C'est jour de marché à Mouscron : une foule nombreuse serpente entre les échoppes dressées sur la place de l'hôtel de ville. Une effervescence qui rappelle les glorieuses années de l'Excelsior, ses premières saisons en D1, lorsque le Canonnier attirait du monde et baignait dans une ambiance de feu. Aujourd'hui, ce stade est l'un des plus calmes de D1 et sa figure emblématique a pris du recul : Jean-Pierre Detremmerie (65 ans) se contente, depuis l'été dernier, d'un rôle de président d'honneur. Mais il est toujours bourgmestre de la ville, au moins jusqu'en janvier 2007.
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C'est jour de marché à Mouscron : une foule nombreuse serpente entre les échoppes dressées sur la place de l'hôtel de ville. Une effervescence qui rappelle les glorieuses années de l'Excelsior, ses premières saisons en D1, lorsque le Canonnier attirait du monde et baignait dans une ambiance de feu. Aujourd'hui, ce stade est l'un des plus calmes de D1 et sa figure emblématique a pris du recul : Jean-Pierre Detremmerie (65 ans) se contente, depuis l'été dernier, d'un rôle de président d'honneur. Mais il est toujours bourgmestre de la ville, au moins jusqu'en janvier 2007. C'est un homme nouveau, revigoré, qui nous reçoit dans son bureau de la maison communale. Il n'a certes plus la jeunesse et la fougue visibles sur une photo où on le voit converser gaiement avec feu le Roi Baudouin, mais il semble en bien meilleure forme qu'il y a quelques mois, au moment de son départ de la présidence. C'était alors un homme usé, hésitant dans le discours et dans le geste. L'enthousiasme, la bonhomie et l'optimisme ont entre-temps repris le dessus. Jean-Pierre Detremmerie : " Il était grand temps que je décroche. J'aurais peut-être même dû partir un ou deux ans plus tôt, mais il fallait d'abord trouver des successeurs. Si j'avais continué, j'aurais risqué d'aller au bout de mes forces et cela aurait pu se retourner contre le club. Je ne me suis pas battu pour voir l'Excel péricliter après moi. Cela aurait été de l'orgueil mal placé. Après avoir combiné pendant autant d'années mon poste de parlementaire, mon boulot de bourgmestre et ma fonction de président de l'Excel, le burn-out m'a frappé de plein fouet. J'ai tout donné sans calculer pendant 35 ans : le contrecoup a été terrible. Il m'a fallu plusieurs mois pour récupérer. Je ne supportais plus le stress, le moindre petit problème devenait source de gros tracas, je restais parfois plusieurs nuits d'affilée sans fermer l'£il, les batteries étaient complètement plates. Alors que, dans le passé, j'étais capable de travailler jusqu'à 15 ou 20 heures par jour, je me suis retrouvé sans aucune énergie. J'ai constaté, année après année, que le travail de président d'un club pro était de plus en plus compliqué. Cela aussi m'a usé. Les problèmes financiers, l'ingratitude de certaines personnes, l'arrivisme de certains joueurs : tout cela ne facilite pas la tâche du patron. Ce serait si simple s'il n'y avait que des Steve Dugardein, des Olivier Besengez, des Alex Teklak ou des Francky Vandendriessche, mais on est loin du compte "... " J'ai parfois mauvaise conscience quand je repense à la vie que j'ai imposée à ma famille. J'étais un mari et un père presque toujours absent. Si ma femme n'avait pas été là, mes enfants auraient vécu comme des orphelins. Je m'étais pourtant juré de ne pas imposer à mes enfants ce que j'avais moi-même vécu : j'ai perdu mon père à 7 ans, ma mère à 10 ans, et j'ai grandi à l'orphelinat. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'être passé à côté de l'essentiel quand je me rends compte que je connais mieux mes petits-enfants que mes deux fils. Il m'arrivait de ne pas partager un seul repas en famille pendant un mois. J'ai négligé une partie de ma mission et ça restera toujours un grand regret. Des témoins se sont allumés le jour où j'ai marié mon premier fils. Face à lui dans la salle des mariages, j'ai eu un choc, une grosse gifle. J'ai compris que je le connaissais mal. J'essaye aujourd'hui de rattraper une partie du temps perdu, mais c'est un peu tard. Je consacre désormais le maximum de temps à mes enfants et petits-enfants et je passe aussi de nombreuses heures à prier chez les bénédictines de Tourcoing. J'en ai toujours ressenti le besoin, mais par manque de temps, je ne l'assouvissais pas. J'ai l'impression d'avoir retrouvé un certain équilibre : ça fait du bien dans la tête ". " J'ai lu que je continuais à tirer les ficelles au club : il n'y a rien de plus faux. J'assiste