A Gosselies, le Roi Albert Ier monte la garde devant Le Montmartre, la taverne que Rudy Moury, 38 ans, gère depuis un an et demi. L'ancienne Flèche Wallonne, comme ses amis aimaient l'appeler, a pris un coup de jeune.
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A Gosselies, le Roi Albert Ier monte la garde devant Le Montmartre, la taverne que Rudy Moury, 38 ans, gère depuis un an et demi. L'ancienne Flèche Wallonne, comme ses amis aimaient l'appeler, a pris un coup de jeune. Silhouette impeccable, il a retrouvé les longs cheveux bouclés qui soulignaient ses raids sur le flanc gauche des Francs Borains, du Sporting Charleroi, du Germinal Ekeren, de La Louvière et du FC Liège où sa carrière se termina en 2002. Borain de naissance, Carolo d'adoption, Rudy Moury adore Paris comme l'enseigne de sa taverne le dit : Le Montmartre. Personne ne pourrait imaginer que la quarantaine approche à l'horizon de sa vie : " Je n'y pense pas. Je ne voulais pas rester dans le foot. Ce sport m'a beaucoup apporté mais je lui ai tout donné. Sous des airs cool, je stressais sans cesse. Le football m'a bouffé la vie et, sans le renier, j'avais besoin de m'en écarter. Je sais où est mon sac de sport. Je ne l'ouvre plus, je ne contemple plus les souvenirs de ma carrière. C'est comme si je ne voulais plus être confronté, pour le moment, avec ce que j'ai vécu. Ce furent souvent de bons moments, très grisants, mais on ne vit pas avec le passé. Il faut savoir tourner la page, penser à autre chose, car la vie ne fait que commencer ". Pour Rudy Moury, pas question de devenir entraîneur : " " Professionnel de 1989 à 2002, j'ai sans cesse été commandé. Je ne voulais plus recevoir des ordres. Je devais donc devenir indépendant. Puis, par hasard, Place Albert I, à Gosselies, j'ai repéré un commerce à remettre. C'était un café qu'il fallait requinquer. J'ai flashé, ma femme aussi. Il fallait démolir, peindre, trouver du mobilier. Ce fut un travail très physique et j'ai mis la main à la pâte ". A Gosselies, tout le monde connaît la Place Albert I, au lieu-dit Le Calvaire. Patron dans l'horeca, c'est parfois un chemin de croix ? " Chez nous, on ne s'accoude pas au comptoir ", dit-il. " Les clients s'attablent et cela crée un climat paisible, idéal pour discuter, déguster une bonne bière, siroter un petit noir bien serré. Moi, au départ, je ne savais pas servir une bière pression mais ma femme, Nathalie, bien car elle est la fille du regretté Jean-Claude Fievet, ancien joueur des Zèbres et qui a longtemps tenu la cafétéria du Sporting. Tout le monde est le bienvenu chez nous : l'ouvrier, le cadre, l'employé, le passant, le client occasionnel. Chacun aura droit à un grand bonjour. Ma femme et moi travaillons six jours sur sept et nous fermons à 21 heures au plus tard. J'apprécie ce contact avec les clients. Je suis le foot via la presse. Je me passionne surtout pour le sport cycliste que mon père a toujours apprécié. Pour garder la forme, je roule d'ailleurs avec des copains plusieurs fois par semaine : une soixantaine de kilomètres lors de chaque sortie. Cela me fait un bien fou. Je pèse 75 kg, deux de moins que mon poids de forme en tant que footballeur. Pas mal, n'est-ce pas ? Il faut se soigner. Je me rendrai, comme chaque année, sur le parcours de Paris-Roubaix. Avec mes copains, je m'arrête chaque fois au même endroit, le Chemin des Abattoirs, à Orchies. L'ambiance est indescriptible : attente dans une petite auberge, passage des galériens de la route dans un Enfer du Nord chauffé à blanc. L'année passée, on y a fait la fête, une java pas possible, après la victoire de Peter Van Petegem. Je suis speedé mais heureux. Quand j'ouvre la taverne le matin, je ne connais pas ma prime de match : je ne sais pas ce que je vais gagner. C'est