Il est 17 h 30 au stade du Pays de Charleroi. Quelques flocons épars tombent çà et là. Les abords ne recueillent plus que les derniers fidèles. Jamais il ne fut si facile de se garer aussi près du stade... L'ambiance est morose, ressemblant à s'y méprendre à cet hiver interminable. S'il ne fallait qu'une image pour résumer la crise, ce serait celle d'une fin d'après-midi hivernale avec un ancien Mambourg vide et triste à mourir en arrière-fond.
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Il est 17 h 30 au stade du Pays de Charleroi. Quelques flocons épars tombent çà et là. Les abords ne recueillent plus que les derniers fidèles. Jamais il ne fut si facile de se garer aussi près du stade... L'ambiance est morose, ressemblant à s'y méprendre à cet hiver interminable. S'il ne fallait qu'une image pour résumer la crise, ce serait celle d'une fin d'après-midi hivernale avec un ancien Mambourg vide et triste à mourir en arrière-fond. Contre Gand, Charleroi a touché le fond. Pas de jeu, peu d'occasions, des brèches énormes, un mental faible, très faible. L'équipe a sombré, emportant également ses dirigeants dont le comportement fut indigne d'une équipe de l'élite. Car, dans le sport, il faut accepter la défaite et savoir reconnaître ses erreurs. Le directeur général, Mogi Bayat, dont le bilan en matière de transferts est risible depuis deux ans et qui ne vit que sur ses réussites du passé, est, une nouvelle fois, tombé dans la vulgarité la plus crue. Il se fendit de gestes et propos déplacés envers les supporters (voir cadre). Le président Abbas Bayat, lui, refuse de tirer des enseignements de ce début d'année 2009 calamiteux, se cachant derrière le comportement des supporters. Quant on lui dit que depuis deux ans, son équipe est en pleine régression, il se cabre. Mais quand on passe de cinquième (2007), à huitième (2008) pour échouer à la treizième place (février 2009), on ne peut que parler de régression. " Je ne suis pas d'accord. Le championnat n'est pas terminé. On fera les comptes en mai ", dit-il. Certes, Charleroi possède les qualités pour se reprendre mais depuis l'arrivée de John Collins au poste d'entraîneur, le bilan est catastrophique. Trois points sur 12. Quatre défaites d'affilée (Coupe comprise) et aucune victoire en 2009. " Les joueurs doivent assimiler une nouvelle méthode ", continue Abbas Bayat. " Cela ne se fait pas en un jour. L'année passée, notre changement d'entraîneur nous avait également coûté des points. Thierry Siquet avait perdu lui aussi six matches d'affilée ( NDLR : en fait deux défaites en championnat et une élimination en Coupe, et un bilan de sept points sur 24). " L'argument est acceptable mais Charleroi n'était nullement concerné par la lutte pour le maintien au moment du limogeage de Siquet et il l'est aujourd'hui ! Si Abbas Bayat voulait donner une autre orientation à son club, il aurait dû le faire en juin dernier ou attendre juin prochain. En nommant Collins en pleine saison alors que l'équipe de Siquet tenait la route (certes loin d'objectifs irréalistes), le président Bayat a inutilement déstabilisé son effectif. Un changement d'entraîneur peut avoir une vertu positive et regonfler une équipe. Mais pour cela, il fallait soit faire appel à quelqu'un qui connaissait la maison, soit à quelqu'un maîtrisant sur le bout des doigts le championnat belge. Collins découvre notre compétition et apporte une autre vision. C'est clair qu'il va lui falloir du temps. Sur le terrain, cela ne donne rien. Strictement rien. Il veut du football à ras de terre, à une touche de balle. Or, ceux qui sont capables de le faire sont partis ( Tim Smolders), à l'infirmerie ( Majid Oulmers), suspendu ( Fabien Camus) ou en méforme ( Geoffrey Mujangi Bia). De plus, la pelouse ressemble à un terrain du Mali, en pleine période de sécheresse. " Un nouveau système ne s'improvise pas ", explique Bertrand Laquait, le seul élément à son niveau. " Collins a apporté du professionnalisme. Avec lui, on ne peut pas s'endormir sur ses lauriers. Il est proche de son groupe et fait tout pour nous rassurer et nous booster. Il n'est pas du genre à tirer sur ses joueurs pour se couvrir. " " La première semaine, il a pu compter sur le choc psychologique et cela a rapporté trois points