Gevaert : J'essaie de ne pas y prêter attention mais ce n'est pas facile. Même si je ne lis plus les journaux, il y a toujours quelqu'un pour m'en parler. " L'année dernière, ce n'était qu'un championnat d'Europe "... " Elle n'est pas prête à se mesurer à l'élite mondiale... " J'ai évidemment envie de prouver que j'en suis capable. Gevaert : Ça manquait. Que veulent les gens ? Ils organisent des remises de prix et souhaitent que vous y soyez, non ? Si vous ne venez pas, on raconte que vous avez le gros cou. Si vous y participez, on dit que vous aimez vous faire remarquer mais que vous négligez l'entraînement. Diels : Alors qu'elle n'a raté aucune séance. C'est notre principe de base : l'entraînement a priorité sur tout. Tous ces gens devraient nous suivre pendant une semaine. De fait, Kim assiste à certaines remises de prix ou réceptions mais ces fêtes ne sont pas nombreuses, j'ose le clamer. Elles sont même très rares, par comparaison avec certains autres athlètes. Evidemment, je comprends très bien que si on prive un sportif de tout, il n'a plus de vie. Si on veut se maintenir quelques années dans le circuit, il faut mener une vie équilibrée. Si elle a l'occasion d'assister à un match de tennis, elle doit y aller. Vous ne refuseriez pas une telle invitation non plus, n'est-ce pas ? Mais quelqu'un comme Kim est immédiatement visé. Il suffit qu'on la rencontre quelque part pour dire qu'on la voit partout. Gevaert : Contre ma volonté, on a créé une certaine image de moi. Kim le modèle... alors que je ne suis pas du tout comme ça. Je suis une fille banale qui aime de temps en temps se prêter à des reportages photos ou à des programmes TV. On a dressé de moi un portrait qui ne me ressemble absolument pas. Gevaert : Je suis impuissante. Je refuse certaines interviewes ou reportages jusqu'à ce que tout rentre dans l'ordre ou que j'aie de nouveau envie de faire ça. Tant que ça va, les gens se taisent. Mais au premier passage à vide... Diels : Cet intérêt a grandi progressivement, il n'est pas venu du jour au lendemain. L'année dernière, l'attention médiatique a atteint son sommet parce que Kim a réalisé des performances. Cet intérêt ne va pas s'estomper. Nous devons simplement trouver notre chemin, même si nous avons déjà compris à quoi faire attention. On grossit immédiatement la moindre chose. Mais enfin, nous acquérons une certaine expérience. Diels : Très grand, évidemment. Toute discipline a besoin de locomotives, de gens qui réussissent et Kim a une certaine aura. Les gens aiment assimiler un visage agréable aux performances. Ce n'est pas dénué d'importance, surtout pour un sport aussi dur que l'athlétisme. En outre, elle motive d'autres athlètes. Si nous allons avoir un relais au Mondial, c'est grâce à ses performances. Gevaert : La fédération ne s'est jamais beaucoup intéressée au relais mais Rudi a plaidé de tout son coeur en faveur d'un relais. On a toujours pensé que le pays était trop petit mais nous avons suffisamment de talents. Ce relais est maintenant considéré comme une course sérieuse et ça stimule les jeunes. Elles se disent qu'elles ont la possibilité d'aller loin. Diels : C'est typique de Kim. Elle est heureuse que ces filles aient ainsi l'occasion de participer au championnat du monde. Individuellement, elles n'y sont pas prêtes mais elles peuvent dévoiler leur talent grâce à cette épreuve, elles acquièrent l'expérience des grands tournois. Ça peut être un tremplin. Gevaert : Leur présence est importante pour moi car le courant passe vraiment bien. Elles me soutiennent et m'encouragent. Si nous réussissons quelque chose, comme au championnat d'Europe, où nous avons été quatrièmes, ma joie sera deux fois plus grande car je pourrai la partager avec d'autres. Diels : Chaque entraîneur place ses accents personnels mais je n'ai rien inventé. L'histoire de l'athlétisme est suffisamment riche. Je travaille en fonction de ma formation, de ma propre expérience comme athlète, tout en piquant des idées ici et là. Ce qui est chouette, c'est que nous avons progressé ensemble. L'athlète fait l'entraîneur et vice versa. C'est un travail en commun. On réalise des tests, on rectifie le tir en permanence. Comme Kim progresse d'année en année, nous travaillons en confiance. Diels : En voyant ce qu'elle a réussi, on ne peut dire que : - Chapeau. C'est arrivé de manière si naturelle, si systématique que ça apporte énormément de satisfaction. Vous voyez qu'une Belge peut réussir. Nous avons rapidement compris qu'elle avait du talent mais comment allait-il se développer ? C'est inné chez elle et ça lui confère un avantage mais Kim apprend aussi très vite et travaille, ce qui lui offre une marge de