Depuis les années que nous nous fréquentons à travers mes chroniques, vous faites partie de ma vie. Vos yeux qui parcourent mes mots sont pour moi un cadeau de la même vie. Je pense donc que je peux, un peu, vous livrer quelques détails de mon intimité. Sur le mur qui toise le bureau sur lequel je suis en train de vous écrire trônent les photos de mes idoles. Une sorte de mur des admirations.

Sur la gauche, David Bowie, Iggy Pop, Tom Waits, Jimmy Hendrix. Sur la droite, Joe Strummer, Ian Curtis, Mohamed Ali, Robert De Niro, Lauren Bacall. Et, juste au milieu, Eric Cantona. Plus précisément la photo de son " Kung Fu Kick ". Ce moment de suspension, de folie douce, de justice sauvage, de charisme savoureux.

48e minute d'un Crystal Palace-Manchester United étouffant. Cantona se fait exclure. Pour rentrer au vestiaire, il longe la ligne de touche. Il se fait insulter par un hooligan de Palace : " Rentre dans ton pays, sale fils de p...de Français ". Réponse du bel Eric ? Un beau " Yoko Geri " sur l'infâme auteur de l'insulte. Suivi d'un beau crochet du gauche.

Il y aura un avant et un après. L'histoire de cette icône se fait un peu plus légende. C'était le 25 janvier 1995. Nous venons de fêter les 25 ans de ce geste. Une forme de manifeste de la liberté d'assumer ce que l'on est. Des années plus tard, il dira : " C'était peut-être une erreur mais c'était moi. Je n'ai qu'un seul regret, c'est de ne pas l'avoir frappé plus fort. "

On le croit. On le comprend. On en est presque envieux. Car ce geste, quasi tous les footballeurs du monde pourvus d'un minimum de dignité en ont rêvé. À force de se faire insulter. À force d'encaisser ce " Motherfucker " hebdomadaire. Un jour, l'homme prend le pas sur le joueur. Il répond. À sa façon. Le facho de merde qui l'a insulté fait dans son caleçon. Nous, on a bon.

La suite de l'histoire est à l'image du geste. Surréaliste et bercée par l'humanité des êtres. Rentré chez lui, Alex Ferguson ne veut pas regarder les images. Il va dormir. Mais il ne trouve pas le sommeil. À 4 heures du mat', il se lève et regarde. Il est horrifié. Il décide de virer Cantona.

Mais un coup de fil va changer le cours de l'histoire. Au petit matin un ami de Sir Alex l'appelle : " Tu te souviens de notre conversation sur John Mc Enroe que tu admires tant ? Eric est le même. Incontrôlable sur un terrain, adorable dans la vie. Tu dois le soutenir ".

Ferguson change d'avis et défendra Cantona. Jusqu'au bout. Un bout qui connaîtra 9 mois de suspension. Ceux infligés au Français pour son geste. Une peine de prison est même prononcée. Ses avocats parviendront à suspendre la sentence alors que le fourgon est devant le tribunal pour l'emmener.

La presse se déchaîne. Les images tournent en boucle. Lors d'une conférence de presse télévisée, Ferguson passe à l'offensive : " Vous avez plus repassé les images du geste d'Eric que celles de l'assassinat de John Kennedy ".

En attendant, Eric se dit qu'il devrait peut-être quitter la Premier League. L'Inter Milan lui a déjà offert un contrat. Alex Ferguson va au bout de ses idées. Il se rend à Paris où Canto s'est réfugié. Les deux sont repérés. Pour quitter son hôtel et rejoindre Eric, Sir Alex sort par une porte dérobée. Un pote à Canto l'attend. Assis sur une Harley Davidson. Sir Alex met son casque et fait le tour de Paris.

Puis ils se parlent. Se comprennent. En fait, ils s'aiment. Canto restera à Manchester. Pas de KO après le chaos. Le foot a gagné. Une de ses plus belles victoires parce que Cantona à Manchester United c'est plus que du foot. C'est la vie. C'est l'évidence, c'est le bonheur. Ça inspirera même un album à Morrisey et son groupe The Smiths.

Les grands hommes se reconnaissent entre eux pour rendre notre monde meilleur. Là, je me tourne vers la droite et je regarde la photo de Mohamed Ali et je me rappelle un de ses moments d'éternité. Devant la presse, il se justifie de ne pas vouloir aller se battre au Vietnam. " Pourquoi moi, qui suis Noir je devrais aller tuer des Jaunes pour faire plaisir à des Blancs ? "

Décidément, j'ai beaucoup de chance. Je suis vraiment bien entouré.

