Quand il confiait une de ses armées à un maréchal ou à un général, Napoléon n'oubliait jamais de poser une dernière question : " Avez-vous de la chance dans la vie ? " Madame Soleil n'était pas encore née, mais l'Empereur croyait à la veine, au bonheur d'être né sous une bonne étoile. A Waterloo, en 1815, un de ses officiers les plus doués, Emmanuel de Grouchy ne lui prêta pas main forte au moment prévu : ce retard précipita la défaite française. Dominique D'Onofrio a gagné beaucoup de batailles en 2005-2006. Mais lors de certains moments chauds, il a été trahi par les leaders de son armée qui ont manqué de discernement, de calme et tout simplement d'intelligence.
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Quand il confiait une de ses armées à un maréchal ou à un général, Napoléon n'oubliait jamais de poser une dernière question : " Avez-vous de la chance dans la vie ? " Madame Soleil n'était pas encore née, mais l'Empereur croyait à la veine, au bonheur d'être né sous une bonne étoile. A Waterloo, en 1815, un de ses officiers les plus doués, Emmanuel de Grouchy ne lui prêta pas main forte au moment prévu : ce retard précipita la défaite française. Dominique D'Onofrio a gagné beaucoup de batailles en 2005-2006. Mais lors de certains moments chauds, il a été trahi par les leaders de son armée qui ont manqué de discernement, de calme et tout simplement d'intelligence. Avec le recul, on peut dire que Sergio Conceiçao a été son Grouchy, l'homme qui lui a manqué sous la mitraille adverse. Le stratège portugais aurait pu mettre la dernière touche au travail de Dominique D'Onofrio. Ce fut tout le contraire : sa suspension fut le grain de sable qui bloqua toute la mécanique. Orpheline de son Soulier d'Or, l'équipe eut l'un ou l'autre sursaut avant de s'effondrer dans la dernière ligne droite comme un coureur cycliste qui réalise un bon Tour de France avant d'abandonner le dernier jour sur les Champs- Elysées, à Paris. Ce sont des épreuves dont on se remet difficilement mais elles ne doivent pas masquer le chemin parcouru. Au cours de ces dix dernières années, des noms connus ont dirigé le vestiaire rouge : Robert Waseige, Jos Daerden, Aad de Mos, Daniel Boccar, Luka Peruzovic, Tomislav Ivic, Jean Thissen, Henri Depireux, Michel Preud'homme. Il y eut des flambées mais personne n'a tenu le coup aussi longtemps que Dominique D'Onofrio, coach en chef depuis 2002 avec les résultats suivants : 7e, 3e, 3e, 2e. Si ce n'est pas une montée en puissance du Standard, c'est bien imité. Dominique D'Onofrio a largement participé à ce renouveau. En 2004-2005, c'est au terme de tests matches spectaculaires face à Genk que le Standard rata son rendez-vous avec la Coupe d'Europe de l'UEFA. Là aussi, Conceiçao eut ses mérites et ses torts. Le Portugais bonifia le jeu de son équipe mais rata un penalty décisif lors du dernier match de la saison à Ostende et fut privé de la deuxième manche du duel face à Genk pour excès de cartes jaunes. Cette saison, il ne manque que la cerise (titre) mais le gâteau est européen avec une crème fraîche Ligue des Champions. Si un autre que DD avait obtenu ce résultat, n'aurait-on pas crié au miracle ? Car, il faut le dire, le noyau du Standard était qualitativement moins bon que celui d'Anderlecht ou de Bruges. Souvent secoué par des allées et venues, privé de Conceiçao et d' Igor De Camargo en fin de course, l'effectif a cédé comme un élastique sur lequel on tire trop. Dominique D'Onofrio n'a-t-il pas cette patte de lapin qui fait la différence ? Y a-t-il une autre explication ? Manque-t-il de charisme gagnant ou de vista tactique dans les moments où il faut faire la différence ? Non. Ses moyens et son arsenal tactique n'étaient pas les mêmes que ceux des autres grands de la D1. A Anderlecht, les choix furent certes trop prudents mais l'équipe avait brûlé toutes ses réserves. Epuisée, elle pouvait faire illusion, pas plus. Dominique D'Onofrio n'a pas de vécu de joueur en D1. Son ascension n'en est que plus belle et il a su vivre dans le bas de l'échelle, rebondir de plus en plus haut, faire preuve de résistance tout au long de son parcours. Cette résilience lui a permis de tenir le coup face aux incessantes références à son