motivant car cela demande une remise en question permanente ". Cette réflexion au quotidien était une des images de marque de ce footballeur qui s'arrachait toujours au profit de la cause commune. Né à Mons le 1er mars 1966, il entama sa carrière au SC Boussu-Bois qui devint le FC Boussu/Elouges en 1982 puis le Royal Francs Borains trois ans plus tard. Il débute en Promotion en 1983-84 et ce sera l'entame d'une longue promenade à travers toutes les séries supérieures du football belge : Promotion et D3 avec les Francs Borains, D2 sous les couleurs de La Louvière et de Liège, D1 en portant le maillot du Sporting Charleroi, du Germinal Ekeren et des Loups du Tivoli. " Les Francs Borains avaient tout pour arriver en D1 avant Mons ", se souvient-il. " En 1985-86, nous avons atteint les demi-finales de la Coupe de Belgique. Hélas, le Cercle Bruges était plus rusé que nous. Avant cela, nous avions sorti St-Trond et Seraing. Ce fut génial. J'ai travaillé avec de bons coaches comme Guy Fromont, Casimir Jagiello et notre stade, Vedette, était parfait. Mais les Francs Borains, c'était surtout le club d'un fantasque président, Jean Zarzecki. Il était généreux mais dépassait parfois les bornes. Il suivait le FC Barcelone de près et revint jour de Catalogne en disant : -J'ai tout compris. Je connais le comment et le pourquoi du succès de la tactique du Barça. On va faire la même chose, ça ira. Jean Zarzecki était persuadé que les Francs Borains joueraient aussi bien que la bande à Johan Cruijff. Un jour, il secoua un entraîneur parce que Guy Dardenne avait raté un penalty ". Après avoir passé deux ans en Promotion (1983 à 1985) et quatre ans en D3 (de 1985 à 1989), Rudy Moury est recruté par Jean-Pol Spaute et les Zèbres. Du Borinage au Pays Noir, c'est un pas de géant, un monde de différence. Crin Blanc paye cette adaptation au prix fort : fin de son premier mariage et un fils qu'il voit moins souvent. Après une saison de galère, sous la direction d' Eric Van Lessen et de Georges Heylens, le Borain est au bord du gouffre. Charleroi lui propose un transfert à Mouscron qui jouait encore en D3. " Là, j'ai pesté. Je me suis dit que Charleroi respecterait le contrat de deux ans ", se souvient-il. " Pas question de décamper comme Georges Heylens le souhaitait. A la reprise des entraînements, lors d'un match entre titulaires et réserviste, j'ai mis Léo Vander Elst dans ma poche. Je l'ai bouffé tout cru mais Georges Heylens ne me retint pas pour le stage d'été à l'étranger. Ranko Stojic, qui avait du poids, s'adressa au coach : - Et le gaucher avec ses cheveux longs, où est-il ? " J'étais resté en Belgique. Un peu plus tard, je dépannais au Lierse en Coupe de Belgique. Je suis monté au jeu à la place d' Olivier Suray. J'aurais arraché la pelouse. Charleroi était mené 1-0. Didier Beugnies égalisa sur penalty. Un peu plus tard, je me suis présenté devant le gardien de but lierrois. Il repoussa la balle vers Geert Hoebrechts qui marqua le but de la qualification. Mon apport avait été décisif. Quelques jours plus tard, je jouais contre Anderlecht en championnat. Jean-Pol Spaute pouvait se permettre de dire à Heylens : - Maintenant, tu ne peux plus t'en passer. Je dois beaucoup à l'ancien président carolo. Il connaît le football comme personne et a déniché des tas de talents en D3 et en Promotion, parfois même en séries provinciales : Dante et ToniBrogno, Christian Vavadio, Philippe Albert, Daniel Van Buyten, Marco Casto, Fabrice Silvagni, Eric Van Meir, Olivier Suray, Roch Gérard, Laurent Wuillot, Frédéric Jacquemart, Drazen Brncic, etc. Grâce à lui, Charleroi recrutait à deux pas et cela identifiait le club à sa région. Dans le livre consacré au Centenaire des Zèbres, Spaute a évoqué ses recrutements en précisant : -Celui dont