Si on lui avait dit, voici quelques semaines à peine, qu'il serait aujourd'hui le voisin de palier de Kevin Keegan à Manchester, Daniel Van Buyten aurait cru à une galéjade...
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Si on lui avait dit, voici quelques semaines à peine, qu'il serait aujourd'hui le voisin de palier de Kevin Keegan à Manchester, Daniel Van Buyten aurait cru à une galéjade... Depuis son arrivée à l'OM, à l'été 2001, Big Dan a vite émargé au rang des incontournables au stade Vélodrome. En début de saison, le club phocéen avait d'ailleurs refusé une offre de huit millions d'euros de la part de Newcastle United pour conserver notre compatriote dans l'optique de la Ligue des Champions. Une scène sur laquelle l'OM se produisait pour la deuxième fois après avoir décroché la timbale en 1993 sous la férule de Raymond Goethals. Six mois et quelques désillusions plus tard, aussi bien dans l'épreuve reine des joutes continentales que sur la scène domestique, une cession de notre compatriote devenait subitement discutable, avant de se révéler effective sous la forme d'un prêt de quatre mois assorti d'une option d'achat à Manchester City. Vous parlez d'un fameux retournement de situation ! Daniel Van Buyten : L'intention première de la direction était de me vendre, afin qu'elle dispose d'un joli pactole pour renforcer l'équipe à l'occasion du mercato. Mais un gros transfert ne se réalise pas en un tournemain. A défaut de pouvoir réaliser une très bonne opération financière avec moi en janvier, les responsables du club ont accepté l'offre des Mancunians qui proposaient un échange, jusqu'en fin de campagne, avec leur joueur français, David Sommeil, à majorer d'un montant de location d'un million d'euros en échange de mes propres services. Les dirigeants n'y étaient pas réfractaires, et moi non plus d'ailleurs. C'est un secret de polichinelle que j'ai toujours flashé pour le foot anglais. C'est vrai que mon nom avait été cité à plusieurs reprises là-bas, dans le cadre de la suspension de Rio Ferdinand, entre autres. Mais les décideurs olympiens avaient toujours opposé une fin de non-recevoir à toutes les demandes, qu'elles émanent des Red Devils, de la Juventus ou encore du Bayern Munich. Cette fois, Alex Ferguson ne s'est pas manifesté mais je n'ai pas perdu, pour autant, l'espoir de le convaincre lui, ou un autre, de mes capacités à tirer mon épingle du jeu au Royaume-Uni. De trois choses l'une : -Ou bien je convaincs dans mon nouvel entourage et City lève alors l'option d'achat qu'il a sur moi, en juin prochain. -Ou bien un autre sociétaire de l'élite britannique, voire européenne, consent l'effort nécessaire pour s'assurer mes services (et pourquoi pas Manchester United, dans ce cas ?). -Ou bien, c'est un retour sur la Canebière où j'ai toujours un contrat jusqu'en 2007. Je me suis laissé dire que l'actionnaire majoritaire du club, Robert Louis-Dreyfus, avait fait un esclandre au moment où il a appris que j'avais été loué, à son insu, à Manchester City. L'ex-entraîneur Alain Perrin (qui fait toujours partie du club), m'a dit lui aussi que l'OM n'avait sûrement pas pris la décision la plus pertinente en favorisant cette option... Comme quoi, dans la maison, tout le monde n'abondait manifestement pas dans le sens d'un départ. Maintenant, c'est certain que par rapport à l'exercice 2002-03, marqué par une qualification pour la Ligue des Champions et ponctué, personnellement, par huit buts en championnat, les six premiers mois du club, et les miens, pouvaient difficilement supporter la comparaison. L'équipe a été éliminée sans gloire par le Real Madrid et le FC Porto en C1 et ne s'est jamais érigée en candidate championne cette saison. Sous un angle plus personnel, je faisais également mièvre figure avec deux buts seulement. Il y a un an tout juste, j'en avais déjà planté sept. Mais à cette époque, le coach m'exhortait encore à appuyer la man£uvre. Cette saison, en