Sur la pelouse annexe du stade Jan Breydel, les attaquants sont séparés du reste du groupe. Sur un demi-terrain, les ailiers adressent des centres en direction de Rune Lange. Andres Mendoza s'emploie à centrer pour son partenaire norvégien depuis le flanc gauche. Exactement la phase qui a amené le premier but contre Lokeren, voici dix jours. Elle reflète également la nouvelle position que Trond Sollied a assignée au Péruvien: celle d'extérieur gauche. Un rôle que l'intéressé n'apprécie pas trop.
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Sur la pelouse annexe du stade Jan Breydel, les attaquants sont séparés du reste du groupe. Sur un demi-terrain, les ailiers adressent des centres en direction de Rune Lange. Andres Mendoza s'emploie à centrer pour son partenaire norvégien depuis le flanc gauche. Exactement la phase qui a amené le premier but contre Lokeren, voici dix jours. Elle reflète également la nouvelle position que Trond Sollied a assignée au Péruvien: celle d'extérieur gauche. Un rôle que l'intéressé n'apprécie pas trop.Andres Mendoza: Parfois on alterne et je me retrouve en position d'avant-centre. Ce que je préfère. Mais je dois me plier aux directives de l'entraîneur. Vous êtes gaucher?Oui. L'entraîneur estime que, sur le flanc gauche, je peux mieux profiter de ma pointe de vitesse. Personnellement, je préférerais l'exploiter dans l'axe: prendre les défenseurs de vitesse et tirer.Est-ce l'arrivée de Rune Lange qui a conduit à cette redistribution des rôles?Lorsque j'ai débarqué à Bruges, il y avait Khalilou Fadiga sur ce flanc. Puis, le Sénégalais est parti à Auxerre et la place est devenue vacante. D'autres solutions ont été essayées, avec Sandy Martens notamment. Un autre centre-avant a été engagé et j'ai glissé vers le flanc. C'est un rôle nouveau pour moi: au Pérou, j'avais toujours évolué dans l'axe. A force de travail, je devrais m'améliorer dans ce secteur.Est-ce un problème lorsque vous retournez en équipe nationale?Je dois m'adapter. Les systèmes sont totalement différents. Là-bas, nous évoluons en 4-4-2. Ici, en 4-3-3. A Bruges, je dois adresser des centres pour Rune Lange. Avec l'équipe nationale péruvienne, nous sommes à deux en pointe et nous devons essayer de créer des brèches. Sincèrement, je crois que le système péruvien me convient mieux. Mais je dois faire contre mauvaise fortune, bon coeur. Je commence à me débrouiller.Comment se passe votre entente avec Rune Lange?Pas trop mal. Cela fait déjà pas mal de temps que nous nous côtoyons, maintenant, et nous avons appris à nous connaître. C'est un joueur qui aime évoluer comme target-man. Parfois, lorsqu'il est très surveillé, je pense qu'il aurait intérêt à redescendre davantage pour demander le ballon. Mais bon: c'est son style. Et c'est un excellent footballeur."Je comprends tout!"Le style de jeu de Bruges est-il trop calqué sur lui?Je ne dirais pas cela, il y a beaucoup de variété dans notre jeu. En principe, Gert Verheyen accomplit sur le flanc droit la tâche qui m'est dévolue à gauche. Mais nous pouvons parfaitement intervertir les rôles. Il arrive que je me retrouve au centre et que Rune Lange se déporte sur le flanc, en fonction des situations de match. Tout est question de bien occuper les espaces.Trond Sollied est un entraîneur qui accorde beaucoup d'importance à l'occupation de terrain...Lors du stage en Espagne, nous avons beaucoup travaillé l'aspect tactique, l'occupation des différentes zones, la position des joueurs en phase offensive et défensive. Il aime posséder plusieurs cordes à son arc et disposer de plusieurs systèmes de jeu. Parfois, en fonction des adversaires ou de l'évolution du score, nous passons de trois à deux attaquants, de quatre à deux défenseurs, nous introduisons un demi offensif supplémentaire...Vous comprenez tout ce qu'il vous explique?Sans problème. Le langage du football est universel. Je ne maîtrise pas l'anglais ou le néerlandais à la perfection, loin de là, mais je sais parfaitement ce que l'entraîneur veut que je fasse.Le mois de décembre fut très difficile pour Bruges, et janvier a également commencé en mode mineur. Y a-t-il des explications à cela?Je l'ignore. Nous ne devons nous en prendre qu'à