Après les Barons et la Marche, tu as comme projet de te lancer dans un documentaire sur le foot. Ça ressemble à un gros changement d'aile cinématographique ça non ?

NABILBENYADIR : Non, je vais faire un docu sur Gilbert Bodart, pas un docu sur le foot. C'est important de faire la différence. Ce que j'ai envie de réaliser, c'est un documentaire-portrait à la Mike Tyson. Bodart, c'est un peu notre Tyson avec un nez un peu moins cassé. Parce que, comme lui, il a eu une vie de fou. Il est venu de nulle part, il a réussi, il a chuté très bas, il a fait de la taule et il a même été le beau-frère de Michel Preud'homme. Tu imagines l'ambiance le dimanche midi au repas de famille entre un numéro 1 et son numéro 2 ? Ça devait être compliqué quand même. Et puis, ce qui est intéressant, c'est que tout le monde aime Bodart. En tout cas personne ne le déteste. Ce qu'il a fait, c'est de la petite escroquerie et c'est intéressant que les gens s'attachent à ces personnages-là. C'est révélateur de la société dans laquelle on vit.
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NABILBENYADIR : Non, je vais faire un docu sur Gilbert Bodart, pas un docu sur le foot. C'est important de faire la différence. Ce que j'ai envie de réaliser, c'est un documentaire-portrait à la Mike Tyson. Bodart, c'est un peu notre Tyson avec un nez un peu moins cassé. Parce que, comme lui, il a eu une vie de fou. Il est venu de nulle part, il a réussi, il a chuté très bas, il a fait de la taule et il a même été le beau-frère de Michel Preud'homme. Tu imagines l'ambiance le dimanche midi au repas de famille entre un numéro 1 et son numéro 2 ? Ça devait être compliqué quand même. Et puis, ce qui est intéressant, c'est que tout le monde aime Bodart. En tout cas personne ne le déteste. Ce qu'il a fait, c'est de la petite escroquerie et c'est intéressant que les gens s'attachent à ces personnages-là. C'est révélateur de la société dans laquelle on vit. BENYADIR : J'ai grandi à Ribaucourt dans un quartier tellement accro au foot qu'à un moment donné, je suivais les Coupes du monde par dépit. À Molenbeek, quand t'es dans un lycée professionnel ou technique, dès que t'as un cours de gym, c'est du foot. Les acrobaties, les culbutes, que dalle. C'est juste des mecs qui se battent pour avoir un ballon. Je pense qu'à l'inverse de l'Angleterre où les jeunes veulent soit devenir des footballeurs, soit des stars du rock, à Molenbeek, tout le monde rêve de devenir footballeur et seulement footballeur. En tout cas à l'époque. Maintenant, je crois que ça a changé, les mecs veulent devenir Youtubeur, faire du stand-up. Avant, il n'y avait que le football. BENYADIR : Oui, très clairement. J'ai été voir un match du Standard et là j'ai été super impressionné par les supporters. C'est fou, parce que tu te dis que c'est un vrai mode de vie. Je ne vais pas les comparer aux fans de Frédéric François, mais c'est quand même un truc où leurs vacances sont régies en fonction des matches de foot. D'ailleurs, je ne pense pas qu'un supporter du Standard pourrait vivre avec une femme qui déteste le foot. Ça veut dire qu'être supporter d'un club comme le Standard, c'est plus que de l'amour. BENYADIR : Je ne pense pas que les vrais mecs des quartiers populaires, les barons de Molenbeek, vont au stade du RWDM. On est plus sur un public de Brusseleer. C'est autre chose qui doit réconcilier la commune avec le reste du monde. Les mecs de quartier, tu leur parles du RWDM, ils vont te dire que c'est fermé depuis 20 ans. Moi-même, je n'y ai jamais mis les pieds. J'allais à la piscine communale, mais je ne me rendais pas au stade. BENYADIR : Oui, et j'en suis fier. Quand je parlais de Truffaut, je n'exagérais pas, moi j'ai grandi avec les films populaires de Louis de Funès ou de Bruce Lee, pas avec ceux de Truffaut ni même de Scorsese. Beaucoup de gens disent qu'ils ont grandi avec Scorsese, mais ce n'est pas vrai. Les gens de Molenbeek n'ont pas grandi avec Scorsese, ils ont grandi avec les films qu'on pouvait regarder en famille en VHS. J'ai une culture très populaire. C'était un peu pareil avec le foot. Je connaissais les Preud'homme, les Bodart, les Pfaff, les stars. BENYADIR : Mais c'était comme ça à l'époque le foot dans les quartiers. C'est avec internet que les gamins ont commencé à porter les maillots de Messi et Ronaldo, ce n'était pas le cas avant. Les mecs sont devenus des produits, comme des Barbies. Nous, à l'époque, on avait les Paninis. C'est vrai, on avait Maradona et Valderrama en Panini, mais ce n'était pas pareil. On n'avait pas de journal de classe, mais on avait notre album Panini avec nos doubles, nos triples et on avait ce plaisir d'avoir des collections parfaites. BENYADIR : Mon premier, ça devait être en 1986, mais Italia 1990, ça reste mon premier album complet. Et du coup je me sentais concerné, j'avais suivi la compétition de A à Z. J'étais à fond derrière les Diables rouges. Derrière Van der Elst, le crâne dégarni de Bodart, les cheveux de Pfaff. Je me souviens des couleurs, c'était une magnifique époque. BENYADIR : Comme un bon prétexte pour se rassembler. Il y a beaucoup plus de monde qui regarde du foot que de gens qui aiment le foot. Pendant l'Euro, il faut que les gens essayent d'aller voir un match dans des salons de thé marocains à la gare du midi. L'ambiance est super intéressante. Tu te retrouves dans des endroits où ils sont tous au thé ou au café, mais où ils sont plus dingues des Diables que ceux qui se tapent des chopes de bière. C'est top de voir ça.PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTO PG" Les Barons de Molenbeek ne vont pas au RWDM. " - NABIL BEN YADIR