revanche, suite aux arrivées de Didier Drogba et Mido aux avant-postes, il voulait prioritairement que je veille au grain derrière. Je m'y suis attelé au mieux. C'est pourquoi je n'ai pas le sentiment d'avoir été moins performant. Si j'ai moins défrayé la chronique, c'est parce que je n'ai plus alimenté mon propre compteur comme auparavant, c'est tout. A mes yeux, le club ne s'est pas donné les moyens de ses ambitions, voilà tout. Dans un championnat aussi difficile que le français, où huit clubs différents se sont relayés à la première place au cours des dix dernières années, il n'y a qu'un seul moyen pour rester au sommet : l'effectif se doit d'être renforcé qualitativement à l'intersaison. Et lorsque, de surcroît, on est appelé à s'exprimer en Ligue des Champions, un effort tout particulier s'impose. Je ne vais pas prétendre que Marseille s'est blousé dans son recrutement avec des gars comme Didier Drogba et Mido, mais il ne suffit pas d'avoir un bon duo en attaque. Encore faut-il pouvoir le mettre judicieusement sur orbite. Et c'est là, sans nul doute, que le bât a blessé chez nous. A présent, l'OM a rectifié le tir en recrutant durant la récente période des transferts deux footballeurs capables de mettre le feu au jeu : le Bastiais Laurent Battles et l'Espagnol Koke de Malaga. Mais sera-ce suffisant pour inverser la tendance ? J'ai mes doutes. J'ai été estomaqué, pour ne pas dire scié, en prenant connaissance de ces propos. Car hormis Frank Leb£uf, parti au Qatar l'été passé, la défense olympienne s'est toujours articulée autour des mêmes éléments, aussi bien la saison dernière que pendant cette campagne : Abdoulaye Meïté à droite, moi au centre et Johnny Ecker sur la gauche. La seule différence, c'est la venue de Philippe Christanval (de Barcelone) en remplacement de Frank Leboeuf. Si un problème a donc surgi d'une année à l'autre, c'est davantage à cet échelon qu'il faut le situer. La preuve : tant à Montpellier que contre Ajaccio, l'ex-Barcelonais n'a pas été repris au sein de l'équipe de base. Et, comme par hasard, l'OM s'est imposé à deux reprises. Dès lors, je ne vois pas pourquoi il faudrait me charger, même si certains s'y sont plu ces derniers temps. On a dit de tout et n'importe quoi sur mon compte. Notamment que je n'étais plus le même depuis que la Belgique avait loupé sa qualification pour l'EURO 2004. C'est de la rigolade. Au contraire, cette élimination m'a sublimé à encore faire plus pour Marseille. L'OM, c'était ma seule vitrine, du même coup, dans le cadre d'un éventuel transfert en fin de saison. Honnêtement, ce n'étaient pas tant mes prestations sur le terrain qui auront laissé à désirer ces dernières semaines. Même si j'admets volontiers que mon entente avec Christanval n'était pas comparable du tout avec la complicité qui m'unissait à Leb£uf. La vérité, c'est que je dérangeais par mes prises de position en dehors du terrain. Notamment en faveur de mon bon copain Vedran Runje, car je n'admettais pas qu'on l'accable de tous les péchés d'Israël, histoire de favoriser l'arrivée de Fabien Barthez. Sans doute étais-je perçu comme un empêcheur de danser en rond et faut-il voir là la raison de mon passage à Manchester City. Je sais qu'il m'avait chaudement recommandé dans son ancien club, en tout cas. Et comme il a toujours gardé le contact, aussi, avec Kevin Keegan, ma destination actuelle n'est peut-être pas tout à fait surprenante. Une chose est sûre : je suis absolument ravi de pouvoir travailler sous la houlette d'un coach aussi charismatique que lui. C'est fou l'aura qu'il dégage. Il y a huit jours, à l'occasion de notre déplacement à Liverpool, le kop d'Anfield lui a réservé une ovation debout en signe de gratitude pour la trace qu'il a laissée là-bas en tant que joueur. Et mes nouveaux coéquipiers le gardien David James et les avants Robbie Fowler et Steve Mac Manaman, qui retrouvaient également leur ancien club en cette circonstance, ont eu droit à des