Il n'a pas tardé à faire parler de lui : 50 secondes après être monté au jeu, ErminSiljak (32 ans) inscrivait son premier but pour l'Excelsior Mouscron, face à Westerlo. En fin de match, il doublait l'écart et offrait aux Hurlus leur première victoire de l'année 2005. D'emblée, tous les doutes étaient levés : l'attaquant international slovène incarne bien le prototype du joueur qui manquait à la formation frontalière pour vivre une saison plus tranquille. Un buteur, capable de transformer en buts les occasions que l'équipe se crée. Dès lors, deux questions se posent : comment un club dont on connaît les difficultés financières a-t-il pu attirer le meilleur buteur des éliminatoires de l'EURO 2004 û à égalité avec RuudvanNistelrooij û alors que, tout au long de sa carrière, le joueur a souvent privilégié l'aspect financier dans ses choix ? Et pourquoi Mouscron n'a-t-il pas engagé plus tôt un joueur de ce type ?
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Il n'a pas tardé à faire parler de lui : 50 secondes après être monté au jeu, ErminSiljak (32 ans) inscrivait son premier but pour l'Excelsior Mouscron, face à Westerlo. En fin de match, il doublait l'écart et offrait aux Hurlus leur première victoire de l'année 2005. D'emblée, tous les doutes étaient levés : l'attaquant international slovène incarne bien le prototype du joueur qui manquait à la formation frontalière pour vivre une saison plus tranquille. Un buteur, capable de transformer en buts les occasions que l'équipe se crée. Dès lors, deux questions se posent : comment un club dont on connaît les difficultés financières a-t-il pu attirer le meilleur buteur des éliminatoires de l'EURO 2004 û à égalité avec RuudvanNistelrooij û alors que, tout au long de sa carrière, le joueur a souvent privilégié l'aspect financier dans ses choix ? Et pourquoi Mouscron n'a-t-il pas engagé plus tôt un joueur de ce type ? " Pour la première question, j'ai plusieurs réponses ", explique le directeur général du club, RolandLouf. " C'est vrai qu'Ermin Siljak a souvent privilégié l'aspect financier, mais à 32 ans, il est peut-être arrivé à un moment de sa carrière où d'autres éléments ont leur importance. Il s'est peut-être rendu compte, comme d'autres joueurs avant lui, que l'argent ne faisait pas toujours le bonheur. Il disposait d'un très beau contrat en Chine, mais les conditions de vie ne lui ont pas permis de s'épanouir. En outre, le club de Dalian Shide n'a pas respecté tous ses engagements. Il va récupérer son dû et peut poursuivre sa carrière à Mouscron. S'il a accepté de venir chez nous, c'est pour plusieurs raisons. Je crois qu'il a fort envie de disputer la Coupe du Monde 2006, et croit toujours aux chances de la Slovénie de terminer à l'une des deux premières places d'un groupe où l'Italie s'affirme comme le plus sérieux rival. Le sélectionneur slovène lui a fait comprendre que s'il voulait régulièrement faire partie de l'équipe nationale, il avait tout intérêt à jouer en Europe. Un élément familial est sans doute intervenu également : son épouse est enceinte et il avait envie de se rapprocher de Ljubljana. Vous me direz que, dans la vieille Europe, il existe des villes plus proches de la capitale slovène que Mouscron, et des clubs plus prestigieux également. Mais je crois qu'on a bien travaillé, à la fois au niveau du scouting et juridique. Notre chance, ce fut la situation géographique de Mouscron : pas très loin de Bruges, où évolue NastjaCeh, l'un des meilleurs amis d'Ermin Siljak, et tout près de Lille, où évolue un autre de ses bons compagnons, MilenkoAcimovic. En outre, on parle le français dans la cité des Hurlus. Une langue qu'il maîtrise depuis ses passages à Bastia et à Genève. Après les problèmes de communication qu'il a connus en Chine, c'était aussi un argument non négligeable. A la deuxième question, j'apporterai une réponse toute simple : si Mouscron n'a pas engagé un vrai buteur plus tôt, c'est parce qu'il n'en avait pas les moyens. Un attaquant qui marque, c'est une denrée rare dont le prix est généralement très élevé. Une belle occasion s'est présentée maintenant, et nous l'avons saisie. Je peux vous assurer qu'Ermin Siljak a fait d'énormes concessions financières pour venir à Mouscron. Il voulait d'abord se relancer, et dans un