La blessure de Sinan Bolat aurait dû permettre à son remplaçant désigné pour la saison prochaine de se faire les dents durant les play-offs. Pourtant des prestations en demi-teinte d' Anthony Moris à Bruges, face à Gand mais surtout contre Genk ont jeté le doute sur ses capacités à relever le défi. Un jeune gardien commet toujours des fautes et le clouer au pilori d'entrée ne le servira pas. Surtout quand, contre Gand, il encaisse un but entre les jambes pour le 0-1... Que faire avec lui ?
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La blessure de Sinan Bolat aurait dû permettre à son remplaçant désigné pour la saison prochaine de se faire les dents durant les play-offs. Pourtant des prestations en demi-teinte d' Anthony Moris à Bruges, face à Gand mais surtout contre Genk ont jeté le doute sur ses capacités à relever le défi. Un jeune gardien commet toujours des fautes et le clouer au pilori d'entrée ne le servira pas. Surtout quand, contre Gand, il encaisse un but entre les jambes pour le 0-1... Que faire avec lui ? Au Standard, on veut éviter le scénario Colin Coosemans, le gardien de Bruges qu'on a jeté dans l'arène avant de transférer en urgence Bojan Jorgacevic. Dans cette optique, les Liégeois se sont ménagé une porte de sortie en enrôlant Olivier Renard, un gardien expérimenté capable de suppléer Moris au pied levé. " A Bruges, il faut analyser le but et vous verrez d'où provient l'erreur : Victor Vazquez se promène et a tout le temps d'armer. De plus, Moris a la vue masquée ", le défend Pierre François, en bon avocat. " Contre Genk, il a assumé son erreur et le fait de l'assumer ne signifie pas qu'il n'a pas de qualités. Il commettrait encore d'autres gaffes qu'on ne changerait pas pour autant nos projets ". " Lors de chaque but, tout le monde essaie de pointer le gardien ", explique l'entraîneur spécifique Eric Deleu. " Il faut arrêter de croire qu'un but est toujours imputable au gardien ! Rater son match revient à ne pas être dedans, louper ses sorties, ses dégagements. A Bruges, on ne peut pas dire que le but de Vazquez est pour sa pomme. Il a la vue masquée, le ballon fait un bond et finit dans le coin " L'ancien gardien et entraîneur des gardiens, Bruno Taverne, commentateur pour Voo Foot : " Mon impression est que techniquement, il me paraît en faute sur les deux buts à Bruges. Sur le tir de Vazquez, au niveau du jeu de jambes, il est trop statique au départ du ballon. Et sur celui de NikiZimling, il ne réduit pas assez l'angle. " En suppléant Bolat dans les play-offs, Moris n'a pas eu l'occasion de se faire les dents face à de plus petits adversaires. Et si, en définitive, ces play-offs s'avéraient un cadeau empoisonné pour lui ? José Riga. " Les circonstances ont fait qu'on n'a pas eu la possibilité de se poser cette question. Bolat s'est blessé et Moris l'a remplacé. Mais c'est clair que ce n'est pas facile de débuter en enchaînant les matches de haut niveau. " " Croyez-vous vraiment que le Standard miserait sur un gardien qui serait dénué de qualités ? ", avance Deleu. Si le Standard a décidé de miser sur Moris, ce n'est pas juste pour être cohérent avec sa politique (lancer les jeunes) mais surtout parce que du côté de Sclessin, on croit vraiment en lui. Cependant, comme souvent dans pareil cas, la réussite d'un jeune dépend de beaucoup de paramètres (mental, blessures, capacité à se surpasser ou à résister à la pression). Difficile dans ces conditions d'être certain à 100 % que miser sur Moris sera gagnant à tous les coups. " Ce qui est certain, c'est qu'il a le talent et les qualités nécessaires pour réussir au plus haut niveau ", ajoute Deleu. " Mais est-ce qu'il est prêt à prendre la succession de Bolat ? On ne le saura que quand il aura enchaîné les rencontres. Ce qui importe pour un jeune gardien, c'est d'avoir un peu de réussite au départ. Et au fur et à mesure, il va prendre confiance en lui. De toute façon, le Standard n'avait pas non plus 30.000 possibilités pour remplacer Bolat. Sorry, en Belgique, mis à part Silvio Proto, je ne vois pas qui arrive à la hauteur de Bolat. Et