Il y a un an, à la même époque, la Cité Ardente se jouait la valse des regrets. Deux jeunes hommes, devenus en l'espace de quelques mois les symboles du club s'en allaient vers les rivages dorés de la Méditerranée.
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Il y a un an, à la même époque, la Cité Ardente se jouait la valse des regrets. Deux jeunes hommes, devenus en l'espace de quelques mois les symboles du club s'en allaient vers les rivages dorés de la Méditerranée. Les transferts de Van Buyten et Runje (auxquels s'ajoutait Yobo) en faveur de Marseille faisaient couler autant d'encre que de salive. Comment, en effet, ne pas s'interroger sur le bien fondé de l'opération qui vit Robert Louis-Dreyfus sortir un gros demi-milliard de francs belges de sa poche droite "marseillaise" avant de le glisser subrepticement dans sa poche gauche "liégeoise"? Les sites Internet gérés par les supporters du Standard s'affolaient. On y parlait de satellisation. De blanchiment d'argent. Lors de la journée inaugurale, les Ultras de Charleroi accueillirent les Rouches en déployant une grande banderole. Sur celle-ci, on pouvait lire "Bienvenue au CPAS de Marseille". Les Carolos résumaient par le truchement d'un humour décapant une impression générale vécue difficilement par le virage d'en face. Au-delà de l'image expédiée avec force, il y avait plus grave. Une véritable question de fond se posait lancinante. La phalange principautaire était-elle destinée à devenir un carrousel, un lieu de transit, sans âme et sans personnalité? Une simple vitrine? Le fidèle public de Sclessin devait-il aussi se faire une raison en admettant que les meilleurs n'effectuaient qu'un furtif passage avant de rejoindre des cieux davantage rémunérateurs?Il semble désormais que cela ne soit pas le cas. Malgré des potentialités de transferts de Moreira et Dragutinovic, les deux valeurs réelles sont restées. Or si Luciano D'onofrio l'avait réellement voulu, "Drago" serait parti. Pas n'importe où de surcroît puisqu'une "Vieille Dame" transalpine le trouvait fort à son goût. A peu de choses près, le noyau n'a pas bougé. Ceci atteste, de prime abord, d'une volonté de bâtir en s'appuyant sur une escouade qui ne l'oublions pas, faisait figure de prétendante aux lauriers en décembre 2001 en faisant la course en tête aux côtés de Bruges. Compte tenu du calamiteux deuxième tour, la venue d'un nouveau stratège s'imposait. MichelPreud'homme ne s'est pas fourvoyé. Sa méthode avait du bon. Malheureusement pour lui, il a probablement manqué d'expérience en offrant sa confiance à des gamins mal conseillés ou manquant du plus élémentaire respect de la profession exercée. Engager Robert Waseige sonne tel un premier bon coup. Et garder Preud'homme comme directeur technique apparaît un second choix judicieux. Ainsi, le Conseil d'Administration se dote d'un ancrage sportif crédible aux postes directionnels. Cerise sur le gâteau, le duo en question sort du terroir. Le nouveau rôle de Preud'hommeSi le rôle de Waseige, par essence, n'a nullement besoin d'explication, celui de Michel Preud'homme par contre en mérite. Directeur Technique c'est tout, si l'on veut. Cela peut aussi être rien! Compte tenu des manquements affichés au cours des défuntes saisons, il ne fait dorénavant aucun doute que l'ancien portier miracle de Malines comblera, non pas une lacune, plutôt divers postes défaillants. Wallon devant l'éternel, habitant en Flandre et marié à une fille du Plat Pays, Preud'homme fait l'unanimité au sein des deux communautés. En outre, ses hauts faits d'armes chez les Diables Rouges lui valent l'estime de l'Union Belge. Cette aura l'impose comme la personne toute indiquée pour devenir le représentant officiel du Standard à la Ligue Pro. En interne, la position de Michel Preud'homme dans l'organigramme se situe juste sous le Directeur Général, Alphonse Costantin. Il veille en