"On l'aime parce qu'il est incapable de marquer un but normal. Il fait rêver toute la ville. " Ces deux phrases sont extraites de Quagliarella Bum Bum, une chanson que les supporters de Naples avaient composée en 2009, alors que Fabio Quagliarella venait de signer un contrat de cinq ans.

Un mariage de rêve, pensait-on. Quagliarella était originaire de la région, il avait grandi à Castellammare di Stabia, dans la banlieue de Naples, mais avait en grande partie été formé à Torino. A 26 ans, après des passages par Ascoli, la Fiorentina, Sampdoria et Udinese, l'enfant prodigue allait enfin porter le maillot de son club.

Toute la baie était en extase, comme quand Maradona avait signé, dans les années '80. Lui aussi avait eu droit à son hymne, d'ailleurs. Mais, cette fois, le rêve tournait rapidement au cauchemar. Après une première saison peu encourageante (11 buts en 34 matches), Quagliarella tournait le dos au club de son coeur pour signer à la Juventus, l'ennemi juré. Ceux qui l'avaient encensé l'injuriaient désormais. A Castellammare di Stabia, ses parents, ses frères et ses soeurs étaient victimes de menaces. Fabio ne pouvait plus entrer en ville sans se faire insulter, voire intimider.

Sept ans plus tard seulement, après qu'il eut remporté trois titres avec la Juventus et fut retourné à la Sampdoria, la vérité sur son départ prématuré de Naples éclatait. Pendant des mois, il avait été victime d'un harceleur anonyme. S'il n'avait rien dit jusque là, c'était parce qu'une enquête judiciaire était en cours. Donc, il souffrait en silence, sachant que son rêve d'enfance - briller sous le maillot napolitain - s'envolerait en fumée pour des raisons extra-sportives.

JUDAS PUIS DIEU

Le coupable était un certain Raffaele Piccolo, policier napolitain spécialisé en cybercriminalité. Pendant des années, l'homme avait escroqué et intimidé plusieurs personnalités importantes par courrier, par mail et par SMS. Fabio Quagliarella était l'un d'eux. Il avait fait confiance au policier et suivi toutes ses consignes à la lettre. Dont celle ne de rien dire.

Dans le cadre de l'enquête, il ne pouvait montrer les messages qu'à Piccolo. Le harceleur disait détenir des preuves de pédophilie, de viols, de liens avec la Camorra ( la mafia napolitaine, ndlr) et d'usage de drogue. Craignant pour sa réputation et par peur de ne rien pouvoir faire contre les rumeurs, Quagliarella, bien qu'innocent, faisait tout ce que Piccolo lui disait. Il lui rendait même des services : des tickets d'entrée aux matches, des maillots signés, des présences à des manifestations... Le flic napolitain était fier d'être l'ami de la star.

Mais, fin 2011, Piccolo était démasqué. Le harceleur, c'était lui. L'enquête se prolongeant jusqu'en 2017, Quagliarella ne pouvait toujours rien dire. " Je ne me sentais jamais en sécurité, j'avais peur, je sortais à peine et, quand le je faisais, je regardais sans cesse autour de moi, de peur d'être suivi. A la longue, j'étais démoralisé. Pendant des mois, j'ai dû me battre contre tout le monde. Je ne voulais pas qu'on me pose des questions. J'avais la tête ailleurs.

J'ai beaucoup pleuré car je savais que j'étais innocent. Je souffrais et je ne comprenais pas pourquoi on me faisait subir cela ", déclarait-il pour la première fois il y a deux ans. Ce fut un moment-charnière de sa carrière : à 34 ans, il devenait un héros. Les fans de Naples, même les plus durs de la Curva B et les sympathisants de la Camorra, regrettaient tout le mal qu'ils avaient dit de lui pendant des années. Jadis considéré comme un judas, Quagliarella devenait un dieu.

CAPOCANNONIERE

Depuis, Quagliarella est libéré. En Serie A, il a toujours été considéré comme un bon joueur. Il a même été appelé de temps en temps en équipe nationale - il était présent à l'EURO 2008 et à la Coupe du monde 2010 -. Ce n'était ni un buteur ni un pivot mais un joueur sympathique et utile. Sans plus. Jusqu'ici.