je suis le plus fier, c'est Rudy Moury. Pour moi, c'est le plus beau des compliments. Charleroi ne devrait pas se passer d'un tel dirigeant, d'une aussi grande compétence. Les Zèbres étaient une bande d'amis. La fête, on connaissait. Cela nous a mené jusque en finale de la Coupe de Belgique en 1993. Ce jour-là, le Standard dépassa les bornes de l'engagement physique sans que l'arbitre, Alphonse Costantin ne bronche. C'était pas normal. Après le match, Michel Rasquin affirma :-On s'est fait niquer. Cette finale sentait mauvais... Nous ne prenions pas toujours Michel au sérieux mais nous avons compris plus tard ce qu'il voulait dire quand Costantin est devenu directeur du Standard ". Moury a adoré travailler avec Robert Waseige mais c'est LukaPeruzovic qui lui a laissé les souvenirs les plus forts : " C'était un prince et un énorme bosseur. Il m'a donné une autre dimension. Et j'ai appris à jurer en serbo-croate, c'est parfois utile. Un soir, à Belgrade, après l'élimination de l'Etoile Rouge en Coupe de l'UEFA par Ekeren, cela m'a permis de sympathiser avec le barman de notre hôtel. Les consommations des joueurs se retrouvèrent, par hasard bien sûr, sur la note d'un dirigeant. Il en avait bu du champagne, celui-là ". S'il joua à Ekeren en 1997 c'est parce que Charleroi lui refusa une augmentation de contrat mille fois méritée. La direction prit ses vacances en estimant que le bougre ne quitterait jamais les Zèbres. Ekeren lui proposa de doubler son contrat. " J'ai une tête de Borain, dure comme la houille. J'ai voulu prouver qu'on m'appréciait ailleurs. Ce fut la plus grosse erreur de la carrière. J'ai été blessé, certes, mais j'ai surtout découvert un club ultra froid. Le président Jos Verhaegen se croyait tout permis avec son fric. Les gens rampaient devant lui. S'il avait demandé à un sponsor de faire le poirier, ce dernier l'aurait fait. Cela ne marchait pas avec moi. Son ego était dix fois plus grand que celui de Jean Zarzecki, c'est pas peu dire. Après une saison, je suis parti, j'étais libéré ". De 1998 à 2001, cet amateur de bons vins se retrouva au Château La Louvière et y vécut trois grandes récoltes : " Je suis avant tout un Zèbre de c£ur mais j'ai été un Loup très heureux grâce à Filippo Gaone. Sur le plan humain, Gaone est le Spaute du Centre. La Louvière n'aurait jamais retrouvé la D1 sans lui. En D2, c'était resto après chaque succès. Je suis devenu un expert en pizzas et vins italiens. Au terme de notre deuxième tour final, Marc Grosjean nous propulsa en D1. Hélas, la campagne des transferts ne fut pas assez performante. Marc Grosjean paya les pots cassés : dommage. Daniel Leclercq débarqua. Aucun coach ne m'a autant impressionné par sa présence, son aura, sa force de caractère. Rien qu'à voir Leclercq, certains joueurs chiaient dans leur froc. Moi pas, je l'ai même imité en fin de saison : il a apprécié ". Embêté par une blessure au tendon d'Achille, il refuse l'offre de Daniel Leclercq de s'occuper de l'entraînement des Juniors et rejoint Marc Grosjean pour une pige d'un an, en 2001, à Liège. Là, il joua notamment avec un certain Luigi Pieroni. " Beaucoup de talent, frappe des deux pieds, excellent jeu de tête ", se rappelle Rudy Moury. " Il me demandait souvent des conseils. Je lui ai dit qu'il atteindrait les sommets à une condition : éliminer dix kilos au plus vite. Luigi était grassouillet, avait des cuisses énormes. Son régime lui a été utile. Il a eu la chance aussi d'opter pour un club qui lui convenait : Mouscron. Il faut aussi le coup de pouce du destin : si Leo Van der Elst avait répondu à l'attente, Charleroi aurait peut-être hésité à lancer Dante Brogno. " n Pierre Bilic" Après la FINALE CONTRE LE STANDARD, Rasquin affirma : -ON S'EST FAIT NIQUER. Cette finale sentait mauvais "