encore aux matches à domicile, il m'arrive même d'aller en déplacement, mais mes présences auprès de la direction, du staff et des joueurs se limitent à ces matches. Je m'abstiens de passer régulièrement au Canonnier : plus par correction vis-à-vis de mon successeur que par manque d'intérêt. De toute façon, l'homme qui a repris le flambeau, Edward Van Daele, est remarquable et je veux laisser une autonomie totale aux nouveaux dirigeants, j'évite de donner un avis ". " Je ne suis pas d'accord quand on dit que la politique a trop aidé l'Excel. La part moyenne de budget communal consacrée au sport, en Wallonie, tourne autour de 2,4 %. A Charleroi, c'est entre 4 et 5 %. A Mouscron, 6 %. Est-ce trop ? Non. Je voudrais même qu'on aille plus loin. Le privé nous a prêté 3 bons millions et ne demandera pas à les récupérer. Comme l'Excel n'a pas de dettes bancaires, il ne lui reste plus qu'à rembourser 3 millions à l'intercommunale : j'aimerais que cette somme soit transformée en sponsoring, qu'elle ne doive pas être rendue, que l'intercommunale soit aussi généreuse que nos partenaires privés. Je suggère aussi à cette intercommunale de laisser tomber le loyer du stade. Les attaques n'ont pas manqué mais cela fait partie du combat politique ". " Je n'avais pas été réélu aux dernières élections législatives, au niveau fédéral, à cause d'une combine entre Mons et Charleroi. Je n'ai pas que des amis au CDH, j'ai toujours tenu à ma liberté et cela indisposait beaucoup de monde. Suivre continuellement à 100 % la ligne de son parti, c'est accepter un appauvrissement de la vie politique. J'ai été député fédéral pendant plus de 20 ans, je suis content de mon bilan. J'avais encore un siège au parlement wallon mais je l'ai cédé. Il me reste la politique locale. J'en suis à ma 27e année de maïorat, et avant cela, j'avais été échevin des Sports pendant trois ans. J'ai récolté jusqu'à 7.000 voix de préférence à Mouscron : un record dans cette ville, et je sais qu'il ne sera plus jamais battu. Je ne sais pas quelle image je laisserai, j'aurais sans doute pu mieux faire, mais j'ai fait ce que je pouvais. Je pense avoir rendu à ma ville ce qu'elle m'avait donné. J'étais un pupille de l'assistance publique. C'est la communauté qui m'a payé mes études, par exemple. J'espère l'avoir assez bien servie en retour ". " Les mercenaires, c'est un des côtés les plus ingrats du football. Il est arrivé un jour où le club a joué cette carte au lieu de continuer à miser sur les fruits du Futurosport : je le regrette. Le Futurosport avait trouvé son rythme de croisière et Philippe Saint-Jean y était remarquable dans son rôle de patron. Il avait le profil idéal pour cette fonction. Malheureusement, il avait trop d'ambitions comme entraîneur d'une équipe Première. Aujourd'hui, c'est Jean-Louis Losveld qui a repris le flambeau : j'y crois beaucoup. Si on lui fait confiance, le club est parti pour sortir une relève intéressante, revenir à ses valeurs, retrouver son âme au travers de professionnels sortis de notre centre de formation. Il est important de récupérer une identité régionale. Le Club Bruges et Zulte Waregem doivent nous servir d'exemples. Ces clubs utilisent de la main-d'£uvre étrangère mais font quand même massivement appel à des joueurs qui ont une connotation sinon régionale, au moins belge. Ils équilibrent leur noyau et jouent malin. Quand on fait confiance essentiellement à une légion étrangère, c'est difficile de trouver une âme ". " On peut considérer que l'Excel est sauvé et il est bien parti pour disputer une deuxième finale de Coupe de Belgique. Même si je me méfie des compétences tactiques de JackyMathijssen. Je rêve d'une deuxième finale qui se terminerait mieux que la première. Et d'un meilleur contexte. Parce que je revois encore Jan Peeters descendre les marches de la tribune officielle en fin de match et me dire : -On vient d'avoir une nouvelle preuve de la faiblesse de notre arbitrage. Il faisait allusion au penalty non sifflé sur MarcinZewlakow et au but du Club Bruges sur la contre-attaque. Ce discours était d'une maladresse rare. Le patron de l'Union Belge qui parle comme ça alors qu'il est responsable du niveau des arbitres ! Si mes enseignants communaux sont mauvais, j'assume et je cherche des solutions ". " Le match récent contre Genk m'a conforté dans l'idée que la diminution de notre moyenne de spectateurs était d'abord due aux prix des places. Ce jour-là, les gens ont pu venir au Canonnier pour un euro et il y avait plus de 8.000 personnes. Evidemment, les mauvais