En fin de saison passée, François De Keersmaecker nous déclarait très tranquillement : " Je serai un grand président si les Diables Rouges décrochent de bons résultats ". L'avocat malinois a certainement pensé à cette phrase en suivant l'équipe nationale face à la Pologne.
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En fin de saison passée, François De Keersmaecker nous déclarait très tranquillement : " Je serai un grand président si les Diables Rouges décrochent de bons résultats ". L'avocat malinois a certainement pensé à cette phrase en suivant l'équipe nationale face à la Pologne. Après l'énorme erreur de Daniel Van Buyten, l'équipe de René Vandereycken vola en mille morceaux : pas de présence athlétique en pointe, Timmy Simons seul dans la ligne médiane pour tout faire, un registre technique pas du tout à la hauteur du défi, un moral nettement moins motivateur que celui des Polonais qui ont mérité leur succès au pied de l'Atomium. L'année se termine en queue de poisson et les chances de qualification pour l'Autriche et la Suisse sont assez réduites. Vandereycken doit être le seul eurooptimiste. Sa solitude saute de plus en plus aux yeux. Convoqué jeudi, comme prévu de longue date, le comité de direction de l'Union Belge a confirmé sa confiance à l'égard du coach fédéral. Par la voix de son attaché de presse, Nicolas Cornu, la fédération a exprimé sa déception après cette défaite. Lors de cette réunion de 40 minutes, Antoine Van Hove, le président de la commission technique (donc patron des Diables Rouges) a dû rendre des comptes à propos de la préparation de cette rencontre, de l'ambiance qui régna dans le groupe, de l'état de la pelouse très sautillante, etc. Il fut également précisé via le même canal que le top du football belge était toujours confiant pour les prochains matches des Diables. Mais pas mal de choses se cachent probablement derrière ces formules de politesse. Les bonzes préfèrent désormais réfléchir et informer via leur responsable de la communication extérieure : ce n'est pas une mauvaise chose. Mais cela ne règle pas les problèmes quand, en plus, il y a l'affaire JacekBak (approché par un inconnu qui lui aurait offert 10.000 euros afin de provoquer un penalty en faveur des Belges), la décision de Dexia de quitter la galaxie des Diables Rouges après 28 ans de collaboration, etc. René Vandereycken a perdu pas mal d'alliés importants ces derniers temps. Il avait regretté le départ de Michel Preud'homme qui, en tant que président de la commission technique, avait abattu du très bon boulot avec lui. Ses contacts avec Antoine Van Hove ne pouvaient pas être les mêmes : différence de générations, pas de passé sportif commun, etc. Certains affirment que Van Hove est plus proche de Bruges que de l'équipe nationale. Ce sentiment aurait été renforcé le feuilleton du doigt soi-disant cassé de Stijn Stijnen. Etait-ce une blessure diplomatique ? Bruges préférait que le gardien ne joue pas face à la Pologne. Le médecin de son club avait décelé une fracture. Vandereycken pensait le contraire et de nouvelles radios révélèrent que le gardien de but était bon pour le service. Une gifle pour le médecin de Bruges, proche de Michel D'Hooghe. Est-ce que cela compliqua les relations entre Van Hove et Vandereycken ? Probablement. Est-ce que Van Hove songea surtout à Bruges, moins aux Diables Rouges, dans le cas de Stijnen ? Certains le pensent et ce serait le cas de Vandereycken que, de plus, D'Hooghe n'apprécierait pas outre mesure. Ne dit-on que le patron de Bruges (et grand manitou du football belge) se serait promis de ne jamais confier son club à Vandereycken ? Roger Vanden Stock est assez mitigé à son propos depuis belle lurette. Sans la force et le prestige de Preud'homme, le coach national est de plus en plus isolé. Vandereycken a un contrat jusqu'en 2008 avec une clause de libération en cas d'absence sur les terrains suisses et autrichiens de la phase finale de l'Euro. Bruges tirerait également d'autres ficelles. La saison passée, la société de paris sportifs Bet and Win avait contacté l'Union Belge avec des projets de sponsorisation. C'était en pleine affaire Ye et Bruges conseilla de ne pas accorder de suite à ce dossier. Quelques mois plus tard, Bet and Win rejoignait la famille des sponsors de Bruges. Cela a fait sourciller à Bruxelles. Dexia a décidé de ne pas prolonger son contrat de sponsoring qui vient à échéance le 31 décembre 2006. C'est important : Dexia soutient l'UB depuis 1978 et cela représentait 250.000 euros, un huitième du budget sponsoring. Dur à encaisser alors que le trésorier général prépare un budget avec un déficit de 2,6 millions d'euros. Ce serait une première. Dirk Smet, chargé des relations extérieures de Dexia, a rappelé que la décision de la banque n'était pas liée à Belgique-Pologne même si la nouvelle a été officialisée 24 heures après cette défaite. Pour le moment, la fédé n'a plus que cinq grands sponsors : Belgacom (jusqu'au 30 novembre 2007), Club-RTL (2010), Coca-Cola (fin 2006, contacts en cours pour une prolongation), Nike (2010), Jupiler (fin 2006, accord en vue pour un nouvel accord). Dexia analyse ses différents sponsorings chaque année en s'appuyant sur trois critères : l'image, l'exploitation des événements, la visibilité. Les relations et clients de Dexia ne se pressent plus quand on leur propose de suivre les Diables Rouges. Au complexe sportif de Crainhem, Dexia bénéficiait d'une très belle exposition médiatique car les Diables Rouges préparaient leurs matches sur les pelouses de la banque. Il n'en sera plus ainsi à Tubize. Pourquoi l'U.B. n'a-t-elle pas anticipé ? Dexia reste fidèle à... Bruges dans le nord du pays et à Mons Hainaut (D1, basket) côté sud. La fédération a entamé des tractations avec différents sponsors dont Kia Motors Belgium, qui est devenu partenaire officiel depuis le 1er novembre 2006. L'UB mène également des négociations à un stade avancé avec des partenaires commerciaux actuels et de nouveaux sponsors. Ces dossiers seront clôturés avant la fin de l'année et les noms de ces sociétés seront alors connus. Il pourrait y avoir des contacts dans le monde des assurances afin de remplacer Dexia. Fortis a été cité mais cela déplairait à Anderlecht. L'U.B. aurait l'intention de demander à Nike de pouvoir garnir les maillots et autres équipements des Diables Rouges avec des sponsors. L'équipementier a repoussé cette éventualité jusqu'à présent mais le contrat n'interdirait pas cette pratique. D'autre part, la fédération est toujours à la recherche d'un directeur exécutif (CEO) et la liste des candidats sera close le 30 novembre et connue peu après. Un seul nom est connu jusqu'à présent : Jean-Marie Philips. Il a la cote mais Alain Courtois est intéressé aussi, fait le tour des clubs et de ses relations pour voir s'il peut être élu. Il ne se lancera dans cette course qu'en ayant la garantie d'être élu. Anderlecht aimerait, dit-on, composer un duo Philips-Courtois avec des responsabilités commerciales pour ce dernier. Mais ces deux personnalités sont-elles complémentaires ? Wilfried Delanghe (très connu dans le monde du volley, de la communication avec Dialogic, etc.) est cité aussi dans le cadre de cette activité commerciale. C'est important mais c'est sur le terrain qu'on gagne le plus : selon Lars-Christer Olsen, directeur général de l'UEFA, les pays qui se qualifieront pour l'Euro 2008 empocheront entre 7,9 et 11,6 millions d'euros. Les Diables Rouges ont peut-être perdu une fortune à l'Euro Millions contre la Pologne. PIERRE BILIC