A 91 ans, Monsieur Marko, qui fut délégué de l'équipe première du Standard durant 34 saisons, garde bon pied bon oeil. Il vient encore de temps en temps à Sclessin avec un ballotin de pralines pour le personnel. Il a vécu les plus belles pages de l'histoire des Rouches.
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A 91 ans, Monsieur Marko, qui fut délégué de l'équipe première du Standard durant 34 saisons, garde bon pied bon oeil. Il vient encore de temps en temps à Sclessin avec un ballotin de pralines pour le personnel. Il a vécu les plus belles pages de l'histoire des Rouches. Et sa vie, qu'il nous raconta un jour avec modestie, vaut de grands romans. Chassés par la violence de la révolution bolchévique, sa famille quitta la Russie et se fixa à Liège au début des années 20. Les Markowicz ouvrirent une maroquinerie dans le centre de la Cité ardente. Au téléphone, il nous a conté, comme autrefois, ses aventures durant la Deuxième Guerre mondiale : " Nous avons été arrêtés mon frère et moi à Liège et emmenés pour un interrogatoire par la Gestapo. J'avais suivi des cours d'allemand durant mes études secondaires et j'ai compris qu'une fenêtre était ouverte. Nous avons profité d'un moment d'inattention avant le début des interrogatoires et avons enjambé la fenêtre avant de fuir et de nous cacher dans les Ardennes. Là, protégés par la Résistance, nous avons changé de nom de famille pour devenir des Janssens... " Sur cette lancée, il se retrouva en Irlande, apprit le maniement des armes avant de se battre avec les Alliés, en Allemagne. Plus tard, un voisin, boulanger et administrateur du Standard, l'incita à devenir délégué d'une équipe de jeunes. Roger Petit, le grand manitou des Rouches, remarqua son don des langues et lui demanda en 1960 de s'occuper d'Istvan Sztany, un formidable attaquant hongrois, réfugié politique, passé par l'Eintracht Francfort. En 1982, alors que le Standard de Raymond Goethals filait vers le titre et s'était retiré au vert, à la mer, pour préparer un duel avec le Club Bruges, il égrena avec moi quelques-uns de ses souvenirs, évoqua les grandes soirées européennes, les titres, les Roger Claessen, Léon Semmeling, Jean Nicolay, WilfriedVan Moer, Eric Gerets, Michel Preud'homme, Ernst Happel, RobertWaseige, etc... Mais l'épisode le plus rocambolesque de ses souvenirs concerna Germano, artiste brésilien de l'AC Milan qui en 1967 séduisit Giovanna, la jeune héritière de l'empire industriel Agusta. La belle ne tarda pas à rejoindre son prince charmant prêté par les Lombards au Standard. La presse du coeur du monde entier s'intéressa à ce conte de fées. Les amoureux s'installèrent quelque temps chez Marko avant de se marier à Liège. Les paparazzi ne les quittèrent pas des yeux. La mafia menaça Marko et un faux-employé plaça un micro dans son téléphone fixe. Même si cette histoire d'amour se termina par une séparation, elle fait encore sourire l'ancien délégué du Standard que la famille Agusta remercia pour sa gentillesse. Les Wags d'aujourd'hui ne peuvent que rêver d'un tel roman d'aventures. PAR PIERRE BILIC