Niksa Bavcevic et Rajko Toroman portent un regard pas nécessairement désintéressé sur notre équipe nationale.
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Niksa Bavcevic et Rajko Toroman portent un regard pas nécessairement désintéressé sur notre équipe nationale.Monsieur Toroman, n'étiez-vous pas l'un des candidats à la succession de Tony Van Den Bosch?Toroman : J'ai découvert sur Internet, à mon grand étonnement, que mon nom figurait parmi les six coaches qui avaient déposé une candidature officielle. Je n'ai jamais postulé. J'ignore qui a envoyé la candidature à ma place. Comprenez-vous que la désignation d'un coach national fasse l'objet d'autant de polémiques?Bavcevic : Il faudra m'expliquer pourquoi la fédération ne parvient pas à trouver de l'argent pour engager un coach professionnel. A mes yeux, dans un pays comme la Belgique, il ne faudrait pas un coach national professionnel mais... deux! Il y a suffisamment de travail à faire. La trêve estivale est longue, les possibilités d'organiser des stages ou des tournois ne manqueraient pas si on voulait s'en donner la peine. Toroman : Pour moi, l'équipe nationale ne doit pas obligatoirement disposer d'un coach professionnel, mais il est impératif qu'elle dispose d'un coach capable d'instaurer une bonne ambiance et qui entretient de bons rapports avec les joueurs. Il y a beaucoup de bons coaches en Belgique : Eddy Casteels, Giovanni Bozzi et j'en passe. Mais Ypres et Charleroi ont un calendrier très chargé sur le plan européen et ils peuvent difficilement combiner leur travail en club avec un poste de coach fédéral. Ce serait plus facile pour un coach qui n'a pas d'obligations européennes avec son club. La préparation de l'équipe nationale est souvent réduite au strict minimum.Toroman : Lors de la réunion entre la ligue et la fédération, quelques suggestions avaient été émises. Notamment celle de laisser les internationaux à la disposition du coach fédéral le dimanche matin afin qu'il puisse ajuster les systèmes tactiques. Pour les clubs engagés sur le front européen, c'est très difficile de céder ses joueurs le dimanche matin. Ils ont besoin de récupérer ou d'effectuer un décrassage. Ce serait plus facile en juin. Du moins pour les jeunes joueurs qui évoluent en Belgique, comme Thomas Van Den Spiegel, Matthias Desaever ou Wouter Dewilde. Car je vois mal, également, Eric Struelens ou Jean-Marc Jaumin se farcir un stage avec l'équipe nationale au terme d'une longue et éprouvante saison en Espagne. Bavcevic : La Belgique aurait besoin d'urgence d'un entraîneur professionnel pour s'occuper des jeunes. Les Cadets traitent d'égal à égal avec leurs homologues des autres pays européens, mais à partir des Juniors et des Espoirs, la différence s'accentue. Cela signifie qu'on ne travaille plus assez avec les jeunes lorsqu'ils atteignent 17 ou 18 ans. Ce sont ces années-là qui font la différence en Europe. En Italie, en Grèce ou en Croatie, ces jeunes-là s'entraînent trois fois par jour. En Belgique, trois fois par semaine. Les Cadets et les Juniors devraient se rendre deux fois par an aux Etats-Unis ou participer à de grands tournois internationaux, durant les vacances scolaires. On pourrait aussi développer les compétitions inter-scolaires. Il y a beaucoup de choses à faire. Le ballon est dans le camp de la fédération. On entend déjà la réponse de la fédération: trop cher!Bavcevic : Tout ce que l'on entreprend coûte de l'argent, mais c'est un investissement. Si la Belgique est en retard par rapport aux pays voisins, ce n'est pas faute de talent, mais faute de travail. Pourquoi parvient-on à produire beaucoup de bons footballeurs mais très peu de bons basketteurs? Pourquoi également la Slovénie, qui est trois ou quatre fois plus petite que la Belgique, produit-elle beaucoup plus de basketteurs de talent? Il existe en Slovénie une longue tradition en matière de basket...Bavcevic : Arrêtons de plaisanter avec cela. Il y a une tradition de basket en Belgique également. Moi, qui suis Croate, je connais Malines, le Standard et le Bus Fruit, que j'avais vu jouer dans mon pays lorsque j'étais gamin. Le basket était déjà populaire en Belgique avant la Deuxième Guerre Mondiale. Il y a tout ce qu'il faut pour réussir en Belgique : des infrastructures, un championnat de qualité et des moyens financiers plus importants que dans les pays de l'Est.