à l'étranger, pour attirer un gardien de cet acabit, il aurait fallu délier les cordons de la bourse. " Quelles sont donc les qualités de celui appelé à devenir le nouveau numéro un ? Riga : " Il dispose d'un super pied gauche, d'une précision diabolique. A croire qu'il a reçu cela en héritage de Bolat. "" C'est un gardien assez complet ", continue Deleu. " Bon techniquement, excellent avec son pied gauche, pas mal avec son pied droit, bon dans le jeu aérien, qui dispose d'une très bonne vitesse de réaction. Sa principale lacune réside dans son manque d'expérience. En début de saison, on a beaucoup travaillé le placement, la réduction d'angles, l'anticipation et il a beaucoup progressé à ce niveau-là. Pour continuer, il faut accumuler les rencontres. Depuis six mois, nous faisons appel à un spécialiste qui travaille la vitesse de réaction des yeux. Il a travaillé avec de nombreux sportifs et, de tous ceux qu'il a connus, c'est Moris qui a eu les meilleurs résultats. "Outre ses qualités techniques, le staff met également en exergue son professionnalisme. " Depuis qu'il joue au football, il doit avoir peut-être manqué trois entraînements ", explique José Riga. " Il est très appliqué, jamais blessé, toujours à l'heure. Je n'ai jamais vu ni perçu le moindre signe de lassitude dans son implication. C'est le genre de jeune qui mérite sa chance. "" Il met de l'intensité dans son jeu et c'est positif ", ajoute Taverne. " Il a montré une bonne vitesse de course, du courage et il ose. Mais il n'a pas encore un £il de feu sur le ballon. L'impression qu'il donne : il n'a rassuré personne en trois matches et il y a encore trop de points d'interrogation. On parle quand même du gardien du Standard ! Il faut faire attention de ne pas le brûler en quatre matches car qui ira le rechercher par la suite ? Cependant, Proto a connu les mêmes problèmes à ses débuts à Anderlecht et il est aujourd'hui en position de force... "Moris a reçu la préséance sur Laurent Henkinet parce qu'on le juge plus complet et également moins introverti. " Henkinet est plus calme et s'impose moins. Il est jeune et pour progresser, il doit s'imposer un peu plus. Un club moins huppé où il jouerait davantage de matches devrait lui permettre de passer un palier car les matches des U21 ne lui apportent plus grand-chose. " Là encore, il est très compliqué de répondre. Certains veulent déjà le crucifier après ses erreurs à Genk et Bruges. Mais ce n'est que sur le long terme qu'on pourra dire s'il rentre dans la catégorie des grands portiers de Sclessin, aux côtés de Jean Nicolay, Christian Piot, Michel Preud'homme, Gilbert Bodart ou Vedran Runje. " Je connais Moris depuis longtemps puisque je l'ai entraîné en 2000 et que mon fils a pris la relève ", explique Christian Piot. " Je ne suis pas étonné qu'il arrive en A car il avait des qualités. Certes, il manque de maturité et de compétition au plus haut niveau et il va se rendre compte que le fossé entre les Espoirs et l'élite est énorme mais je sais qu'il a les pieds sur terre, qu'il est consciencieux. Il a démontré lors de quelques rencontres qu'on pouvait compter sur lui et je suis partisan de donner la chance aux jeunes. A lui maintenant de prouver qu'il est digne d'être numéro un au Standard. Je sais qu'il a du talent mais à lui de me convaincre qu'il a l'étoffe du haut niveau. Il ne suffit pas d'apparaître pour être numéro un au Standard. Les supporters ont eu l'habitude d'avoir de grands gardiens qui ont fait l'unanimité. C'est un public gâté à ce niveau-là et il a tendance à ne rien laisser passer et à se montrer critique envers ses gardiens. "Christian Piot n'est pas encore persuadé par Moris, non pas parce qu'il a connu deux rencontres difficiles à Bruges et face à Genk mais parce qu'un gardien doit s'inscrire dans la durée pour devenir un pion important du Standard. " On ne peut pas le critiquer sur ces rencontres. Il est jeune et doit encore apprendre une partie de son métier. Quand je me suis blessé et qu'on a fait confiance à Preud'homme, lui non plus n'était pas toujours exempt de reproche. Mais on