premier temps, cette considération-là primait sur l'aspect financier. Au départ, il ne devait venir que pour quatre mois. Nous sommes tout de même parvenus à le faire signer un contrat d'un an et demi, jusqu'en juin 2006, assorti d'une clause libératoire qui constitue pour lui une garantie de pouvoir s'en aller s'il trouve mieux ailleurs. Le deal est clair : il aide Mouscron à se sauver, et Mouscron l'aide à se relancer. Les deux parties devraient donc être gagnantes. Mais, s'il se plaît chez nous, qui sait s'il ne souhaitera pas rester plus longtemps ?" " Ermin m'a effectivement consulté avant de signer pour Mouscron ", confirme Nastja Ceh, le médian de Bruges. " Je lui ai donné un avis favorable sur le championnat de Belgique. Puisqu'il n'avait pas de grosse proposition pour une compétition majeure, et je lui ai assuré que Mouscron pouvait constituer un bon tremplin pour lui : un club bien organisé, où il pourrait se refaire avant, éventuellement, de traverser la Manche pour aller jouer en Angleterre. Nous nous connaissons depuis plusieurs années : nous nous fréquentons en équipe nationale slovène. Sa principale qualité est de marquer très facilement. Cela, je crois que vous avez déjà pu le constater. Comment ? Il est bon de la tête, bon du pied... Excusez-moi, mais je ne vais pas vous révéler tous ses secrets, sinon ses adversaires sauront déjà comment le museler. Il lui reste six matches à jouer dans le championnat de Belgique et je sais qu'il a encore envie de marquer davantage ". GrégoryLorenzi avait déjà connu Ermin Siljak à Bastia. " Je devais avoir 12 ou 13 ans, et mon père était l'un des dirigeants du club ", se souvient l'arrière gauche des Hurlus. " Ermin, forcément, avait également huit ou neuf ans de moins, mais il possédait déjà les qualités qu'il a démontrées lors de sa première apparition sur la pelouse du Canonnier : c'est un pur attaquant, qui ne se déplace pas beaucoup mais qui a le flair pour se trouver toujours au bon endroit. Son terrain de jeu, c'est le rectangle. Il créé énormément de danger et propulse les ballons au fond des filets. C'est exactement le type de joueur dont Mouscron avait besoin. Précédemment, on avait souvent péché à la finition et le fait de savoir qu'on possède désormais un attaquant capable de concrétiser les occasions avec un très bon pourcentage de réussite, peut libérer toute l'équipe. J'ai continué à suivre la carrière d'Ermin après son départ de Bastia et je l'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir à Mouscron. Ensemble, on s'est déjà remémoré beaucoup de bons souvenirs ". PhilippeSaint- Jean doit regretter qu'Ermin Siljak n'ait pas été libéré plus tôt par Dalian Shide. S'il avait pu disposer de l'attaquant slovène, il serait peut-être toujours l'entraîneur de l'Excel aujourd'hui. " Dès le premier entraînement, tout le monde se rendait compte qu'il avait d'immenses qualités ", affirme-t-il. " Ce n'est pas un joueur très spectaculaire, mais il est très fouineur et toujours bien placé. Il encourage sans cesse ses équipiers à le servir. Il a beaucoup de métier. En fait, il a tout. Ce n'est pas pour rien qu'il a été le meilleur buteur des éliminatoires de l'EURO 2004. On l'a déjà comparé à NenadJestrovic. Ce n'est pas du tout le même style : Ermin Siljak est encore plus fouineur. Il est aussi très bien alimenté par FarukAtalay, un autre joueur dont je n'ai que trop peu disposé et qui, selon moi, peut être très complémentaire avec PacoSanchez. Mais cela, c'est un autre débat. Dans l'équipe avec laquelle j'ai dû travailler, il n'y avait qu'un seul attaquant de pointe : MarcinZewlakow. En outre, lorsque ChristopheGrégoire est parti, il a perdu son relais. Aujourd'hui, Mouscron dispose de deux attaquants de pointe et a retrouvé un pourvoyeur. C'est toute la différence ". Marcin Zewlakow estime qu'il est encore trop tôt pour tirer ses conclusions. " Ermin Siljak est certainement un bon joueur ", reconnaît-il. " Il a démontré, lors des 45 premières minutes qu'il a jouées sous le maillot mouscronnois, qu'il avait le sens du but. Mais, pour affirmer qu'on va bien s'entendre ou qu'on est complémentaire, il faudra attendre quelques matches. Je le côtoie à l'entraînement depuis plus d'un mois, mais ce n'est pas pareil. En outre, lors des petits matches, on