Depuis les années que nous nous fréquentons à travers mes chroniques, vous faites partie de ma vie. Vos yeux qui parcourent mes mots sont pour moi un cadeau de la même vie. Je pense donc que je peux, un peu, vous livrer quelques détails de mon intimité. Sur le mur qui toise le bureau sur lequel je suis en train de vous écrire trônent les photos de mes idoles. Une sorte de mur des admirations. Sur la gauche, David Bowie, Iggy Pop, Tom Waits, Jimmy Hendrix. Sur la droite, Joe Strummer, Ian Curtis, Mohamed Ali, Robert De Niro, Lauren Bacall. Et, juste au milieu, Eric Cantona. Plus précisément la photo de son " Kung Fu Kick ". Ce moment de suspension, de folie douce, de justice sauvage, de charisme savoureux. 48e minute d'un Crystal Palace-Manchester United étouffant. Cantona se fait exclure. Pour rentrer au vestiaire, il longe la ligne de touche. Il se fait insulter par un hooligan de Palace : " Rentre dans ton pays, sale fils de p...de Français ". Réponse du bel Eric ? Un beau " Yoko Geri " sur l'infâme auteur de l'insulte. Suivi d'un beau crochet du gauche. Il y aura un avant et un après. L'histoire de cette icône se fait un peu plus légende. C'était le 25 janvier 1995. Nous venons de fêter les 25 ans de ce geste. Une forme de manifeste de la liberté d'assumer ce que l'on est. Des années plus tard, il dira : " C'était peut-être une erreur mais c'était moi. Je n'ai qu'un seul regret, c'est de ne pas l'avoir frappé plus fort. " On le croit. On le comprend. On en est presque envieux. Car ce geste, quasi tous les footballeurs du monde pourvus d'un minimum de dignité en ont rêvé. À force de se faire insulter. À force d'encaisser ce " Motherfucker " hebdomadaire. Un jour, l'homme prend le pas sur le joueur. Il répond. À sa façon. Le facho de merde qui l'a insulté fait dans son caleçon. Nous, on a bon. La suite de l'histoire est à l'image du geste. Surréaliste et bercée par l'humanité des êtres. Rentré chez lui, Alex Ferguson ne veut pas regarder les images. Il va dormir. Mais il ne trouve pas le sommeil. À 4 heures du mat', il se lève et regarde. Il est horrifié. Il décide de virer Cantona. Mais un coup de fil va changer le cours de l'histoire. Au petit matin un ami de Sir Alex l'appelle : " Tu te souviens de notre conversation sur John Mc Enroe que tu admires tant ? Eric est le même. Incontrôlable sur un terrain, adorable dans la vie. Tu dois le soutenir ". Ferguson change d'avis et défendra Cantona. Jusqu'au bout. Un bout qui connaîtra 9 mois de suspension. Ceux infligés au Français pour son geste. Une peine de prison est même prononcée. Ses avocats parviendront à suspendre la sentence alors que le fourgon est devant le tribunal pour l'emmener. La presse se déchaîne. Les images tournent en boucle. Lors d'une conférence de presse télévisée, Ferguson passe à l'offensive : " Vous avez plus repassé les images du geste d'Eric que celles de l'assassinat de John Kennedy ". En attendant, Eric se dit qu'il devrait peut-être quitter la Premier League. L'Inter Milan lui a déjà offert un contrat. Alex Ferguson va au bout de ses idées. Il se rend à Paris où Canto s'est réfugié. Les deux sont repérés. Pour quitter son hôtel et rejoindre Eric, Sir Alex sort par une porte dérobée. Un pote à Canto l'attend. Assis sur une Harley Davidson. Sir Alex met son casque et fait le tour de Paris. Puis ils se parlent. Se comprennent. En fait, ils s'aiment. Canto restera à Manchester. Pas de KO après le chaos. Le foot a gagné. Une de ses plus belles victoires parce que Cantona à Manchester United c'est plus que du foot. C'est la vie. C'est l'évidence, c'est le bonheur. Ça inspirera même un album à Morrisey et son groupe The Smiths. Les grands hommes se reconnaissent entre eux pour rendre notre monde meilleur. Là, je me tourne vers la droite et je regarde la photo de Mohamed Ali et je me rappelle un de ses moments d'éternité. Devant la presse, il se justifie de ne pas vouloir aller se battre au Vietnam. " Pourquoi moi, qui suis Noir je devrais aller tuer des Jaunes pour faire plaisir à des Blancs ? " Décidément, j'ai beaucoup de chance. Je suis vraiment bien entouré.