contre Dender ", ajoute David Vandenbroeck. " Au stage, il a commencé à mettre les choses en route. Il a des méthodes pointues, réfléchies. Ses entraînements sont structurés. Il a ses méthodes mais manifestement, pour le moment, elles ne nous correspondent pas. S'il arrive à sortir le meilleur de chaque joueur à l'entraînement, cela ne se voit pas en match. " Ce qui fait dire au capitaine, Frank Defays : " Ah, si les matches pouvaient avoir lieu le jeudi... " Collins a déjà apporté beaucoup de retouches. En un mois, il est passé du 4-3-3 au 4-4-2 (" On n'a pas les joueurs pour le 4-3-3 dans lequel on perd trop de gens dans l'entrejeu "), il a passé en revue tout le noyau (18 joueurs ont été essayés en quatre matches) et a insisté pour avoir des renforts. " Honnêtement, en arrivant, je pensais qu'on avait plus de qualités ", reconnaît-il. " J'ai donné à tout le monde l'opportunité de se montrer. Sans résultats. Dorénavant, ce sont les nouveaux qui vont recevoir leur chance. On vit une période difficile et c'est maintenant qu'on va voir si on a du caractère. "Cela ressemble déjà à un constat d'échec. Cependant, Collins est un battant et comme il dit : " On va se remettre au boulot. Il n'y pas de potion magique. Le travail finit toujours par payer. "Sur le terrain, l'équipe semble désorganisée. Il n'y a pas de leaders. L'entrejeu, autrefois le point fort, a été submergé en 4-3-3 face à Westerlo et dépassé en 4-4-2 contre Gand. L'attaque, un secteur déjà en panne sous Siquet, ne reçoit pas de ballons et ne marque pas. Quant à la défense, solide autrefois, elle sombre carrément. " 2 h 30 avant le match contre Gand, on a regardé la vidéo et on a insisté sur le fait que cette équipe était dangereuse au deuxième poteau. Sur le premier but, il n'y a pas de marquage à cet endroit ! ", explique Collins. " Il faut être plus solide derrière. Il n'y a pas assez de concentration dans la surface. "" Mais il n'y a aucune cohésion entre la défense et le milieu, entre le milieu et l'attaque ", peste Vandenbroeck, " Chaque zone joue pour sa pomme. On pointe du doigt la défense mais en début de saison, on avait essayé le marquage individuel avec Siquet. Cela n'avait pas fonctionné et on était revenu à la zone qui nous allait mieux. Avec Collins, on est revenu à l'individuelle. Sur le but de Stef Wils, il est tout seul, tout simplement parce qu'il n'était pas inscrit comme un joueur à tenir. C'est important de communiquer avec l'entraîneur. J'espère que quelqu'un lui a dit que l'individuelle n'avait pas fonctionné en début de saison... " Après le stage, on ne parlait pas encore trop transferts. Massimo Moia avait été acquis, Smolders et Abdessalam Benjelloun étaient partis. Seul l'entraîneur avait laissé la porte ouverte en déclarant qu'il avait besoin de plus de matches officiels pour se faire une idée des manquements du noyau. Après trois défaites en une semaine, Charleroi se voyait confronté à la lutte pour le maintien. D'où le changement de fusil d'épaules. Dans la dernière ligne droite, les Zèbres ont donc accueilli un défenseur germano-monégasque, Torben Joinelet, transfert appuyé par Collins qui l'avait bien connu à Hibernian, un défenseur brésilien, Marcelao, un médian aguerri au championnat belge, Christophe Grégoire, et le défenseur de Courtrai, Adlène Guedioura. Soit trois défenseurs et un médian. Joinelet est un stopper gaucher. Or le noyau ne disposait pas d'un tel élément. Les trois arrières ont également une même caractéristique : la taille (1,87 pour Joinelet, 1,90 pour Marcelao, 1,85 pour Guedioura). Dans ce domaine, on en revient à la politique d'un certain... Jacky Mathijssen qui avait insisté pour avoir de la taille dans le noyau (et c'est dans cette optique qu'il avait mis le grappin sur Smolders). L'arrivée de Grégoire devrait également motiver un peu plus l'entrejeu, sans doute le secteur de jeu le plus talentueux mais qui a tendance à s'endormir parfois sur ses lauriers. Avec Grégoire, Majid Oulmers, Fabien Camus, Geoffrey Mujangi Bia et Rémi Sergio, la concurrence s'annonce rude sur le flanc et derrière les attaquants. Par contre, pas de trace d'attaquants dans la rubrique des arrivées. Or, il s'agit clairement du secteur le moins compétitif du noyau... par stéphane vande velde