A la fin de l'entretien, Davy Gysbrechts (28 ans) feuillette un numéro de Sport/Foot Magazine, l'air absent. En couverture, Glen De Boeck, le capitaine d'Anderlecht. Il a participé avec Anderlecht au match contre Leeds, à quelque cinquante kilomètres de l'endroit où vit et travaille Gysbrechts. Les deux joueurs formaient un duo prometteur au coeur de la défense malinoise en 1992, alors que le club entamait sans le savoir sa descente aux enfers. Trois ans plus tard, De Boeck a rejoint Anderlecht. Six saisons après, il figure toujours parmi l'élite belge alors que son ancien compagnon dépérit à Sheffield, après un passage à Lokeren.
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A la fin de l'entretien, Davy Gysbrechts (28 ans) feuillette un numéro de Sport/Foot Magazine, l'air absent. En couverture, Glen De Boeck, le capitaine d'Anderlecht. Il a participé avec Anderlecht au match contre Leeds, à quelque cinquante kilomètres de l'endroit où vit et travaille Gysbrechts. Les deux joueurs formaient un duo prometteur au coeur de la défense malinoise en 1992, alors que le club entamait sans le savoir sa descente aux enfers. Trois ans plus tard, De Boeck a rejoint Anderlecht. Six saisons après, il figure toujours parmi l'élite belge alors que son ancien compagnon dépérit à Sheffield, après un passage à Lokeren. "Glen a mieux exploité son talent que moi", constate Gysbrechts. "Il s'exprime mieux, il se vend mieux. Moi, je me suis toujours cantonné à l'exécution de ma tâche. Ici, j'ai été obligé de m'imposer, faute d'être démoli. Mais je ne regrette rien. Si j'avais su, j'aurais d'ailleurs rejoint l'Angleterre plus vite. Les gens disent que s'exiler trop jeune n'est pas bon. Mais on peut toujours revenir et entre-temps, on s'est endurci et enrichi". Gysbrechts évolue depuis un an et demi à Sheffield United. A la recherche d'un défenseur central, le club s'est adressé à Ronny Rosenthal, l'ancien joueur de Bruges et du Standard, maintenant manager. Celui-ci a contacté Jacques Lichtenstein, qui a proposé Gysbrechts, barré à Lokeren depuis que Willy Reynders avait remplacé Fi Van Hoof. Il se dit satisfait de la saison passée. Il a disputé environ 25 matches, en étant toujours repris dans les seize. "Nous jouons en 4-4-2 mais l'axe est occupé par deux joueurs plus anciens. Je jouais quand un des deux était blessé ou suspendu. Le club était toujours content de moi et j'avais de bonnes notes dans la presse, mais refaire banquette n'était pas marrant". United est le petit frère de Wednesday, l'ex club de Marc Degryse et l'employeur actuel de Gilles De Bilde. "Depuis qu'il a été relégué, nous sommes sur pied d'égalité car il a dû vendre beaucoup de joueurs pour boucler son budget alors que nous avons étoffé notre noyau. Nous avons fait match nul 1-1 en championnat". Si Wednesday risque une nouvelle relégation, United figure dans la première partie du tableau. Il joue devant 22.000 spectateurs à domicile. En déplacement, il est un peu trop attentiste. Le nouveau manager, enrôlé la saison passée, a amené des joueurs inconnus qui sont devenus ses éléments-clefs. Marcus Bent est parti aux Blackburn Rovers et Wayne Quinn à Newcastle. Curtis Woodhouse, un autre espoir, pourrait les imiter. "Le club veut le vendre à cause de problèmes extrasportifs. C'est très fréquent en Angleterre mais les journaux en parlent quelques jours et c'est fini. Chez nous, après une bagarre ou une incartade, on est brûlé à vie". Les matches dégénèrent aussi, parfois. "Apparemment, tout est tranquille puis ils commencent à se pousser, à se tirer et à se battre. Pourquoi? Les gens sont-ils plus agressifs ici? Attention, je ne critique pas cette culture mais certaines choses m'échappent. Un étranger ne doit pas s'accrocher à ses habitudes. Ainsi, j'ai acheté une voiture anglaise, pour ne pas être du mauvais côté. Gilles est différent. Nous avons vécu deux mois dans le même hôtel, avec Axel Smeets et Gerald Sibon. Ils ne discutaient jamais de football mais d'autos et d'autres choses". Smeets est parti, De Bilde rêve d'en faire autant. En décembre, Davy Gysbrechts a songé à quitter Sheffield United mais une blessure a contrarié ses plans. Il a subi une deuxième intervention au genou en janvier, pour rectifier une erreur médicale. Le récit est hallucinant. "Une semaine avant le début du championnat, j'ai reçu un coup. J'ai cru que ça allait s'arranger mais le genou est resté instable. Un examen a montré que le genou n'avait rien mais qu'il fallait ôter un morceau