Seul Philippe Dufermont pouvait, en réalité, sortir l'Excelsior Mouscron de l'impasse où il se trouvait. Il a remué ciel et terre pour trouver de nouveaux partenaires, a demandé le report de l'assemblée générale à plusieurs reprises : 6 mars, 17 mars, 24 mars et finalement 27 mars. Certains ont parlé d'acharnement thérapeutique. Mais Dufermont a, semble-t-il, eu raison de s'acharner puisque vendredi passé, de la fumée blanche est enfin sortie du Canonnier.
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Seul Philippe Dufermont pouvait, en réalité, sortir l'Excelsior Mouscron de l'impasse où il se trouvait. Il a remué ciel et terre pour trouver de nouveaux partenaires, a demandé le report de l'assemblée générale à plusieurs reprises : 6 mars, 17 mars, 24 mars et finalement 27 mars. Certains ont parlé d'acharnement thérapeutique. Mais Dufermont a, semble-t-il, eu raison de s'acharner puisque vendredi passé, de la fumée blanche est enfin sortie du Canonnier. " L'Excelsior est définitivement sauvé ", a-t-il annoncé. " Le club va poursuivre ses activités jusqu'au terme de cette saison et introduire une demande de licence en vue de la saison prochaine. Des partenaires vont entrer dans le club à hauteur de quatre millions d'euros, directement, et un apport de deux millions supplémentaires est prévu avant septembre, ce qui nous permet d'envisager déjà les saisons à venir avec beaucoup de tranquillité. Etant donné que nous devons effectuer tous les paiements pour l'obtention de la licence avant le 31 mars, j'avancerai l'argent. Nous rentrerons le dossier définitif de la licence pour le 20 avril. Je n'ai aucun doute sur son obtention. Le club étant sorti d'affaire, je tiens à remercier les supporters qui ont traversé une période difficile ; les joueurs, qui n'ont jamais baissé les bras ; les membres du personnel, les amis de Mouscron et tous les Mouscronnois. " Voilà pour le discours officiel, qui fut suivi par les applaudissements de l'assemblée. Au-delà, des questions se posent. PhilippeDufermont : Ces gens ont demandé, pour l'instant, une absolue discrétion. Leur origine est semblable à la mienne. L'homme avec qui j'ai traité est un Belge expatrié. En Espagne ? Disons, dans un pays européen. Dans un premier temps, les négociations ont été entamées sur base d'un prêt. L'homme, qui ne connaît pas forcément le milieu sportif mais est surtout actif dans le domaine financier, s'est très vite rendu compte que le club pouvait offrir des possibilités intéressantes et a décidé de s'investir comme partenaire. C'est la liberté de toute personne d'agir de la sorte. Rappelez-vous, lorsque j'ai effectué un premier versement de deux millions en faveur de l'Excel en 2004, je n'avais pas révélé mon identité non plus. Pour l'instant, il n'a émis aucune exigence. Je lui donne la main, c'est tout. Ce qui m'intéresse, c'est la continuité du club. Voilà pourquoi j'ai décidé, dans un premier temps, d'y rester personnellement. J'y étais entré il y a deux ans, sans vraiment le vouloir. Lorsqu'on m'a invité dans ce grand cirque, je n'avais pas vraiment conscience de l'endroit où je mettais les pieds. Lors de ma première conférence de presse, on m'a fait répéter des phrases comme un perroquet. Je n'étais pas au courant de tout. J'avais affirmé que le budget était de six millions alors qu'il était, en réalité, de 11 millions. En deux ans, j'ai tout de même appris certaines choses et j'ai acquis une certaine expérience du milieu du football. Ce que je peux dire aujourd'hui, c'est que l'équipe dirigeante actuelle sera maintenue jusqu'en fin de saison. Après, on se mettra à table et on se partagera le travail. Pas vraiment, mais suite à la médiatisation des problèmes de l'Excelsior, beaucoup de personnes sont entrées en contact avec le club. Certaines pistes étaient sérieuses, d'autres moins. Des personnes s'étaient même engagées, parfois avec des e-mails de confirmation, mais se sont retirées au dernier moment. Pour quelle raison ? Allez savoir. Cela peut être une ultime réflexion d'un investisseur qui juge que sa vie privée serait trop dévoilée, un délai trop court pour tout finaliser ou un doute sur la provenance des fonds. La piste que j'ai décidée de finaliser est l'un des derniers contacts, il remonte à il y a 15 jours. J'ai un très bon feeling, et ce qui ne gâte rien, c'est du belgo-belge. C'est la solution idéale. Si l'on avait simplement reçu un prêt de deux millions, comme il en fut question, on aurait simplement retardé l'échéance. Dans trois mois, il aurait fallu le rembourser, avec encore moins d'argent en caisse. Pour l'instant, je fais face aux nécessités. Je réglerai moi-même les premiers paiements nécessaires à l'obtention de la licence. Matériellement, il était impossible d'agir autrement. