L'être humain est fascinant. Même José Mourinho. Considéré (surtout par lui-même) comme un être supérieur, il semble redevenu un simple commun des mortels. Ou plutôt compliqué. Lui qui a tellement montré la voie, montre depuis trop souvent le chemin de la mauvaise foi. Tout cela en vénérant son Moi. Il ramène toujours tout à lui.
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L'être humain est fascinant. Même José Mourinho. Considéré (surtout par lui-même) comme un être supérieur, il semble redevenu un simple commun des mortels. Ou plutôt compliqué. Lui qui a tellement montré la voie, montre depuis trop souvent le chemin de la mauvaise foi. Tout cela en vénérant son Moi. Il ramène toujours tout à lui. Son show aurait pu être touchant après le match contre Tottenham. Contexte : Old Trafford est à moitié vide depuis le 0-3 de Lucas Moura. À la fin du match, il y a Lui, debout devant la tribune à applaudir les rares fans toujours dans le stade qui... l'applaudissent. Tout ça évidement avec la caméra à un mètre de lui. L'après-match a déjà commencé. L'enfumage prend déjà la senteur d'un bon bluff portugais. Le problème c'est qu'il sent, aussi, un peu le réchauffé. On commence à connaître l'artiste. Gênant. Tellement calculé. Tellement répété défaite après défaite... Avant, c'était rarement, maintenant c'est souvent. Quand il perd, le foot n'est plus un jeu sur lequel on doit parler jeu. C'est un spectacle sur lequel on parle " coulisses ", histoire de coulisser de l'essentiel vers le sensationnel. C'est-à-dire : Lui. Et pour ça, il est génial et pathétique à la fois. Rappeler en conf' de presse après le fiasco que le chiffre 3 ce n'était pas que les buts encaissés du soir mais que c'était aussi le nombre de ses titres de Champion d'Angleterre. C'est-à-dire plus que les 19 autres entraîneurs de Premier League... réunis. Il a dû penser à cette dithyrambe depuis des mois. Mais surtout attendre qu' Arsène Wenger quitte Arsenal. Trop magnifique. Ce type doit préparer autant ses après-matches que le match lui-même. Cela dit, son 3-3-3-1 proposé contre Tottenham était plutôt original et surprenant. Une sorte de chant du cygne ? Une façon de pourrir un peu plus sa fameuse troisième saison dans un club ? Quoi qu'il en soit, il ressemble de plus en plus à un entraîneur dépassé. De ceux qui se servent du passé pour essayer de faire oublier le présent. Un présent qui n'est guère réjouissant pour Kevin De Bruyne. Mais son passé permet d'expliquer. Le roi du déséquilibre adverse est actuellement sur béquilles. Dommage mais lui aussi n'est qu'un humain. Pourtant, lui aussi considéré comme un être supérieur, il doit se résoudre à admettre que la nature est toujours plus forte. Une nature en forme de corps humain. La question n'est pas pourquoi il s'est blessé ? Mais comment ne l'a-t-il pas été plus souvent ? Flashback : Kevin a commencé sa carrière pro il y a 10 ans. 440 matchs. Durant cette décennie, il en a manqué...27 ! En 10 ans. Ahurissant. Là est le miracle. Alors qu'il est une cible, puisque maléfique pour ses adversaires. Depuis qu'il est à Manchester City (trois saisons) il tourne à 60 matchs par an. Diables compris. À un moment, le corps dit stop. Même si c'est un accident, il y a parfois une explication à la fatalité. La fatalité, Pep Guardiola l'a reniée depuis longtemps. Il maîtrise tout. Et son Man City continue sa route. De Bruyne blessé, on voit quand même sur le banc des cadors style Leroy Sané, Riyad Mahrez et Raheem Sterling. Effrayant. Même si Kevin est irremplaçable parce qu'unique, la culture et les principes du jeu transmis avec la passion, la didactique et l'envoûtement permettent de compenser. Kevin est en tribune et Eden toujours à Chelsea. Dommage mais, de toute évidence, lui s'en fout. Il joue, donc il domine. Il survole tel le condor royal qui repère ses proies avant de descendre sur terre les dévorer. Il monte au jeu ? Il fait la différence. Il commence ? Il est le roi du terrain. Sans forcer. Seulement en étant. Un homme qui a fait des terrains de jeu sa cour de récréation. La course aux trophées individuels ? Il s'en fout. Qu'il ne change jamais. Un palmarès ne remplacera jamais le plaisir de l'instant. N'en déplaise à ceux qui lui reprochent de n'être qu'un jouisseur. Il ramène le foot à son essence : prendre et donner du plaisir. Réjouissons-nous de pouvoir dire : " C'est un p'tit gars de chez nous ".