C'est avec un profond respect mais aussi avec le sourire que nous pensons à Jean-Pierre Detremmerie. Jadis, il nous avait envoyé une lettre, en réaction à la publicité d'une marque automobile sur laquelle le lecteur attentif aurait décelé l'ombre d'un sein. Il avait menacé de résilier son abonnement à Sport/Foot Magazine si ça se reproduisait une seule fois. Des années plus tard, pendant une interview, nous lui avions demandé s'il en était toujours fâché. Il avait répondu : " Je sais que le sexe fait vendre mais je trouve qu'il ne faut pas le mêler au sport. Il n'a pas sa place dans un magazine qui tombe dans les mains des jeunes. Vous ne verrez jamais de striptease à Mouscron avant un match, histoire d'attirer quelques spectateurs en plus. "
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C'est avec un profond respect mais aussi avec le sourire que nous pensons à Jean-Pierre Detremmerie. Jadis, il nous avait envoyé une lettre, en réaction à la publicité d'une marque automobile sur laquelle le lecteur attentif aurait décelé l'ombre d'un sein. Il avait menacé de résilier son abonnement à Sport/Foot Magazine si ça se reproduisait une seule fois. Des années plus tard, pendant une interview, nous lui avions demandé s'il en était toujours fâché. Il avait répondu : " Je sais que le sexe fait vendre mais je trouve qu'il ne faut pas le mêler au sport. Il n'a pas sa place dans un magazine qui tombe dans les mains des jeunes. Vous ne verrez jamais de striptease à Mouscron avant un match, histoire d'attirer quelques spectateurs en plus. " Durant ce même entretien, il nous avait raconté sa vie. Ses parents étaient très pauvres. Le sol de leur maison n'était même pas pavé. Sa mère, une Française, avait connu une vie dramatique et était décédée quand il avait sept ans. Son père, d'origine flandrienne, était mort trois ans plus tard et Jean-Pierre avait alors grandi dans un orphelinat à Aartrijke. Plus tard, pour financer ses études, il avait travaillé à la ferme. " Celui qui a connu la faim et a vécu un moment sur le compte du CPAS connaît les vraies valeurs de la vie. " C'est de là, disait-il, que lui venaient son dynamisme et ses réflexes sociaux. Il est devenu régent en langues germaniques, a donné cours au collège d'Enghien, est devenu collaborateur sportif du Nord Eclair et est entré en politique. Sous son maïorat, de 1980 à 2006, la commune de Mouscron a effectué d'énormes progrès, à tous points de vue. Ce fut également le cas, au début, de l'Excelsior. Avec son soutien, il a émergé des provinciales jusqu'en D1 et a même disputé la Coupe UEFA. Le club a grandi grâce au travail de bénévoles, du personnel de la ville et du soutien public. Detremmerie a contré les critiques : " Préférerait-on que je mette les subsides réservés à cette région en retard dans ma poche ? " L'argent ne l'intéressait pas, personnellement. Profondément croyant, il agissait en pensant au bien-être des autres. Il était extrêmement motivé, totalement disponible envers sa ville et sa population. On le répétait souvent à Mouscron : le bourgmestre ne prenait de congés que pour se rendre à Lourdes. Il voulait faire du club la vitrine de son projet pour la région et il rêvait tout haut de l'élite absolue, d'un budget de 2,5 millions d'euros. Début 2000, il avait déclaré à notre magazine : " Un jour, nous serons champions. Ça ne tardera plus beaucoup. " Il était ainsi, dans sa passion : il voyait grand et tout devait aller vite. Il fallait réussir. Par tous les moyens. Las, ça s'est mal terminé. Après une longue lutte pour sa survie et 14 saisons parmi l'élite nationale, l'Excel a fait faillite. Au terme des élections communales de 2006, le bourgmestre a dû quitter l'hôtel de ville. Le tribunal a estimé " suspect le financement du club depuis la maison communale " et a inculpé Detremmerie de fraude, de faux en écriture et d'abus de biens sociaux. Il a même été exclu de son parti, le CDH. Il vivait retiré, dans son cercle familial, depuis plusieurs années. Nous avions tenté en vain de le contacter par téléphone, à plusieurs reprises. Nous avions appris qu'il avait des problèmes de santé, qu'il allait de temps en temps prier dans un petit monastère bénédictin de Tourcoing et qu'il estimait toujours n'avoir rien fait de mal, qu'il continuerait donc à lutter pour que justice soit faite. Jusqu'au week-end dernier. Dimanche matin, son épouse l'a trouvé mort au domicile conjugal. Il avait mis fin à ses jours. Hier, il aurait appris s'il devait comparaître ou non devant le tribunal correctionnel. C'est ce même jour qu'il a été enterré. Reposez en paix, Bourgmestre. PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTO BELGAIMAGEIl était extrêmement motivé, totalement disponible envers sa ville et sa population.