Parmi les chemins que je connais par coeur, celui-ci figure aisément dans le top 3. Je l'ai fait au volant, je l'ai fait en chantant. Je l'ai fait en DJ, installé sur le siège passager. J'y ai subi les bouchons et fait quelques siestes. J'ai tellement pris cette voie rapide que les panneaux abîmés semblent être de vieux copains, tandis que je regarde chaque nouveau détail comme un inconnu qui rentre dans son bar préféré. La fin de l'autoroute A54, qui meurt dans Charleroi comme une rivière se jette dans un fleuve, est toujours un petit moment de plaisir. Le plaisir d'apercevoir ce toit où ont poussé des terrains de foot, où je me dis à chaque fois que j'y taperais bien le ballon. Le plaisir de regarder le " Bisous M'Chou " graffé sur Charleroi Expo et d'avoir l'impression qu'on salue mon arrivée. Le plaisir de me rendre compte qu'après deux ans d'allers-retours depuis Bruxelles, les travaux sur le ring carolo n'ont pas avancé d'un iota et qu'i...

Parmi les chemins que je connais par coeur, celui-ci figure aisément dans le top 3. Je l'ai fait au volant, je l'ai fait en chantant. Je l'ai fait en DJ, installé sur le siège passager. J'y ai subi les bouchons et fait quelques siestes. J'ai tellement pris cette voie rapide que les panneaux abîmés semblent être de vieux copains, tandis que je regarde chaque nouveau détail comme un inconnu qui rentre dans son bar préféré. La fin de l'autoroute A54, qui meurt dans Charleroi comme une rivière se jette dans un fleuve, est toujours un petit moment de plaisir. Le plaisir d'apercevoir ce toit où ont poussé des terrains de foot, où je me dis à chaque fois que j'y taperais bien le ballon. Le plaisir de regarder le " Bisous M'Chou " graffé sur Charleroi Expo et d'avoir l'impression qu'on salue mon arrivée. Le plaisir de me rendre compte qu'après deux ans d'allers-retours depuis Bruxelles, les travaux sur le ring carolo n'ont pas avancé d'un iota et qu'il faut toujours conduire sa voiture comme Eden Hazard conduit son ballon pour éviter les tacles à la carrosserie. Voilà ce que je voyais de Charleroi depuis plus de deux ans. Un lieu de passage sur le pèlerinage bimensuel qui m'emmène de Bruxelles à Marcinelle, où se trouve KeyWall, le studio où la RTBF enregistre son émission Europa League. Depuis le début du mois d'août, je vois la ville d'un autre oeil. Et je me dis que, plus que jamais, Charleroi pourrait rimer avec Ligue Europa. Vous avez peut-être lu, au hasard dans ces colonnes, qu'il n'y avait pas mieux que le football pour découvrir une ville et que très souvent, dans ce concentré d'identité, les supporters avaient le rôle de la loupe. Ce vendredi, au Mambourg, la nuit fut zébrée et les Storm Ultras ont donné de la couleur à un bel instant noir et blanc. De retour en tribunes pour un choc qui n'était pas destiné à en être un, les supporters carolos ont eu droit à une fête en deux temps. Nonante minutes d'amour sur la pelouse, d'abord. À base de caviars de Morioka, de courses folles de Fall et de frappes de mule de Gholizadeh. Une communion intense, ensuite, tant les retrouvailles entre public et équipe sont encore plus belles que prévu. Il ne s'agit pas là d'une simple accolade que l'on fait à quelqu'un qui nous a manqué. C'était une fête que l'on fait à celui qui nous rend fier. Si j'avoue avoir beaucoup entendu, depuis mon arrivée en Belgique : " Tu vas voir, Charleroi, ça commence fort, puis ça lâche ". J'avoue aussi ne plus écouter. Deux victoires à la suite peuvent être un hasard. Quatre à la suite, c'est pour Julien Lepers. Six à la suite, c'est beaucoup de questions qu'on se pose sur un potentiel champion. Mais puisque je vous parlais d'identité et de valeurs, revenons à cette communion et à un homme en particulier, Karim Belhocine. Que ce soit lors du cercle formé par les joueurs en fin de rencontre autour de Mehdi Bayat ou lors du tour d'honneur, le Français est resté en retrait, égal à lui-même. Lui qui aime autant les interviewes que perdre, lui qui déteste se mettre en avant, car il n'a ni couru dix bornes ni inscrit de but. À lui, qui est un des grands hommes de ce début de saison, Charleroi est reconnaissant. C'est là l'image du week-end. " Et on part pas sans Belhocine ! ". C'est ce qu'ont scandé les Storm Ultras en fin de célébration, comme pour rappeler à leur coach qu'ils savent. Qu'ils savent qu'il contribue à transmettre des valeurs de travail et d'humilité inhérentes à la ville de Charleroi. Qu'ils savent que quoi qu'il advienne de la saison des Zèbres, le " pari " Belhocine est un pari réussi. Alors, l'enfant de la banlieue lyonnaise a, le temps d'un instant, rangé sa timidité dans la poche de son survêtement et a accepté que l'on salue son boulot, avec la tête de celui qui n'oublie pas qu'une autre tâche attend les siens quelques jours plus tard. Car si les Carolos n'avaient que le mot " récupération " à la bouche, c'est que ce jeudi, la Ligue Europa ne se jouera pas à Marcinelle. Et tout aussi surprenant que le Beerschot puisse être, le Partizan Belgrade, qui découvrira à son tour le ring de Charleroi, sera un tout autre morceau. Mais être humble et travailleur n'empêche pas d'avoir un gros appétit. Mehdi Bayat le disait au média de son club, si qualification pour la phase de poules de l'Europa League il doit y avoir, alors le noyau devra être renforcé. Pour être à la hauteur, évidemment, et pourquoi pas, pour donner aux ultras carolos des raisons de fêter Karim Belhocine en fin d'année. En espérant que d'ici là, le chemin que je connais par coeur m'autorise à faire un petit détour au Mambourg. Et tant pis si les travaux ne sont toujours pas finis.