priorité au sportif et à ses divers aspects. Outre le fait de constituer le passage obligé à la négociation des transferts professionnels, Preud'homme s'immerge également totalement dans la section "jeunes". Les contacts avec Daniel Boccar, notamment, sont quotidiens. Le staff y définit une ligne de conduite applicable aux différentes phalanges impliquées en championnat. L'uniformisation va du concept des entraînements aux tactiques à adopter. En insistant bien évidemment sur le moteur essentiel: l'animation de jeu souhaitée. A terme, le Standard entend retrouver un football au caractère mosan. Avec recherche de verticalité, pressing haut et rythme dans les échanges. Inculquer cela à des footballeurs n'a en soit rien de bien compliqué. Impossible toutefois d'y arriver sans assaisonner le pan stratégique d'un zeste de philosophie. Voilà le véritable challenge que veut relever Preud'homme. L'autre objectifest de recréer l'esprit Standard! Mais au fond, c'est quoi, l'esprit Standard?"D'abord la passion d'un blason mythique", dit Louis Smal , administrateur du club et président de la Famille des Rouches (ASBL créant un lien entre le Standard et les supporters), avant de préciser fort justement: "C'est une légende, forcément bâtie sur le passé..." De fait, si le Standard reste ce qu'il est après avoir traversé 20 ans de tempête c'est qu'un fil historique tisse une toile solide. Comprendre le phénomène, impose une remontée dans le temps. Direction les années 50. Première fois de l'histoire, un club belge remporte une victoire en coupe d'Europe et arrache le droit de disputer le deuxième tour. En éliminant Hearts of Midlothians, les Rouches de l'époque détournent la ligne du destin."Tout part de là", se souvient Popeye Piters, l'un des pionniers. "Nous étions des gars qui allions au charbon. Sans peur. Sans reproche. Personne ne trichait. Jamais notre stade n'aurait admis que nous baissions pavillon. Le volcan nous poussait sans relâche à aller de l'avant en se retroussant les manches. Le FC Liégeois comptait autant, si pas davantage de sympathisants. Mais grâce aux soirées internationales, nous avons conquis la masse flottante. La télédistribution n'existant pas en télévision, le public devait nous rendre visite s'il souhaitait déguster un autre football que le belge. Les curieux se sont passionnés, restant régulièrement à nos côtés. Eh oui, il faut sans doute retourner aussi loin pour débusquer les raisons véritables de la disparition de Liège. Du moins, je veux dire, le Liège que nous identifions à Rocourt. Nos passes d'armes avec le grand Stade de Reims puis avec les Glasgow Rangers enclenchèrent définitivement le processus. Nous étions les rois. Toujours en misant sur la hargne. La détermination". La Furia LiégeoiseAinsi naquit la "Furia Liégeoise" illustrée notamment par cette icône que devint Roger Claessen. Personne ne se déplaçait au bord de Meuse la pâquerette aux lèvres. Ni le Real Madrid, ni l'Inter, ni le Milan AC. Personne! D'abord à cause de ces gradins éructant la lave. Ensuite sur la pelouse, 11 démons se comportant en guerriers du sport. Supporters et joueurs ne faisaient qu'un. Simplement:le Standard! "Raison suffisante me permettant de comprendre, à défaut d'excuser, certains débordements..." dit André "Popeye", l'ancien ailier droit. "Depuis des décennies, des familles entières se parent de rouge. Ces gens sont garants d'une mentalité. D'une manière de vivre le foot. Je comprends qu'ils se révoltent en assistant impuissants aux ébats de professionnels qui donnent l'impression de courir le cachet sans se préoccuper de l'écusson ornant le maillot qu'ils portent".Voilà notamment ce que Preud'homme entend changer. Défi puéril, naïf? Pas sûr. Le combat survient au bon moment. Terrassé par sa folie, le football international racle les fonds de tiroirs. De grosses écuries, à l'image de la Roma, de la Lazio, de