applaudissements nourris eux aussi. Ce respect, j'en suis franchement baba. Une situation analogue est tout simplement inimaginable en France où l'équipe adverse et ses joueurs sont invariablement conspués. A fortiori quand l'opposition a pour nom l'OM ou le PSG. C'est bizarre, mais à l'occasion des rencontres que j'ai vécues jusqu'à présent ici, je n'ai jamais eu le sentiment d'un décalage important entre l'adversaire et nous. A une exception près : la première mi-temps du match à Tottenham, en coupe, quand les Spurs s'en étaient retournés aux vestiaires nantis de trois buts d'avance. A ce moment-là, je m'étais fait la réflexion que la différence était réellement sensible. Mais après le repos, l'équipe était parvenue à renverser complètement la vapeur au point de se qualifier en définitive par 3-4 et d'obtenir le droit de rencontrer Manchester United samedi passé. Un match fou, fou, fou. Par la suite, pour mes grands débuts contre Birmingham City, nous aurions mérité 100 fois plutôt qu'une de l'emporter. Mais le gardien adverse, Maik Taylor, en décida autrement. A Liverpool finalement, nous avions fait jeu égal avec une formation de pointe jusqu'à ce que David James se blouse malheureusement sur un envoi de Steven Gerrard. Chaque fois, il s'en est donc fallu de peu pour qu'on plie le match en notre faveur. En mon for intérieur, je me dis que cette mauvaise passe finira bien tôt ou tard et que le club s'écartera de la zone rouge. Même si le programme qui nous attend ne sera pas une sinécure avec des affrontements contre Bolton, Chelsea, Manchester United et Arsenal. C'est comme si je disputais pour la deuxième fois la Ligue des Champions cette année (il rit). Tout ce que j'espère c'est que je serai plus heureux ce coup-ci car la moisson avait été nulle, en début de saison, tant contre les Madrilènes que face à Porto. Elle a facilité mon intégration, c'est indéniable. Mais je veux pouvoir voler de mes propres ailes le plus tôt possible et, à cette fin, je suis journellement des cours d'anglais avec un professeur privé. David Sommeil m'a dit qu'il avait eu tort de ne pas apprendre la langue et que cette attitude ne l'avait pas réellement servi. Pour le reste, mon devancier au stopper m'a souhaité bonne chance. Il m'a dit aussi que j'allais me régaler ici tant le jeu est fantastique. Il est évidemment trop tôt pour tirer des conclusions définitives mais j'ai bien l'impression, effectivement, que je vais prendre mon pied. Face à Birmingham City, je me suis autorisé l'une ou l'autre montée et tackles qui ont manifestement épaté la galerie. Avec l'OM, dans les mêmes conditions, personne ne broncherait. Là-bas, on n'a d'yeux que pour les belles actions offensives mais pas vraiment pour un travail correctement effectué par les défenseurs. C'est peut-être ce qui explique pourquoi, d'une saison à l'autre, ma perception n'était plus la même là-bas. Mais je m'insurge contre ceux qui disent que mon étoile avait pâli. D'ailleurs, les chiffres sont là pour le prouver : hormis Drogba, aucun Marseillais n'a fait mieux que moi au classement des moyennes publié par France-Football. Je n'étais donc pas si mauvais que certains voulaient le faire croire. Sans quoi, Manchester City ne serait probablement pas venu me chercher. Je veux remercier ce club û qui m'a logé dans un appartement de rêve à côté de celui occupé par Kevin Keegan û en faisant en sorte qu'il se maintienne en fin de saison. Chemin faisant, j'espère enrichir mon bagage footballistique au contact d'une tout autre culture. J'ai quatre mois pour prouver que je ne dénote pas dans cet environnement. Et je veux mettre tout en £uvre pour y parvenir et m'inscrire dans la durée ici, au même titre que Philippe Albert l'avait fait en Angleterre avant moi. A moi de bien potasser la matière à présent. Bruno Govers " à l'OM, je dérangeais par MES PRISES DE POSITION "" En Angleterre, je vais PRENDRE MON PIED "" MON ENTENTE AVEC CHRISTANVAL laissait à désirer "