Il parle comme un politicien défendant bien sa cause et peu de joueurs de D1 ont une telle élocution. Ce n'est pas pour rien qu'on lui donna autrefois le surnom de "Fidel Casto". A gauche du terrain, il a très bien mené sa barque jusqu'à présent. Enfant de Manage, Marco Casto avait seize ans quand Casimir Jagiello le lança en D3 à La Louvière. Le président des Loups de l'époque, Pietro Palmieri, l'adorait, mais le destin l'appela en 1989 au Sporting de Charleroi où il fut pris en mains par Georges Heylens, lancé dans le bain par Luka Peruzovic, confirmé par Robert Waseige et Georges Leekens.
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Il parle comme un politicien défendant bien sa cause et peu de joueurs de D1 ont une telle élocution. Ce n'est pas pour rien qu'on lui donna autrefois le surnom de "Fidel Casto". A gauche du terrain, il a très bien mené sa barque jusqu'à présent. Enfant de Manage, Marco Casto avait seize ans quand Casimir Jagiello le lança en D3 à La Louvière. Le président des Loups de l'époque, Pietro Palmieri, l'adorait, mais le destin l'appela en 1989 au Sporting de Charleroi où il fut pris en mains par Georges Heylens, lancé dans le bain par Luka Peruzovic, confirmé par Robert Waseige et Georges Leekens. Il y a quatre ans, Marco Casto coupa le cordon ombilical carolo et ancra ses ambitions dans un nouveau port d'attache: le Canonnier. A ce moment-là, pour tout le monde, il prenait le risque de faire un pas en arrière. Hugo Broos venait d'arriver à l'Excel, les frères Mpenza avaient signé au Standard, tout le monde se demandait si Mouscron ne manquerait pas de souffle après des débuts tonitruants en D1. "Il est évident que je n'oublierai jamais mon passé à Charleroi", dit Marco. "On a vécu de belles choses comme, par exemple, la finale de la Coupe de Belgique à l'époque de Robert Waseige avec une superbe équipe : Olivier Suray, Raymond Mommens, Cedomir Janevski, Eric Van Meir, Neba Malbasa, Pär Zetterberg, Michel Rasquin, Dante Brogno, etc. La suite fut plus chaotique et de nombreux coaches, et pas des moindres, se sont cassé le nez car Charleroi était miné par de nombreux problèmes internes. J'étais assez inquiet pour la suite de ma carrière et, dans le fond, je suis parti pour faire fructifier mon travail. Je ne me suis pas trompé: Mouscron était le bon choix même si j'ai eu, à l'époque, des offres de l'étranger. J'ai trouvé un club bien organisé, qui n'a cessé de progresser dans sa modernisation. Mouscron est devenu une valeur sûre de D1. J'y ai trouvé une vraie sérénité". Le protégé de Freddy Luyckx a récemment été approché par le Standard. On en a tout de suite fait un feuilleton. A 29 ans, Marco Casto mesure que cette offre est une de ses dernières chances de militer dans un grand club belge. "Je ne le cache pas: j'ai envie de jouer au Standard", affirme-t-il. "Anderlecht, Bruges et le Standard donnent une autre dimension à un joueur. Bart Goor a pris son envol quand il a quitté Genk pour Anderlecht. Sans cela, il ne serait jamais devenu un Diable Rouge à part entière. En restant à Ekeren, Didier Dheedene n'aurait pas obtenu un transfert à Munich 1860. Peter Van der Heyden a des atouts mais ce joueur ne se serait certainement pas frayé un chemin jusqu'en équipe nationale via Alost: il doit ses sélections à Bruges. J'ai pensé à tout cela quand le Standard m'a contacté. Mon manager a très vite trouvé un terrain d'entente avec le Standard: pour mon contrat personnel, il n'y avait pas le moindre petit souci. Je me suis longuement entretenu au téléphone avec Michel Preud'homme. Pour lui, je suis une priorité, un pion important sur le flanc gauche. Sa philosophie très offensive me plaît. Le Standard sera fort la saison prochaine, jouera en Coupe d'Europe, et quelque part, il y a aussi l'équipe nationale. Tout le monde en rêve, moi de même: cela deviendrait plus facilement réalité en jouant au Standard qu'à Mouscron. Les deux clubs n'ont hélas pas trouvé d'accord". Les données étaient claires: Casto avait une clause libératoire d'un montant de douze millions. Elle expirait au-delà du 1er mai et, finalement, c'est le Standard qui n'a pas été assez rapide sur la balle. Marco Casto est légalement