Car aujourd'hui, les journaux italiens ne parlent que de lui : Fabio Il Fantastico. Dennis Praet, son équipier à la Sampdoria, ne tarit pas d'éloges à son sujet. " C'est un véritable tueur ", déclarait-il voici peu dans Het Nieuwsblad : " Il n'a pas le rayon d'action d'un CristianoRonaldo mais, devant le but, il est mortel. Il faut pourtant savoir qu'à l'entraînement, nous ne travaillons que très rarement la finition. Dans le vestiaire, il ne parle pas beaucoup. C'est un leader silencieux. Il fait toujours son job et ne se plaint jamais de l'arbitrage. C'est tout simplement un brave gars, toujours positif. Un véritable exemple sur ce plan. "

Je suis déjà très heureux d'être encore là. " Fabio Quagliarella

La saison dernière, Quagliarella a inscrit 19 buts pour le compte de la Sampdoria. Cette saison, son compteur affiche déjà 20 réalisations. En décembre et janvier, il a marqué dans onze matches d'affilée, égalant ainsi le record de Serie A détenu depuis 1994 par Gabriel Batistuta (Fiorentina).

Quagliarella est, après Luca Toni (22 buts avec Hellas Vérone en 2015, à l'âge de 38 ans), le deuxième joueur de plus de 36 ans à franchir le cap des 20 buts sur une saison. A moins que le Polonais Krzysztof Piatek ou l'inévitable Cristiano Ronaldo s'en mêlent, l'Italien pourrait devenir le deuxième capocannoniere le plus âgé de tous les temps.

Personne ne lui enlèvera en tout cas le trophée du plus beau but de l'année, inscrit sur une volée du talon en septembre 2018 face à Naples.

DEUXIÈME JEUNESSE

Cette deuxième jeunesse n'a pas échappé au sélectionneur italien Roberto Mancini, qui l'a repris pour un stage de la Squadra Azzura le mois dernier, même si le joueur n'était pas tellement favorable à cette idée. " Mancini doit faire confiance aux jeunes, sans quoi l'équipe ne progressera pas ", dit-il modestement. Mais le sélectionneur voit en lui un guide idéal pour ces jeunes et il a déjà déclaré que l'attaquant pourrait jouer un rôle utile à l'EURO 2020.

Ce serait le couronnement d'une carrière invraisemblable. Son histoire, ses buts et son caractère réservé, voire introverti, ont fait de lui un personnage culte. Tout le pays l'aime. Quand on lui demande comment il fait pour jouer à un tel niveau à l'âge de 36 ans, il répond : " Je prends simplement du plaisir dans ce que je fais et je tiens le coup dans les moments difficiles. Je suis déjà très heureux d'être encore là. "

