Scène de sirtaki à Salzbourg. Match Suède-Grèce. C'est toujours 0-0 après une heure et on n'a pas encore vu grand-chose. Les Grecs jouent à leur jeu favori : attendre l'adversaire, le provoquer aussi. Ils font lentement tourner le ballon en défense : du back gauche à un défenseur central qui passe à droite, puis fait le chemin inverse. A l'occasion, le gardien est sollicité. Le public suédois siffle et hurle mais la comédie continue. Les attaquants suédois s'abstiennent d'attaquer le porteur du ballon, de peur de laisser dans leur dos des espaces soudains dont les champions d'Europe pourraient profiter pour réaliser le hold-up parfait.
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Scène de sirtaki à Salzbourg. Match Suède-Grèce. C'est toujours 0-0 après une heure et on n'a pas encore vu grand-chose. Les Grecs jouent à leur jeu favori : attendre l'adversaire, le provoquer aussi. Ils font lentement tourner le ballon en défense : du back gauche à un défenseur central qui passe à droite, puis fait le chemin inverse. A l'occasion, le gardien est sollicité. Le public suédois siffle et hurle mais la comédie continue. Les attaquants suédois s'abstiennent d'attaquer le porteur du ballon, de peur de laisser dans leur dos des espaces soudains dont les champions d'Europe pourraient profiter pour réaliser le hold-up parfait. Mais quand Zlatan Ibrahimovic marque d'un tir somptueux à la 67e minute, le match est terminé. Car c'est difficile de revenir au score quand on s'est installé dans un schéma hyper prudent. Et ce n'est pas dans les habitudes grecques de marquer facilement contre des équipes du top européen. Mais ce sirtaki parfaitement huilé, qui ne laisse aucune place à l'improvisation, a pour rappel permis aux Grecs de remporter l'EURO 2004 alors qu'ils n'occupaient que la 35e place du classement FIFA. Au Portugal, ils avaient tout verrouillé derrière et frappé en contre-attaque. Otto Rehhagel a débarqué en Autriche en sachant qu'il n'avait rien à craindre. " Tous les Grecs en sont fous ", explique Ioannis Lampiris, journaliste du quotidien Ta Nea. " Rien n'a changé quand nous avons raté la qualification pour la Coupe du Monde 2006. Au lieu de le remettre en cause - dans un pays où les coaches ont l'habitude de voler dehors après deux défaites -, la Fédération lui a proposé de prolonger. Il a mis un peu de temps à mûrir sa réponse : pendant cette période, c'était la panique, comme si son départ allait être synonyme de catastrophe. Nous n'étions nulle part quand on l'avait engagé en 2001 et il nous a offert le bonheur suprême trois ans plus tard : il avait presque gagné un crédit à vie. Avant 2004, la Grèce avait l'habitude de terminer deuxième des éliminatoires quand il n'y avait qu'un qualifié, et troisième quand il y en avait deux ". Les Grecs ont fait fort pendant les éliminatoires pour ce Championnat d'Europe : 10 victoires, 1 défaite, 1 nul. Ils étaient tombés dans le groupe le plus abordable (Moldavie, Norvège, Bosnie-Herzégovine, Turquie, Malte, Hongrie) mais ils ont géré sans problème les petits matches et réussi l'un ou l'autre truc quand l'opposition était plus musclée (victoire 0-1 en Turquie). La continuité a payé. Rehhagel est resté très zen après l'échec, il a dit qu'il continuait avec le même groupe. Il ne l'a modifié qu'au compte-gouttes depuis 2004. Le capitaine de l'époque, Theodoros Zagorakis, a arrêté sa carrière internationale, mais la plupart des cadres de l'équipe sont restés. Rehhagel continue à faire confiance aux joueurs qui ne sont pas au mieux, et leur offre une deuxième, voire une troisième chance. Mais la presse et les supporters grecs ont vu arriver cet EURO en étant convaincus que la performance de 2004 ne serait pas rééditée. Lampiris : " En 2004, quand vous avez le Portugal, l'Espagne, la Russie et la Grèce dans une poule, vous ne pouvez être à peu près sûr que d'une chose : les Grecs ne passeront pas. Ils nous ont tous pris de haut. En débarquant en Autriche, nous savions que ce ne serait plus le cas. Au Portugal, nous avons eu une chance inouïe. Les Espagnols avaient tiré une vingtaine de fois au but alors que nous n'avions eu qu'une occasion : 1-1. Contre la Tchéquie en demi-finale, nous avions encore été enfoncés mais notre gardien avait fait un match de fou et nous avions marqué sur un coup de bol à la dernière seconde de la première prolongation : silver goal et qualification ! Puis, il y a eu cette finale où, plus encore que dans les autres matches, tout s'est parfaitement emboîté : un collectif plus efficace que jamais, un complexe de supériorité des Portugais et à nouveau cette chance. " Dans le championnat grec, le titre de 2004 n'a pas changé grand-chose. " L'Olympiacos, le Panathinaikos et l'AEK Athènes se battent toujours pour le titre national, et la dernière cuvée a même été excellente parce qu'ils se sont bagarrés jusqu'à la dernière journée ", poursuit Lampiris. " Derrière eux, il y a toujours l'ARIS, le PAOK et l'une ou l'autre surprise chaque saison. Puis des clubs sans ambition car sans argent. A l'exception des trois grands, les budgets des autres équipes sont minimes sur le plan européen. Ces-derniers doivent se contenter de louer des joueurs et offrent des petits salaires. Ils ne peuvent rien faire. Les dirigeants des grands clubs ont eu la folie des grandeurs après le titre de 2004. Ils ont pensé qu'en tant que nouveau maître de l'Europe, le foot grec devait frapper fort sur le marché des transferts. L'arrivée de Rivaldo à l'Olympiacos s'inscrivait dans ce raisonnement : la Grèce avait gagné l'EURO et se préparait à accueillir les Jeux ! Il y a encore eu quelques très gros transferts comme celui des Argentins Luciano Galletti et Fernando Belluschi à l'Olympiacos. Ce club a déboursé 15 millions en transferts entre l'été 2007 et janvier 2008. Il y a eu aussi l'Autrichien Andreas Ivanschitz et le Brésilien Souza au Panathinaikos : des stars qui n'ont pas signé pour rien. Tout récemment, l'Olympiacos a engagé le coach espagnol Ernesto Valverde, qui était à l'Espanyol : un contrat de 3 ans pour 4 millions d'euros. C'est de la folie, surtout que la mentalité des dirigeants n'a pas changé. Sur le plan du travail à court terme, ce sont des champions du monde. Les noyaux tournent, on jette les joueurs et les entraîneurs qui ne s'imposent pas directement. Le Panathinaikos n'a rien fait pour retenir Theofanis Gekas, qui vient de terminer deuxième meilleur buteur de Bundesliga avec Leverkusen. Et ce club n'a pas essayé de conserver Giorgios Karagounis, qui a abouti à l'Inter puis à Benfica avant de revenir. Certains de nos meilleurs joueurs sont jugés insuffisants, d'autres sont appréciés mais les clubs essaient de les monnayer au plus vite. Et les jeunes quittent la Grèce de plus en plus tôt. L'incompétence des dirigeants est une des plaies de notre football... ". par pierre danvoye - photos: reporters