lui a tout pardonné et on connaît la suite : quelle carrière ! Il faut donc avoir plus de patience avec un jeune qu'avec un joueur plus expérimenté. Certes, à Genk, Moris ne fut pas très clair sur deux buts mais le fait qu'il assume déjà son erreur montre qu'il a de la personnalité. J'ai connu des gardiens qui n'assumaient jamais leurs erreurs !"Oui. C'est le gardien idéal pour à la fois conseiller Moris et pour le pousser dans le dos, sans pour autant lui mettre une pression intenable. Renard connaît la maison, il n'a pas un ego surdimensionné, il sait qu'il sera numéro deux pour débuter la saison et il dispose d'assez d'expérience pour dépanner en urgence. Mais Renard est-il assez bon au cas où il devrait suppléer Moris ? Certains n'en doutent pas. Il a fait ses preuves et a même décroché 10 sélections chez les Diables Rouges. D'autres plus sceptiques ne croyaient déjà pas en lui lors de son dernier passage au Standard et rappellent que si Renard est resté si longtemps dans un club du ventre mou comme Malines, c'est qu'il y a une raison. Cependant, Boucacar Copa évolue depuis le début dans des clubs du ventre mou (Beveren et Lokeren) et personne ne doute de ses qualités ! " L'arrivée de Renard est une bonne chose ", affirme Deleu, " Pour moi, il n'y a pas de doute qu'il fait partie du top 5 belge !" Evidemment, par rapport à Bolat, le Standard perd un peu de qualités mais en prenant Renard, il se dirige vers une valeur sûre de notre championnat. Un monument comme Bolat serait-il facilement remplaçable ? A priori non. Depuis quatre ans, Bolat porte les Standardmen par son talent. C'est lui qui leur a ouvert la porte du second titre, lui qui les a qualifiés en Europa League, lui qui leur a rapporté de nombreux points en championnat. En Belgique, seul Proto rivalise en talent. Cependant, on peut se demander si le Standard ne se sépare pas de lui à un bon moment. Plusieurs boulettes ont émaillé son deuxième tour. " Franchement, sur ses quatre saisons au Standard, il s'agit de sa moins bonne ", explique Piot. " Au premier tour, il a été super. Comme d'habitude. Effectivement, son deuxième tour m'a déçu. Est-ce que le mercato d'hiver lui a laissé un arrière-goût dans la bouche ? Ou a-t-il joué en pensant davantage à son avenir qu'à son présent ? C'est possible mais cela gâche quelque peu le tableau d'ensemble. S'il part cet été, il laissera une belle empreinte. Fait-il vraiment partie des grands gardiens du Standard ? C'est difficile de répondre à cette question puisque, comme j'en faisais partie, on va dire que je suis un peu juge et partie. Je pense toutefois qu'il n'est pas de la trempe des Nicolay ou Preud'homme. "En acquérant un statut de légende dès sa première saison à Sclessin, en sauvant ce penalty de la dernière minute à Gand, il n'a pas eu la tâche aisée. Entré dans la mémoire collective grâce à un arrêt, Bolat était devenu Superman. Or, il n'avait encore que 18 ans ! Il était donc logique qu'il commette encore quelques erreurs. Néanmoins, chaque saison, Bolat a grandi. Sauf peut-être ces derniers mois. " Il a eu une très bonne période avant la trêve hivernale ", consent Deleu. " Puis, j'admets qu'il a connu quelques soucis. Il a commis quelques erreurs inhabituelles chez lui. Il a manqué de régularité. Je ne peux donc pas être satisfait de son rendement mais il faut aussi reconnaître qu'il a un jeu risqué. Il va chercher des ballons là où personne n'irait. Et une fois sur 10, il lui arrive de passer au travers. Il doit réussir à canaliser ces prises de risque. Autre excuse, le fait qu'il n'a pas été épargné par les blessures (doigt, cuisse, etc). Ces derniers temps, il a tout le temps joué avec un bandage. Ceci dit, Bolat, cela reste le top en Belgique mais il a sans doute besoin d'un autre défi pour passer le dernier palier qui le sépare du top absolu. "PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" A ses débuts, Preud'homme n'était pas non plus toujours exempt de tout reproche. Mais on lui pardonnait tout. " (Christian Piot) " Bolat a commis quelques erreurs inhabituelles chez lui. " (Eric Deleu)