lié aux Hurlus jusqu'en 2003. Les Hennuyers ne veulent pas discuter avec Sclessin à moins de vingt-cinq millions, somme qui serait nécessaire pour trouver un remplaçant à Casto à l'étranger."J'étais aussi venu à l'Excelsior car Broos croyait en moi", se souvient Marco Casto. "A l'époque, il venait d'être sacré champion de Belgique avec Bruges et le fait d'être choisi par lui constituait un honneur. J'ai parfois eu des bas, je me suis retrouvé sur le banc, j'ai joué au back gauche alors que cela ne me plaisait guère, mais je me suis endurci et j'ai progressé". A Mouscron, Casto est devenu un chef de file. C'est pour cela que Broos veut le garder et Preud'homme s'en emparer. A l'heure actuelle, tout est bloqué. D'autant plus que les Hurlus ont toujours en travers de la gorge les circonstances du transfert des frères Mpenza. Aujourd'hui encore, Mouscron n'a pas du tout abandonné ses espoirs d'obtenir gain de cause devant la justice et de récupérer deux cents millions. Michel Preud'homme a beau s'entendre à merveille avec Jean-Pierre Detremmerie, quand il est question de gros sous, la donne change. Marco Casto est donc quelque part prisonnier d'une situation qui le dépasse. La suite de sa carrière sera-t-elle hypotéquée par cette adversité? Si le Standard a besoin de Casto, le prix n'est finalement pas trop élevé pour un joueur de ce calibre. Michel Preud'homme rêve de la technique de ce petit bonhomme et de sa frappe très pure sur les phases arrêtées. Les balles de Marco Casto seraient du caviar pour les tours du style Ole-Martin Aarst, Eric Van Meir ou Daniel Van Buyten. Le coach du Standard sait qu'on ne fait pas beaucoup mieux en Belgique que Marco Casto dans ce rôle. Si le Standard vend Ivica Dragutinovic, il y aura urgence à gauche. "La balle n'est pas dans mon camp", certifie Marco Casto. "Je suis quand même un peu étonné que ma valeur double entre le 30 avril et le 1er mai mais c'est bien ce qui est stipulé sur papier. La Belgique est engagée sur la voie de la phase finale de la Coupe du Monde. Tout le monde a envie de s'y rendre, moi aussi. Pour cela, il faudrait que je joue au Standard. Oui, je suis ambitieux. J'ai goûté à ces plaisirs avec les Aspirants. Je veux être prêt si Robert Waseige faisait appel à moi". Marco Casto a-t-il peur de vivre le même destin que Dante Brogno, un des meilleurs dans son genre en Belgique mais qui ne porta jamais la tunique nationale? La réalité pour le moment, c'est déjà la fin des vacances que les Casto ont choisi de passer chez eux. Il y a encore quelques travaux à terminer autour de cette maison pour laquelle Marco et son épouse ont flashé. Moderne, elle s'élève élégamment dans le ciel d'Anderlues. Endroit très calme, idéal pour un sportif de haut niveau. Il sera bientôt temps de repenser à Mouscron: "Dès qu'on a évoqué l'intérêt du Standard, Broos m'a contacté. A ses yeux, je suis un élément de base de Mouscron. Il veut me garder car l'Excel a des défis à relever. Broos m'a fait paisir en disant cela. Si je continue à Mouscron, ce ne sera pas avec des pieds de plomb. Je suis un pro. Pas question de tirer la tête ou d'être moins enthousiaste. Ce n'est pas mon style et je sais que le travail ne manquera pas. La saison passée avait bien démarré mais je n'ignorais pas que ce serait difficile. Mouscron s'était quand même séparé de la moitié de sa ligne médiane. Stefan Tanghe est parti à Utrecht et on a cru que Dejan Mitrovic le remplacerait du jour au lendemain. Dejan est peut-être le meilleur technicien de D1. Il est phénoménal des deux pieds mais joue plus haut que Tanghe. Ce ne sont pas les mêmes joueurs. Enfin, il y a surtout eu le transfert d' Yves Vanderhaeghe à Anderlecht. Mouscron avait perdu son grand essuie-glaces, son point d'appui dans l'entrejeu, son battant qui va sans cesse au charbon. Un duo Vanderhaeghe-Mitrovic aurait suscité la sensation. Même si Nenad Jestrovic nous a beaucoup aidés, il était impossible de tourner aisément la page. Il faudra remettre l'ouvrage sur le métier avec Zoran Ban et Geoffrey Claeys: j'y crois, c'est tout à fait possible". Marco Casto lance tout cela avec conviction, mais dans ses yeux, on devine pas mal de regrets en... rouche. Pierre Bilic