On les attendait car à la Coupe d'Afrique des Nations, il est de coutume d'apposer l'étiquette de favori au pays qui reçoit. Cette année, les Black Stars du Ghana portaient donc sur leurs épaules les espoirs de tout un peuple. Et ce d'autant plus que, même en l'absence du capitaine Stephen Appiah, blessé, la sélection dirigée par le Français Claude Le Roy ne manquait pas d'arguments, avec en son sein des vedettes comme Mickaël Essien, le jeune prodige Asamoah Gyan (21 ans-Udinese) ou l'attaquant de Portsmouth Sulley Muntari.
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On les attendait car à la Coupe d'Afrique des Nations, il est de coutume d'apposer l'étiquette de favori au pays qui reçoit. Cette année, les Black Stars du Ghana portaient donc sur leurs épaules les espoirs de tout un peuple. Et ce d'autant plus que, même en l'absence du capitaine Stephen Appiah, blessé, la sélection dirigée par le Français Claude Le Roy ne manquait pas d'arguments, avec en son sein des vedettes comme Mickaël Essien, le jeune prodige Asamoah Gyan (21 ans-Udinese) ou l'attaquant de Portsmouth Sulley Muntari. Pourtant, la CAN a cette particularité de faire la part belle aux inconnus. " Ce n'est pas parce que vous jouez en Angleterre ou en Italie que vous êtes davantage populaire. Longtemps, Aruna Dindane fut plus supporté que Didier Drogba parce qu'il était l'enfant du pays ", explique Anthony Baffoe, membre du comité d'organisation de la CAN. Ainsi, les Abeilles du Ghana ne dérogent pas à la règle. Cette CAN a littéralement propulsé sur le devant de la scène l'attaquant Junior Agogo. Ni son club (Nottingham Forest, club anglais certes légendaire mais aujourd'hui en division one, l'équivalent de notre D3), ni son parcours, ni son âge (28 ans) ne le prédisposaient à éclater. Ni même à postuler pour une place de titulaire aux côtés de Gyan. Il a fallu un match, contre la Namibie, pour en faire un héros. Son but, le seul du match, permit au Ghana de faire un grand pas vers la qualification. Depuis ce jour, il est porté aux nues là où d'autres sont descendus, de manière virulente, de leur piédestal. Car, coupable d'avoir galvaudé trop d'occasions, Asamoah Gyan est devenu la source de quolibets, d'insultes et de menaces. La famille du joueur doit d'ailleurs vivre sous escorte policière. C'est cela l'Afrique, continent où le football conduit aux joies les plus sincères mais aussi aux colères les plus vives et exagérées. Rien de tout cela pour Junior Agogo. A chaque touche de balle de cette force de la nature, le public s'enflamme et crie. " On comprend pourquoi Claude Le Roy l'a vu comme complément idéal de Gyan. Il a crevé l'écran contre la Guinée et a marqué contre la Namibie. Numéro neuf puissant, il ne devrait pas rester longtemps en 3e division anglaise ", écrivait le quotidien algérien La Tribune. Les médias étrangers le découvrent et ne tarissent pas d'éloges sur le joueur. " Avec son physique de joueur de rugby, l'attaquant de Nottingham Forest est une menace constante pour les défenses adverses. Il a débuté sa première Coupe d'Afrique des Nations mais il a déjà impressionné ses coéquipiers et ses adversaires. Contre la Guinée, Agogo a touché deux fois le bois et fut à la base du penalty victorieux ", a écrit le site Goal. com Africa. Alors, le début d'une belle carrière ? Pas sûr car à 28 ans, Junior Agogo a déjà bien bourlingué. En débutant d'abord en Premier League avec Sheffield Wednesday en 1995 alors qu'il n'a que 16 ans. En allant ensuite de prêt en prêt à tous les échelons du football anglais (Oldham, Chester, Chesterfield, Lincoln City). En passant aux Etats-Unis en 2000 où il disputa quelques rencontres pour le compte des Chicago Fire, des Colorado Rapids et des San Jose Earthquakes. En retraversant l'Atlantique pour porter les maillots de Queen's Park Rangers, de Barnet (où il vit sa carrière quelque peu décoller grâce à ses 19 buts) et de Bristol Rovers. Là, il vécut le moment le plus difficile de sa carrière. En bisbrouille avec le manager Ian Atkins, il marqua cependant 20 buts. En 2006, il quitte les Rovers pour rejoindre Nottingham Forest, où il est toujours actuellement. Soit 12 clubs en 13 ans de carrière. Vous avez dit galère ? Mais ces problèmes ne s'arrêtent pas au terrain. En 2004, lors de sa période difficile à Bristol, il est accusé de viol par une jeune fille de 16 ans dans sa chambre d'hôtel. Mais lors du procès, il sera blanchi. Cette saison est donc celle de l'éclosion comme en témoigne son bilan avec Forest (10 buts en 22 matches) et l'équipe nationale. " On ne sait pas ce qu'il fait encore à ce niveau-là. Peut-être qu'avec toutes ses casseroles, les clubs ont peur de le transférer ", explique Paul Taylor, journaliste au Nottingham Evening Post. " J'espère sincèrement que je vais montrer dans ce tournoi que je suis capable de jouer à un niveau plus élevé. Je crois que cela m'en sera offert si je continue à être titulaire pour mon pays ", a récemment déclaré le joueur. " Il a eu des problèmes mais c'est pourtant quelqu'un de très attachant ", atténue Baffoe. " C'est un joueur qui a fortement progressé ces derniers temps. Il a été appelé en équipe nationale pour la première fois en 2006 et même s'il n'a pas fait partie des 23 lors de la Coupe du Monde en Allemagne, cela lui a donné confiance. Ici, quand tu joues pour le Ghana, tu deviens une star, tout le monde veut te toucher. Et forcément, cela rejaillit sur le joueur quand il rentre en Europe. Le public a appris à le connaître lors du tournoi des Quatre nations (Ghana, Togo, Bénin et Emirats Arabes) en octobre. Depuis lors, il est fortement soutenu car son style plait beaucoup au spectateur. Il donne tout pendant 90 minutes. Il est puissant, rapide et couvre très bien le ballon. Avec de telles qualités, et la confiance générée par sa CAN, il devrait rapidement rebondir ailleurs. Peut-être pas tout de suite en Premier League mais plus haut que Nottingham ". par stéphane vande velde - photo: belga