d'un ligament quelconque. Cette opération bénigne devait me mettre sur la touche pour quatre mois. J'ai tout tenté pour éviter l'opération mais je souffrais trop". Le club a refusé qu'il se fasse opérer en Belgique. "Son assurance l'en empêchait. Après une semaine de repos, j'ai entamé ma rééducation. Début novembre, je pouvais reprendre l'entraînement avec le groupe". Il a joué en Réserve en décembre mais après le premier match, il ne pouvait plus marcher. "On m'a remis au repos pour trois semaines. Ensuite, j'ai fait du vélo et du step mais j'ai continué à souffrir".Un autre examen a révélé que Gysbrechts souffrait de la même blessure qu'en été! "On avait beau me faire des ponctions, le lendemain, le genou était à nouveau gonflé".Gysbrechts a demandé la permission de consulter un médecin belge. "On voulait m'envoyer une semaine dans un centre de revalidation à Birmingham. J'ai décidé de retourner en Belgique". Le docteur De Clercq a confirmé le diagnostic anglais. "Il fallait enlever une partie du ligament mais le chirurgien anglais s'est contenté de nettoyer le genou. Il a soigné les suites de la blessure mais pas sa cause". Conséquence: une seconde opération et quatre nouveaux mois d'indisponibilité. Sa saison est fichue. "J'espère être prêt pour le début de la saison prochaine mais ailleurs. Je suis sur une voie de garage, ici. C'est très dur de revenir de blessure. Comment retrouver le rythme quand on fait banquette alors que les matches se succèdent à une allure folle et qu'on s'entraîne moins? Il est possible qu'après deux semaines d'inactivité, on vous aligne. Il faut donc s'entraîner seul". Pourtant, on ne rencontre guère d'athlètes affûtés en Angleterre. "On vous pèse deux fois par semaine mais on ne mesure jamais le taux de graisse corporelle. On vous demande de pouvoir courir, c'est tout. Pourtant, comme l'EURO l'a confirmé, ils tiennent 65 à 70 minutes tout au plus. Mais ici, on ne le remarque pas car le phénomène est général". Selon lui, la préparation est lacunaire : "Explosivité? Stretching? En Belgique, nous allions au fitness une fois par semaine. Ici, au moins deux fois, parfois trois ou quatre. C'est trop mais il pleut beaucoup et l'état des terrains oblige souvent l'entraîneur à annuler des séances. Alors, il faut entretenir la musculature en salle". Quand l'entraîneur lève la séance, tout le monde s'égaille. Gysbrechts trouve que les jeunes ont besoin d'un suivi, pourtant. "Ils s'occupent de trop de choses extérieures au football. Ils vont au pub, ils se nourrissent en dépit du bon sens, y compris avant un match. Mais ils sont ainsi faits: même s'ils vident un casier de bière avant le match, ils répondent présent. Ils raffolent de la bière. Inouï. Interdisez-leur d'en consommer et ils cassent tout. On s'entraîne le matin et après, ils vont picoler jusqu'à onze heures du soir. Personne ne demande des boissons non alcoolisées. A la fin de la saison passée, nous avons été dix jours aux Caraïbes. Ils n'ont pas arrêté de boire, de l'aller au retour, dans le car comme ailleurs. Etre malade le lendemain n'est pas grave".Le niveau du football anglais ne subjugue pas Gysbrechts. Les bons médians ne manquent pas mais on ne les exploite pas. "A quoi servent-ils? A récupérer le ballon le plus vite possible? Oui. A construire? Sûrement pas. Dommage. Fulham est différent. Tigana parvient à exercer une pression sur l'équipe adverse mais la plupart de formations ne procèdent que par longs ballons. Au début, quand je recevais le ballon, je l'expédiais tranquillement à l'arrière droit. L'entraîneur était furieux et mon coéquipier me regardait, stupéfait: -Que fais-tu? En avant! Quitte à perdre le ballon. Mais mieux vaut ne pas entamer de discussion là-dessus. Le football anglais n'est pas un régal pour l'oeil, en tout cas". "Chez nous, jouer ainsi est impensable. Mon style convient mieux au championnat anglais mais ce jeu ne m'enchante pas. Je n'avais pas le choix : je venais ici ou je dépérissais en Belgique. J'ai passé la première année à m'adapter et j'avais l'intention d'émerger cette saison. Si ce n'est pas possible à Sheffield, je chercherai ailleurs. Je ne suis pas obligé de revenir en Belgique". L'argent jouera-t-il un rôle décisif? "Je gagne mieux ma vie qu'en Belgique. Mieux, pas bien. J'ai dû payer ma voiture de mes deniers, comme mon loyer, et la vie est très chère. Je ne pensais pas à tout ça avant, j'étais heureux de pouvoir jouer. Mais maintenant, avec l'âge... "Peter T'Kint, envoyé spécial à Sheffield