nous-mêmes. Nos adversaires ne nous ont pas dominé outrageusement, mais des erreurs nous ont conduit à notre perte. Avec les conséquences que l'on connaît: alors qu'on nous pointait comme le grand favori pour le titre, nous subissons aujourd'hui une forte pression de la part de plusieurs équipes. Le championnat s'annonce très ouvert.Quel sera votre adversaire le plus dangereux?C'est difficile à dire. Je me méfie très fort du Standard, qui semble dans une très bonne période. Mais il y a aussi Anderlecht et Genk. En fait, nous ne devrons pas trop nous préoccuper des adversaires."Il faut oublier Lyon"On a l'impression que vous n'avez pas encore digéré la cruelle désillusion de Lyon?Non, je ne le pense pas. Là-bas, nous avions uniquement songé à préserver le résultat du match aller. C'était sans doute une erreur. Mais il est inutile de sans cesse regarder derrière soi. Lyon, c'est du passé, il faut tourner la page. La Coupe de l'UEFA était une belle aventure, mais le championnat est très important également, sinon plus. Il doit nous permettre d'accéder à la Ligue des Champions la saison prochaine.C'est votre principal objectif?Tout à fait. Je veux remporter le titre, puis décider des meilleures options pour mon avenir: continuer à Bruges ou tenter ma chance dans une autre équipe.La participation ou non de Bruges à la Ligue des Champions pourrait-elle influencer votre décision de partir ou de rester?Il est trop tôt pour parler de cela. Il est clair que la Ligue des Champions est une excellente vitrine, et qu'en y participant, on a de grandes chances de se faire remarquer par des clubs huppés.Avez-vous des contacts?Je l'ignore. Il faudrait poser la question à mon manager. Pour l'instant, je ne me tracasse pas à ce sujet.On a l'impression que, depuis le début, vous n'avez considéré Bruges que comme une étape dans votre carrière?Non, je suis très content d'être venu en Belgique. C'est un bon club, et par rapport au Pérou, j'ai déjà franchi un palier. Mais, en travaillant bien et en livrant de bonnes prestations, il faut se fixer d'autres objectifs.Votre rêve demeure l'Espagne?Pas nécessairement. L'Espagne serait plus commode pour une question de langue. D'autres pays me tentent également: l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne, peu importe. Je rêve d'évoluer dans une grande équipe, qui remporte des trophées."J'ai travaillé ma pointe de vitesse"Bruges n'est donc pas une grande équipe?Si, mais c'est une grande équipe... dans un petit pays. J'ai envie d'évoluer dans un championnat plus prestigieux et d'un niveau plus relevé, de franchir un palier supplémentaire.Vous en parlez avec des garçons comme Claudio Pizarro et Nolberto Solano lorsque vous retournez en équipe naitonale?On en discute, oui. On prend des nouvelles l'un de l'autre. Le football européen est nettement plus rapide que celui pratiqué au Pérou, c'est la principale différence. Je l'avais déjà remarqué à Bruges. En Angleterre ou en Allemagne, c'est encore plus flagrant. Lorsqu'on rentre au Pérou, on a l'impression de jouer deux fois plus vite que les autres.Pensez-vous avoir le niveau pour évoluer en Angleterre ou en Allemagne?Il me faudrait une nouvelle période d'adaptation. Tous les championnats sont différents en Europe, c'est ce qui fait la richesse de ce continent. En travaillant, il y a moyen d'y arriver. Travailler en semaine à l'entraînement et essayer de s'amuser le week-end en match, c'est le seul moyen de réussir. En match, il faut surtout penser à se faire plaisir. C'est de cette manière que l'on réalise ses meilleures actions.Votre style de jeu n'est pas tout à fait dans la ligne du football péruvien...C'est vrai, j'ai un jeu beaucoup plus explosif que la plupart de mes compatriotes. Là-bas, on joue sur un rythme lent et on caresse beaucoup le ballon. Je suis carrément à l'opposé de cette tendance. J'essaye d'exploiter ma pointe de vitesse. Le demi offensif qui évoluait derrière moi l'avait fort bien compris. Il expédiait le ballon en profondeur dans l'espace et, généralement, c'était but.Cette vitesse de course, est-ce naturel?Pas uniquement, je l'ai beaucoup travaillé également. Autrefois, je m'entraînais souvent à courir des 100 mètres.Daniel Devos