progression supplémentaire. Sa personnalité forme le fil rouge de son éclosion. Pourquoi travaillons-nous ensemble depuis si longtemps, comment fait-elle pour survivre dans ce milieu, avec un tel stress, une telle pression ? Grâce à sa personnalité. Diels : Elle a une personnalité parfaite qui devrait lui permettre d'aller loin, de se maintenir au top, de préférence plus de deux ans, tout en éprouvant du plaisir à courir. Elle n'attend pas de miracles. Elle est trop réaliste pour ça. Elle est même à la limite entre réalisme et scepticisme. Une autre commencerait à rêver alors qu'elle se demande : est-ce vraiment faisable ? Une autre voudrait des résultats immédiats, elle sait patienter. Diels : Nous avons toujours su trouver des compromis, surtout quand elle était étudiante. Kim a plus de temps maintenant mais ça ne veut pas dire qu'elle peut allonger indéfiniment ses séances. Elle peut s'octroyer un meilleur suivi médical et plus de récupération. Je fais de mon mieux pour la suivre le plus possible et j'assiste pratiquement à tous ses entraînements. Si elle m'occupe jour et nuit, j'investis énormément d'énergie en elle, elle m'offre beaucoup en retour. J'essaie de trouver le temps de partir en stage avec elle, à part, et de suivre davantage de courses. Gevaert : Je me rends seule aux petites courses depuis longtemps, ce n'est pas un problème. L'essentiel est qu'il soit présent aux grands championnats, pas tellement pour les consignes qu'il pourrait encore me donner, car, parfois, je préfère qu'on me fiche la paix. Non, savoir qu'il est là, que ma personne de confiance est dans les environs, me suffit. Diels : Il faut chercher ce dont l'athlète a besoin. Certains veulent qu'on leur parle, mais ça ne marche pas avec Kim. Un clin d'oeil, un geste suffisent généralement. Gevaert : En fin de compte, il faut se motiver et croire en ses possibilités, évidemment. Une autre personne peut vous aider mais nul ne peut accomplir ce dernier pas à votre place. Ça requiert un apprentissage car on se retrouve seule dans la chambre d'appel trois quarts d'heure avant la course, sans entraîneur pour vous remonter si vous vous laissez intimider par la concurrence. Gevaert : Parce qu'il sait comment je suis. Je peux m'adresser à lui pour tout. Si j'ai envie de parler d'autre chose que d'athlétisme, il est là également. Il respecte la personne que je suis et il a également appris que je n'aime pas recevoir de leçon. Je l'écoute, naturellement, mais j'ai besoin de me sentir libre. Nous sommes unis par un respect mutuel. C'est primordial. Par exemple, je me suis rendue quelques fois à Londres pour voir comment Patrick Stevens s'entraînait avec Mike McFarlane. Combien d'entraîneurs n'auraient-ils pas dit : -Pas question, tu restes ici et tu fais ce que je dis ? Au contraire, Rudi a soutenu ma décision. Il est ouvert à tout. Je trouve ça très important car on peut toujours apprendre. Gevaert : Je me recharge sans cesse car l'heure du championnat approche à grands pas. Cette tension ne doit toutefois pas dépasser certaines limites. Il faut être capable de relativiser les choses. Je n'ai jamais été dans une telle forme au début d'une saison estivale. J'ai d'ailleurs rapidement assuré ma sélection. Mentalement, pourtant, j'ai éprouvé des difficultés à me lancer d'emblée dans ces courses difficiles. J'ai le niveau, sans aucun doute, mais je conserve l'impression d'être la plus faible et je me focalise trop sur les autres filles. En plus, dans les grands meetings, je suis souvent dans les mauvais couloirs et j'ai le sentiment de faire la course en arrière. Ne pas pouvoir me défaire de ce sentiment m'agace beaucoup. Diels : Il n'y a qu'un remède : ne pas fuir ces situations mais les rechercher. Serrer les dents, pour apprendre à gérer ces moments. Pour l'instant, elle continue à aligner les bons chronos. Elle s'est longtemps battue contre la barrière des 23 secondes sur 200 mètres. Maintenant, descendre en dessous est devenu évident, même quand ça va moins bien. C'est son progrès le plus marquant. Nous avons atteint un plateau solide. Nous pouvons travailler pour franchir une étape supplémentaire. Gevaert : Franchement, je serais déçue si j'échouais. Ce sera difficile sur 100 m. J'ai davantage de chances sur la distance double. On n'est évidemment pas maître de la concurrence. Donc, si je suis en pleine forme et que je n'atteins pas la finale parce que des adversaires sont plus rapides, je peux l'accepter. Mais si je ne fais pas mieux que 22.90 et que je rate la finale, ce sera très dur. Je sais que je suis capable de figurer parmi les huit meilleures du monde. " Sur 200, je peux figurer parmi les huit meilleures du monde "