Photo d'époque, putain de temps qui passe, j'existais déjà et j'ai identifié illico : milieu des sixties, Bobby serre la pince à Bobby ! Charlton et Moore, capitaines de Man U et West Ham, décrochèrent de concert, à Wembley, la World Cup de 1966. Photo qui dilate la rate de l'ado d'un copain, lorsqu'il la croise sur mon PC : " Wah ha ha, trop cool le look, t'as vu leurs petits shorts ridicules ? Je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression qu'ils sont tout nus ! "
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Photo d'époque, putain de temps qui passe, j'existais déjà et j'ai identifié illico : milieu des sixties, Bobby serre la pince à Bobby ! Charlton et Moore, capitaines de Man U et West Ham, décrochèrent de concert, à Wembley, la World Cup de 1966. Photo qui dilate la rate de l'ado d'un copain, lorsqu'il la croise sur mon PC : " Wah ha ha, trop cool le look, t'as vu leurs petits shorts ridicules ? Je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression qu'ils sont tout nus ! " J'encaisse. Petit con. De pareils shorts peuplent toujours mon armoire qui ne s'appellera jamais dressing, ET JE M'EN AFFUBLE ENCORE : parfois pour tripoter un ballon d'entraînement, souvent pour jouer au tennis. Même qu'au club, d'aucuns rigolent du vieux vestimentairement à l'ouest, mais je m'en bats les c... : je date d'une époque où les sportifs étaient fiers de leurs quadriceps, où leur short était mini pour montrer leurs outils de travail plutôt que leurs tatouages, et où les filles trouvaient ça chouette. Une époque où, précisément, devenaient ringardes des culottes comme celles du referee entre Bob et Bobby : des culottes finalement proches de celles qu'enfilent aujourd'hui les footballeurs et qui leur flottent jusqu'aux rotules, en leur masquant ces cuisses que la nudité d'hier rendait plus forte. Petits pudibonds contemporains, va ! La mode est un éternel recommencement, et votre descendance ricanera aussi : dans 30 ou 40 ans, elle n'aura pas l'impression que vous étiez tout nus, elle vous trouvera ridiculement chargés ! Chargés, ouais. Et ostensiblement individualistes. La photo ci-jointe n'est que celle d'un toss, mais reflète un climat qui n'existe plus. Même pas de panneaux publicitaires cernant le ground. Un climat de sobriété. Les équipiers se ressemblaient à part leur numéro, même le brassard de capitaine était superflu. Seuls les tifs allaient peu à peu attirer l'attention sur telle ou telle dégaine : George Best fut un pionnier vers 1968 (crinière pourtant sage quand on le revoit aujourd'hui) et un Gunther Netzer fut aussi égérie capillaire, filandreuse celle-là... La longueur des poils craniens était alors la seule intrusion possible d'un look individualisant au sein du collectif. Et cette Beatlemania ne dura guère qu'une bonne décennie : situons l'apothéose chez Argentins et Hollandais des Mondiaux 74 et 78, puis l'épidémie régressa... Mais dans l'ensemble, le look d'hier était austère et bicolore ; un tricolorisme tel qu'ici celui des Hammers était rarissime, il en devenait presque excentrique ! Et si Mauves ou Rouges ne pouvaient revêtir leur maillot habituel, ils inversaient les tons de vareuse et short, ou jouaient tout en blanc avec éventuels bas de couleur, comme Bob Charlton : c'était simple, nul besoin de créer du business multicolore avec des ersatz de maillots, à vendre en faisant fi des vraies couleurs du club ! Comparés aux deux Bobby, les joueurs d'aujourd'hui sont donc chargés sur toutes les facettes : multi-numérotés, couverts par les pubs, les logos des marques, leurs patronymes, les parements (sur les maillots, sur les shorts, sur les bas..), les couleurs, les tattoos, tout ! Coquets alambiqués bichonnant leurs poils chaque semaine,... Georgie Best aujourd'hui aurait l'air d'un enfant de choeur (mais boirait le vin de messe). Et si les piercings étaient permis, faudrait un aimant pour ramasser la ferraille après le match ! Leurs godasses ont cessé d'être neutres et noires, comme s'il fallait admirer leurs pieds avant d'avoir vu ce qu'ils savaient faire avec un ballon : des pieds de toutes les couleurs, comme s'il fallait à tout prix se différencier de l'équipier ! Starlettes/sandwichs. J'admets : tout ça fait vieux réac, ou ancien combattant. Pourtant, question de s'attifer dans la vie courante, je m'en bats ce que j'ai déjà dit. Mais le match de foot n'est pas la vie courante, il demande l'uniformité : l'uniforme pour que tout concoure au collectif. Pour que tout converge vers le jeu et lui seul : y compris le jeu d'une individualité dont les gestes superbes transcenderont l'uniforme. Au lieu que le rwétant contemporain soit sans cesse distrait du jeu, perturbé par des couillonnades adjacentes, mercantiles, ostentatoires. Nostalgie grognonne. " Dans 30 ans, votre descendance ricanera aussi. "