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent jamais d'avis. Et puis, permettez-moi de préciser : je n'ai jamais déclaré ne plus vouloir continuer, mais ne plus vouloir continuer seul. Mes sociétés ne sont pas des multinationales, je ne peux pas me permettre d'envoyer périodiquement du cash, du cash et encore du cash. Ce sont des sociétés moyennes qui souffrent également de la crise économique, mais grâce à ce nouveau partenaire, je ne me sens plus seul et je suis prêt à encore m'engager. Je suis de nouveau motivé. Jusqu'à récemment, j'avais l'impression de verser de l'argent dans un tonneau des Danaïdes, qui ne se remplissait jamais. Plus ou moins. J'entends par là que cette personne travaille pour le même groupe. Elle a également décidé d'investir dans le club, parce qu'elle y voit également un intérêt. Lequel ? Si le club est bien géré, de bonnes opérations pourraient être réalisées. Sous la forme de transferts et de publicité, par exemple. Actuellement, investir dans l'immobilier ou dans la Bourse est très aléatoire. Ceux qui en ont les moyens peuvent se dire qu'investir quatre ou cinq millions dans un club de football peut se révéler plus rentable. Des transferts " à la Demba Ba " pourraient être répétés, pourquoi pas ? Lorsqu'un club a de l'argent en caisse, il lui est beaucoup plus facile de réaliser de bonnes opérations que lorsqu'il a un besoin urgent de liquidités. Pas nécessairement. La piste espagnole reste ouverte. J'ai encore eu un contact avec ces gens-là la semaine dernière et ils étaient également disposés à envoyer de l'argent, mais je devais prendre une décision sur-le-champ. Dans la situation où se trouvait l'Excel, l'aspect économique primait et la solution proposée par les partenaires avec lesquels j'ai conclu un accord était plus favorable. Le groupe espagnol est surtout intéressant d'un point de vue sportif, car il est établi à Madrid et compte beaucoup de joueurs de football dans son portefeuille. Et si je mourais demain ? Et si l'avion qui amène les investisseurs s'écrase ? Vous savez, on peut émettre toutes les hypothèses. Mais à mes yeux, la piste qui va être finalisée ne comporte aucun risque. Un apport de six millions, c'est énorme pour un club comme l'Excel. C'est quasiment le budget d'une saison. Une gestion financière plus austère que celle qui a été menée est impossible. Je n'ai jamais utilisé la carte Visa de l'Excelsior, j'ai payé moi-même mes billets d'avion, mes tickets-boissons et mes tickets-repas, de même que ceux de mes invités. Une gestion sportive plus austère, en revanche, est possible et on va s'y atteler. Le budget était de 11 millions il y a deux ans, il est de 8 millions cette saison et il sera de 6,7 millions la saison prochaine. Compte tenu des droits TV, des entrées prévues et d'autres possibilités, on parviendra facilement à le boucler. Ce qui nous a plongés dans les difficultés, c'est le retrait de Frinver. L'apport financier de ce sponsor était inclus dans le budget et c'est cet argent-là qui nous a manqué. Mais je voudrais défendre ce promoteur immobilier espagnol. Ces gens étaient arrivés il y a deux ans avec l'intention de développer des activités dans la région mouscronnoise. L'an passé, ils ont investi 1,7 million dans le club. On avait des contrats, renouvelables d'année en année pendant quatre ans, mais vous connaissez la situation économique en Espagne : elle est catastrophique. Je n'irai pas jusqu'à dire que ces gens sont en difficultés financières, mais ils n'ont aucune perspective de business. Ni en Espagne, ni en Belgique. Ils ont donc demandé, cette année, de ne plus sponsoriser le club. Malgré les contrats signés, j'ai accédé à leur demande, par souci de correction vis-à-vis d'une firme qui a déjà investi 1,7 million sans aucun return. Ce passif de neuf millions était déjà présent lors de mon arrivée, ce n'est donc pas moi qui ai creusé le trou. J'espère que les pouvoirs publics sont conscients des efforts qui ont été fournis et qu'ils donneront la main à l'Excelsior. En annulant ou en allégeant la dette ? Pas nécessairement, mais peut-être en la déplaçant un peu afin de donner un peu d'air au club pour son fonctionnement. C'est tout de même leur club, celui de Mouscron. (NDLR : A ce propos, un échevin nous a signalé que le prêt de deux millions consenti par l'IEG et garanti par Philippe Dufermont est remboursable à partir de 2010 et pas en 2010. Idem pour le premier prêt de deux millions.)Jamais : la somme est trop importante ! Lorsque j'ai investi, ce n'était jamais avec une idée de return en tête. Sinon, j'aurais acheté et revendu des containers, pas placé mon argent dans ce club. par daniel devos - photos: belga