J'aime l'Islande. Je ne la connais que du bout des yeux mais elle m'a séduit. En deux jours, sur ce qui ressemble à une autre planète, j'ai ressenti le mystère savoureux. C'était il y a longtemps, c'est comme si c'était hier. Faut dire, j'y ai inscrit un de mes nombreux buts en Coupe d'Europe (en fait, j'en ai marqué deux) mais celui-là compte pour dix au hit-parade de mes émotions. Un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup.
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J'aime l'Islande. Je ne la connais que du bout des yeux mais elle m'a séduit. En deux jours, sur ce qui ressemble à une autre planète, j'ai ressenti le mystère savoureux. C'était il y a longtemps, c'est comme si c'était hier. Faut dire, j'y ai inscrit un de mes nombreux buts en Coupe d'Europe (en fait, j'en ai marqué deux) mais celui-là compte pour dix au hit-parade de mes émotions. Un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. Akranes était l'autre équipe, son climat notre adversaire. Paysage lunaire avec l'océan en guise de tribune. Un vent à décrocher une moumoute. C'est vraiment arrivé à l'un de nos supporters qui filmait le match pour le club. Rafale de vent, caméra qui tourne, oeil au beurre noir et fous rires après le match car le pauvre, sa moumoute, il l'a vue s'engloutir dans les flots. Même les ramasseurs de balles munis de grandes perches avec un filet au bout n'ont rien pu faire. Par contre, ils repêchaient les ballons dégagés. Pas de tribune mais en guise d'officielle, obligatoire pour l'UEFA, un semi-remorque garé le long de la ligne de touche avec des chaises pliables dessus. Trop magnifique. Au match retour, ça puait l'alcool sur le terrain, les Islandais avaient profité du voyage sur le continent pour passer deux jours à Paris. Ils avaient visité la Ville Lumière. Moi, ça m'avait éclairé sur la " merveillosité " du foot. Surréaliste. Même en Coupe UEFA. L'Islande est une étape vers ce qui fut le nouveau monde. Les Amériques. Leur nouvelle étape footballistique ressemble à un Eldorado. Eux, dont un volcan a paralysé les liaisons entre les Etats-Unis et l'Europe, sont maintenant capables de neutraliser l'Europe du foot. Son élite même. Fini le temps des complexes. Le temps où la veille des matches internationaux, la moitié de l'équipe était sur des bateaux de pêcheurs à vaincre les éléments pour faire vivre leur famille. Vaincre est devenu un terme footballistique. Ils se sont révélés à eux-mêmes. A coups de succès en qualifs. Tout, sauf un hasard. Le salut vient des terrains. Début des années 2000, la Fédé construit un centre indoor. On peut, enfin, jouer au foot toute l'année sur l'île. Et puis, on vise le futur. 100 mini-terrains artificiels ont fleuri dans les cours d'école. L'éducation toujours pour générer l'ambition. Et puis, la Banque nationale est privatisée et émet des " sortes " de bons au trésor afin de financer d'autres terrains couverts. Succès phénoménal. Toute l'île en achète. Malgré la crise financière de 2008, les projets se finalisent. L'Islande devient le pays au monde avec le plus de terrains couverts par habitant. Le projet s'occupe alors des coaches. Pendant des décennies, c'étaient les parents qui entraînaient les petits. Maintenant, il y a un coach diplômé UEFA pour 500 habitants. En comparaison, il y en a un pour 10.000 en Angleterre. Des Anglais qui, aujourd'hui, viennent recruter en Islande. Certains jouent déjà en Premier League. Septante dans les autres championnats continentaux. Et rêvent de faire la carrière d'EidurGudjohnsen. Celui qui, fait unique dans l'histoire du foot, est monté au jeu à la place de son papa un soir de 1996 à Tallinn lors d'un match de l'équipe nationale. A 37 ans, Eidur sera en France. Chance que d'autres grands noms n'ont pas eue. Le Nord-Irlandais GeorgeBest, le Gallois RyanGiggs ou encore le Finlandais JariLitmanen avaient le niveau mais pas le bon certificat de naissance. A l'Euro, ce sera le fameux duo LarsLagerbäck-HeimirHallgrímsson qui coachera l'équipe. Lagerbäck a dirigé la Suède et le Nigeria en Coupe du monde. Hallgrimsson est... dentiste. Ils définissent le style : discipline. On laisse le ballon à l'adversaire. On est solide derrière, on joue les contres et les un contre un à fond. Ça vous rappelle quelque chose ? Une sorte d'ovni qui a tout écrasé sur sa route. Une sorte de conte de fées devenu chef-d'oeuvre universel. L'Islande joue en bleu comme...Leicester. PAR FRÉDÉRIC WASEIGE