frère. A ce jeu-là, les chiffres plaident en sa faveur. Il faut rendre à César ce qui appartient à César : les trois présences sur le podium s'expliquent par la qualité de son travail et cela lui a valu l'estime de ses pairs. C'est sans aucun doute un sujet de fierté mais ce coach a souvent souligné qu'il ne bénéficierait jamais du crédit d'un ancien joueur de D1. Il se trompe. Cela a alimenté le discours de ceux qui doutent de ses potentialités. Ses campagnes en rouche auraient dû balayer tous ses doutes. A sa façon, il a été un précurseur, a creusé un sillon dans lequel d'autres coaches des séries inférieures se sont jetés : Francky Dury, José Riga, etc. Leur travail mérite le respect. Dury n'a-t-il pas décroché le titre d'Entraîneur de l'Année ? DD aurait fait un beau vainqueur aussi. En plus de ses qualités, Dury a su être fier de son arrivée en D1. Le coach du Standard aussi mais il a toujours véhiculé un petit complexe par rapport aux géants de la corporation. Cette recherche de reconnaissance est un peu son problème. La communication du Standard a été catastrophique. Elle n'a pas su mettre les mérites de son coach en avant. La fête qui clôtura la dernière soirée à Sclessin fut mal organisée, mieux elle aurait dû être annulée et l'entraîneur n'aurait jamais dû être jeté en pâture dans la cage aux lions. C'est bien cet accueil du public qui l'a incité à déposer son tablier. La direction était contente de son travail à la tête d'un groupe difficile. Car même si la conclusion aurait pu être plus glorieuse, l'objectif a été atteint. Mais DD ne voulait plus revivre cela et il a désormais d'autres possibilités : effectuer un travail de scouting aux côtés de Michel Preud'homme ou donner une suite à la proposition de deux autres clubs. DD a pensé que sa situation devenait intenable. Si le stade n'apprécie pas une deuxième place, quelle sera sa réaction en cas de départ difficile la saison prochaine ou d'une élimination lors du dernier tour qualificatif de la Ligue des Champions. Au Standard, il estime probablement qu'on lui offrira toujours des bouquets d'épines, jamais des brassées de compliments. Il est probable que la direction a mesuré ce danger en acceptant la décision de son dernier coach. Des noms ont circulé la semaine passée de Georges Leekens à Jacky Mathijssen en passant par Marc Wilmots, Jos Daerden, Walter Meeuws, Artur Jorge, Rolland Courbis et bien sûr le monstre du Loch Ness, Eric Gerets. Une des priorités était de trouver un mentor libre, sans contrat le liant à un autre club. Une fois de plus, il faudra une forte personnalité afin de maîtriser un vestiaire toujours explosif. Le groupe accueillera d'autres visages mais il y a plus en jeu. Le nouveau centre d'entraînement du Sart Tilman va devenir un outil de travail très important. Le successeur de DD devra forcément garder les jeunes à l'£il. Il n'est pas normal que tant de promesses du Standard percent brillamment ailleurs (cf. l'article en page 34). Frans Masson et Claudy Dardenne ont abattu un gros travail aux côtés de Dominique D'Onofrio. Le nouveau coach comptera-t-il sur eux ? Et qui prendra la place de Stéphane Demol qui a rejoint le staff de l'équipe nationale ? Preud'homme travaille beaucoup afin de déblayer des pistes mais qui prendra sa succession s'il montait bientôt en grade à l'Union Belge ? Dominique D'Onofrio lui-même ? Le Standard est à nouveau en chantier. L'histoire souligne les succès des courants limbourgeois et français au Standard. Sur les huit titres nationaux qui figurent au palmarès du Standard, cinq ont été remportés avec la collaboration d'un technicien de l'Hexagone. En 1958, André Riou avait soudé la première équipe championne. C'était un communicateur hors pair. Cinq ans plus tard, un autre coach français, Jean Prouff, remplacé en cours de saison par un Autrichien naturalisé français, Gusti Jordan, posa les jalons d'un autre titre. De 1969 à 1971, l'Alsacien René Hauss réalisa un formidable triplé. A part un bref passage de Lucien Leduc de janvier à juin 1976, le Standard n'a plus fait appel à la filière française. L'heureux élu devra avoir de la présence, de la tchatche et cette chance qui, depuis 1998, boude un peu Lucien... Bonaparte. PIERRE BILIC