s'est rarement retrouvé dans la même équipe. On a donc très peu joué ensemble jusqu'ici ". JonathanBourdon, le gardien de Westerlo qui fut le premier à être confronté à Ermin Siljak sur les pelouses belges, se montre plus loquace : " En 45 minutes, l'attaquant slovène a hérité de trois occasions franches et en a transformé deux en but. Et en plus, il a provoqué l'exclusion de MarioVerheyen ! Que demander de plus pour un avant de pointe ? C'est le signe d'une grande efficacité et je crois que Mouscron a réalisé une très bonne affaire en l'engageant. J'ai entendu que certains l'avaient déjà comparé à Nenad Jestrovic. C'est tout à fait cela : il est puissant, il est agressif. Sur ses deux premiers buts inscrits dans le championnat de Belgique, il en a inscrit un du pied et un de la tête : c'est le signe d'un attaquant complet. Son premier but n'était pas facile à mettre. J'ai essayé de réduire l'angle et s'il avait tiré sur ma gauche, j'étais quasiment certain de capter le ballon. Mais il a frappé sur ma droite et a placé le ballon dans un trou de souris, entre le poteau et moi. Peu d'attaquants sont capables de faire preuve d'une telle lucidité alors qu'ils sont lancés en profondeur. En fait, ce but me rappelle un peu celui inscrit par PhilipCocu lors de Lyon-PSV, la semaine dernière en Ligue des Champions. C'était un tir croisé, pas très puissant, mais drôlement bien placé. Son second goal résulte d'une tête plongeante et, il faut le souligner aussi, d'un très bon centre de KoenDeVleeschauwer. Encore fallait-il se trouver à la réception, oser plonger et avoir la précision nécessaire pour propulser le ballon au fond des filets. Ermin Siljak l'a fait ". L'expression de Jestrovic II vient de GeertBroeckaert, qui l'avait utilisée lors de la conférence de presse qui a suivi le match Mouscron-Westerlo. " Je trouve, effectivement, que l'on a découvert un deuxième Jestrovic ", confirme le nouvel entraîneur principal de l'Excel. " Ermin est un vrai buteur. A la différence de Nenad, cependant, il bouge moins. Il reste davantage confiné dans la zone de vérité. J'avais déjà décelé ses qualités depuis longtemps à l'entraînement. Si je ne l'ai pas aligné d'entrée de jeu contre Westerlo, c'est parce qu'il était parti en équipe nationale les jours précédents et que j'avais effectué toute la préparation au match en pensant qu'il ne serait pas qualifié. Je ne pouvais pas modifier tout le système qui avait été travaillé. Je devais aussi me montrer correct vis-à-vis des autres éléments qui s'étaient entraînés dans l'optique d'une titularisation. Mais je savais qu'il pouvait nous rendre de très grands services. Non seulement il est le type de joueur dont on avait besoin, mais il est le type de joueur que toute équipe aimerait posséder. Car, entre avoir un finisseur ou pas dans ses rangs, la différence est énorme. Il faut féliciter Roland Louf qui est parvenu à l'attirer à Mouscron. Maintenant, on peut déjà se demander combien de temps il restera. En principe, il a signé pour un an et demi, mais il est clair que si une bonne offre parvient au club, il risque de partir bien avant cela. Cela dit, il semble se plaire à l'Excel, et peut-être ne verrait-il pas d'un mauvais £il une collaboration prolongée. En ce qui me concerne, en tout cas, il peut rester aussi longtemps qu'il le souhaite. D'autant que c'est un vrai professionnel. Il montre l'exemple aux autres joueurs, et aux autres attaquants en particulier. Il se soigne, il s'entraîne bien, il se montre très sociable et très positif envers ses coéquipiers. Marquer est une obsession pour lui. Lorsqu'il monte sur le terrain, la première chose qu'il fait est propulser quelques ballons au fond des filets. Et s'il termine l'entraînement sans avoir marqué lors du petit match, il râle. J'ai connu bien d'autres attaquants dans le championnat de Belgique. Au Cercle Bruges, j'ai joué avec JosipWeber. Il est de cette race-là. Mais il n'a pas le même style : Josip était plus en mouvement, jouait plus sur sa vitesse. Ermin a l'art de se cacher, pour surgir au bon Daniel Devos" Il est bon de la tête, du pied... Excusez-moi, mais je ne vais pas vous révéler TOUS SES SECRETS " (Nastja Ceh) " Ce n'est pas un joueur très spectaculaire, MAIS IL EST TOUJOURS BIEN PLACé " (Philippe Saint-Jean)