résultats ont découragé une partie de nos supporters potentiels, mais l'aspect financier est une explication encore plus cruciale. Cela me dérange que des candidats spectateurs restent chez eux uniquement parce qu'ils n'ont pas les moyens de venir voir jouer l'Excel. Je suis persuadé qu'en baissant fortement le prix des places, on peut regarnir le Canonnier. C'est un bon calcul, de toute façon : s'il y a plus de monde, les buvettes tournent mieux, les sponsors sont contents et les joueurs se subliment. On l'a bien vu contre Genk : c'est notre douzième homme qui a fait la différence alors que l'équipe était sur le point de sombrer à cause des efforts fournis quelques jours plus tôt en Coupe à Charleroi. Il faudrait tirer des conclusions de ce qui s'est passé ce soir-là. C'est à réfléchir si on veut que le déplacement à Mouscron soit à nouveau craint par toutes les équipes de D1 ". " Je n'ai toujours pas digéré la façon dont on a dépeint la santé du club, la saison dernière. Roland Louf a jeté des chiffres alarmants en pâture. A quoi bon ? Je ne dis pas que ces chiffres étaient faux, mais fallait-il pour autant les porter à la connaissance du grand public et ainsi effrayer les gens ? Il a créé un climat néfaste et fait rôder le spectre de la faillite alors qu'il y avait des solutions. La preuve qu'elles existaient, c'est que nous les avons trouvées. Roland Louf a tué quelque chose à l'intérieur du club. C'est en suscitant un climat positif qu'on obtient une chance de repartir de l'avant, pas en faisant croire que tout va s'arrêter. Certains en ont profité pour tirer à boulets rouges sur la bête blessée. Roland Louf a d'énormes qualités, mais sur ce coup-là, je ne l'ai pas bien suivi. C'était quand même lui qui avait pleuré pendant des années pour venir chez nous. Au départ, je n'étais pas demandeur. Je l'ai pris après avoir eu sa promesse qu'il s'autofinancerait, qu'il trouverait un sponsor pour payer son salaire, c'était une condition bien précisée dans notre accord. Ce sponsor, je l'attends toujours. Attention, je ne dis pas que c'était simple : quatre personnes ont déjà essayé de s'autofinancer chez nous et aucune n'y est parvenue. Mais bon, je comptais là-dessus en engageant Roland Louf. Une fois en place, il s'est débarrassé de gros contrats et a remplacé ces joueurs par des étrangers. Les nouveaux avaient un salaire moins élevé, mais si on compte ce qu'il a fallu verser en commissions aux agents, on arrive finalement aux mêmes dépenses. Cela me dérange car je préfère payer des footballeurs que des managers ". " L'aventure de Zulte Waregem me fait penser à la première saison de l'Excel en D1. Mais chez nos voisins, les problèmes vont seulement apparaître. En fin de championnat, ça ira déjà moins bien parce que certains joueurs de cette équipe vont voir ce qu'ils peuvent gagner ailleurs en quittant Zulte Waregem et en abandonnant leur profession. Ils risquent fort de partir un par un, et le rêve de ce club sera vite terminé. Enfin bon, il a au moins la chance de posséder un entraîneur qui, lui, ne devrait pas se laisser débaucher... Francky Dury m'a l'air respectueux de sa parole. C'est un grand homme. Il me fait penser à Gil Vandenbrouck pour ses qualités humaines. Vous connaissez beaucoup de gars dialysés trois fois par semaine qui trouveraient le courage d'entraîner en D1 ? Ce qu'il fait, c'est exceptionnel. Le courage qu'il montre dans son combat contre la maladie est extraordinaire ". " J'ai été scandalisé en apprenant que les 18 présidents de D1 s'étaient engagés devant l'Union Belge à ne pas contester le verdict final du championnat en cours. Comment peut-on promettre une chose pareille alors qu'on n'a pas encore découvert la vérité sur les matches truqués ? Un club n'appartient pas à un homme ou à un parti politique mais à une ville, à une région. Je ne me fais pas trop d'illusions sur les enquêtes, je crains que la montagne accouche d'une souris, j'imagine que l'Union Belge va chercher à tout étouffer. Mais s'il s'avère au bout du compte que l'Excel a été préjudicié par des matches arrangés, je ne manquerai pas d'inviter la Ville à réagir, à se rebeller, à réclamer. Quand je vois ce qui se passe aujourd'hui dans notre football, je me dis que j'ai vraiment bien fait de me retirer. Enfin bon, je vois deux aspects positifs dans ce scandale : l'intention de Didier Reynders de contrôler les activités des agents de joueurs et l'annonce que les commissions ne seraient plus versées directement aux agents mais transiteraient par le club cédant ". PIERRE DANVOYE