l'Inter, du Borussia Dortmund convoquent les salariés sous contrat dans l'optique d'obtenir des diminutions de salaire. L'âge d'or touche à sa fin. Il deviendra de plus en plus malaisé aux managers à la petite semaine de faire croire aux jeunes qu'un simple claquement de doigts assure une fortune immédiate à l'étranger. D'autant que Costantin monte la garde et n'hésite pas à grimper vers les hauteurs du Bois Saint-Jean. Son regard d'aigle passe en revue les visages. Certains chasseurs de têtes n'ont réellement pas intérêt à se balader au Sart Tilman. Trop de talents se sont envolés. Force est d'admettre que les oisillons, du moins la plupart, se brisèrent les ailes. Les promesses locales sont mieux encadrées. Mieux suivies. Une approche psychologique différente vise à ré-inculquer l'amour des couleurs. Plus aucune critique ne sera admise à l'intérieur de la structure. Critique négative et gratuite s'entend. La remarque concerne d'abord les entraîneurs, les délégués. Tous les adultes gravitant autour des enfants en somme.Louis Smal : "Dès que le visiteur approche de Sclessin, il ressent une atmosphère spéciale. Regardez autour de vous. Observez. Il n'y a que des usines. Des laminoirs. Des hauts fourneaux. Dans de tels ateliers, ça ne rigole pas tous les jours. Les hommes transpirent et bossent dur pour gagner leur croûte. L'environnement détermine forcément une façon d'être. Avec les sidérurgistes, pas question de jouer les stars. Ils veulent de la sueur et des larmes. La défaite? Elle n'est pas grave en soit. A condition, que tout soit fait pour vaincre. Cette frénésie animant les vainqueurs, ce tempérament de battant, cette envie de conquête ne se constate plus depuis des lustres. Il n'y a vraiment que les supporters qui soient arrivés à conserver intacte cette marque de fabrique. Ils protègent le feu sacré. Le transmettent de père en fils. Les chauds parmi les chauds sont d'ailleurs bien déterminés à faire en sorte que le message distillé ne demeure pas lettre morte. De quelle manière procéder? En conservant cette fronde contestataire lorsque le climat s'y prête. Concrètement aussi, en rencontrant régulièrement Waseige et ses ouailles."Ces rencontres sont possibles via la Famille des Rouches", apprend Michel Juvigné. Activiste de la Tribune 3 abritant les Ultras et le Hell Side enfin réunis au même balcon. Il cerne bien le problème: "Le foot change. Il y a beaucoup d'allées et venues. Nous devons en conséquence inculquer l'esprit Standard aux joueurs. En parlant. En expliquant ce que nous attendons d'eux". Toujours la nostalgie de Roger la HonteA cet égard, le message se veut clair. Amputé de toute ambiguïté. Michel Juvigné: "Même les jeunes savent qui était Roger Claessen. Le samedi il prenait une cuite, passait peut-être même la nuit au trou, mais le dimanche, il pétait le feu. Voilà ce que nous voulons. Des héros. L'esprit Standard illustre la fierté que nous avons d'être liégeois. Ceux qui endossent le maillot rouge sont obligés d'incarner cette ferveur. L'âme de la Cité Ardente. Malgré une longue attente, nous, nous sommes toujours là. En un mois, nous oublions tout. Nous revenons à l'entame d'une nouvelle compétition gonflés à bloc. Car nous croyons en nos couleurs. Voilà ce qu'est l'esprit Standard!"Si les chiffres, en matière d'abonnements, sont loin d'égaler ceux que réalise le RC Genk, les résultats actuels sont bons. Meilleurs que la saison dernière. Signe perceptible de l'adhésion à la politique menée. Les fidèles attendent beaucoup de la prochaine campagne. Le retour de Robert Waseige exerce un rôle attractif. Incarnant l'expérience, le savoir. Puis surtout la sévérité. Une poigne de fer dont les Rouches ont besoin. Histoire d'enfin se montrer dignes de... l'esprit Standard.Daniel Renard"Seuls les supporters étaient encore de vrais Rouches" (Louis Smal)Les ventes d'abonnements sont en progrès constants