"On l'aime parce qu'il est incapable de marquer un but normal. Il fait rêver toute la ville. " Ces deux phrases sont extraites de Quagliarella Bum Bum, une chanson que les supporters de Naples avaient composée en 2009, alors que Fabio Quagliarella venait de signer un contrat de cinq ans. Un mariage de rêve, pensait-on. Quagliarella était originaire de la région, il avait grandi à Castellammare di Stabia, dans la banlieue de Naples, mais avait en grande partie été formé à Torino. A 26 ans, après des passages par Ascoli, la Fiorentina, Sampdoria et Udinese, l'enfant prodigue allait enfin porter le maillot de son club. Toute la baie était en extase, comme quand Maradona avait signé, dans les années '80. Lui aussi avait eu droit à son hymne, d'ailleurs. Mais, cette fois, le rêve tournait rapidement au cauchemar. Après une première saison peu encourageante (11 buts en 34 matches), Quagliarella tournait le dos au club de son coeur pour signer à la Juventus, l'ennemi juré. Ceux qui l'avaient encensé l'injuriaient désormais. A Castellammare di Stabia, ses parents, ses frères et ses soeurs étaient victimes de menaces. Fabio ne pouvait plus entrer en ville sans se faire insulter, voire intimider. Sept ans plus tard seulement, après qu'il eut remporté trois titres avec la Juventus et fut retourné à la Sampdoria, la vérité sur son départ prématuré de Naples éclatait. Pendant des mois, il avait été victime d'un harceleur anonyme. S'il n'avait rien dit jusque là, c'était parce qu'une enquête judiciaire était en cours. Donc, il souffrait en silence, sachant que son rêve d'enfance - briller sous le maillot napolitain - s'envolerait en fumée pour des raisons extra-sportives. Le coupable était un certain Raffaele Piccolo, policier napolitain spécialisé en cybercriminalité. Pendant des années, l'homme avait escroqué et intimidé plusieurs personnalités importantes par courrier, par mail et par SMS. Fabio Quagliarella était l'un d'eux. Il avait fait confiance au policier et suivi toutes ses consignes à la lettre. Dont celle ne de rien dire. Dans le cadre de l'enquête, il ne pouvait montrer les messages qu'à Piccolo. Le harceleur disait détenir des preuves de pédophilie, de viols, de liens avec la Camorra ( la mafia napolitaine, ndlr) et d'usage de drogue. Craignant pour sa réputation et par peur de ne rien pouvoir faire contre les rumeurs, Quagliarella, bien qu'innocent, faisait tout ce que Piccolo lui disait. Il lui rendait même des services : des tickets d'entrée aux matches, des maillots signés, des présences à des manifestations... Le flic napolitain était fier d'être l'ami de la star. Mais, fin 2011, Piccolo était démasqué. Le harceleur, c'était lui. L'enquête se prolongeant jusqu'en 2017, Quagliarella ne pouvait toujours rien dire. " Je ne me sentais jamais en sécurité, j'avais peur, je sortais à peine et, quand le je faisais, je regardais sans cesse autour de moi, de peur d'être suivi. A la longue, j'étais démoralisé. Pendant des mois, j'ai dû me battre contre tout le monde. Je ne voulais pas qu'on me pose des questions. J'avais la tête ailleurs. J'ai beaucoup pleuré car je savais que j'étais innocent. Je souffrais et je ne comprenais pas pourquoi on me faisait subir cela ", déclarait-il pour la première fois il y a deux ans. Ce fut un moment-charnière de sa carrière : à 34 ans, il devenait un héros. Les fans de Naples, même les plus durs de la Curva B et les sympathisants de la Camorra, regrettaient tout le mal qu'ils avaient dit de lui pendant des années. Jadis considéré comme un judas, Quagliarella devenait un dieu. Depuis, Quagliarella est libéré. En Serie A, il a toujours été considéré comme un bon joueur. Il a même été appelé de temps en temps en équipe nationale - il était présent à l'EURO 2008 et à la Coupe du monde 2010 -. Ce n'était ni un buteur ni un pivot mais un joueur sympathique et utile. Sans plus. Jusqu'ici. Car aujourd'hui, les journaux italiens ne parlent que de lui : Fabio Il Fantastico. Dennis Praet, son équipier à la Sampdoria, ne tarit pas d'éloges à son sujet. " C'est un véritable tueur ", déclarait-il voici peu dans Het Nieuwsblad : " Il n'a pas le rayon d'action d'un CristianoRonaldo mais, devant le but, il est mortel. Il faut pourtant savoir qu'à l'entraînement, nous ne travaillons que très rarement la finition. Dans le vestiaire, il ne parle pas beaucoup. C'est un leader silencieux. Il fait toujours son job et ne se plaint jamais de l'arbitrage. C'est tout simplement un brave gars, toujours positif. Un véritable exemple sur ce plan. " La saison dernière, Quagliarella a inscrit 19 buts pour le compte de la Sampdoria. Cette saison, son compteur affiche déjà 20 réalisations. En décembre et janvier, il a marqué dans onze matches d'affilée, égalant ainsi le record de Serie A détenu depuis 1994 par Gabriel Batistuta (Fiorentina). Quagliarella est, après Luca Toni (22 buts avec Hellas Vérone en 2015, à l'âge de 38 ans), le deuxième joueur de plus de 36 ans à franchir le cap des 20 buts sur une saison. A moins que le Polonais Krzysztof Piatek ou l'inévitable Cristiano Ronaldo s'en mêlent, l'Italien pourrait devenir le deuxième capocannoniere le plus âgé de tous les temps. Personne ne lui enlèvera en tout cas le trophée du plus beau but de l'année, inscrit sur une volée du talon en septembre 2018 face à Naples. Cette deuxième jeunesse n'a pas échappé au sélectionneur italien Roberto Mancini, qui l'a repris pour un stage de la Squadra Azzura le mois dernier, même si le joueur n'était pas tellement favorable à cette idée. " Mancini doit faire confiance aux jeunes, sans quoi l'équipe ne progressera pas ", dit-il modestement. Mais le sélectionneur voit en lui un guide idéal pour ces jeunes et il a déjà déclaré que l'attaquant pourrait jouer un rôle utile à l'EURO 2020. Ce serait le couronnement d'une carrière invraisemblable. Son histoire, ses buts et son caractère réservé, voire introverti, ont fait de lui un personnage culte. Tout le pays l'aime. Quand on lui demande comment il fait pour jouer à un tel niveau à l'âge de 36 ans, il répond : " Je prends simplement du plaisir dans ce que je fais et je tiens le coup dans les moments difficiles. Je suis déjà très heureux d'être encore là. "