Philippe Collin, le président de la Commission technique, conserve le même émerveillement face à ce que ses Diables Rouges ont effectué. A l'aéroport de Zaventem, avant le départ pour Zagreb, il nous avait confié être impressionné par le réservoir de talent de la Belgique. " Et maintenant, on voit éclore des Adnan Januzaj, Youri Tielemans ou Zakaria Bakkali. Le seul bémol, c'est que tous ces joueurs évoluent dans l'entrejeu. J'aurais préféré davantage de dispersion au niveau des postes ", avait-il dit. Dans la zone mixte du stade Maksimir, quelques minutes après la qualification, il en remet une couche. " Même si on percevait le talent de ce groupe, je ne savais pas à quelle vitesse celui-ci allait progresser. J'ai l'impression que cette campagne qualificative a accéléré leur maturité. Certes, ces joueurs manquent encore un peu d'expérience. Notamment celle des grands tournois ; on ne sait pas non plus comment ils peuvent s'adapter à un changement tactique en cours de match mais je reste bluffé par leur sérénité. Ils ne souffrent pas de la pression. Moi, j'ai connu des joueurs qui jouent déjà le match deux fois dans leur tête avant le coup d'envoi. Avec cette génération, ce n'est pas le cas. "
...

Philippe Collin, le président de la Commission technique, conserve le même émerveillement face à ce que ses Diables Rouges ont effectué. A l'aéroport de Zaventem, avant le départ pour Zagreb, il nous avait confié être impressionné par le réservoir de talent de la Belgique. " Et maintenant, on voit éclore des Adnan Januzaj, Youri Tielemans ou Zakaria Bakkali. Le seul bémol, c'est que tous ces joueurs évoluent dans l'entrejeu. J'aurais préféré davantage de dispersion au niveau des postes ", avait-il dit. Dans la zone mixte du stade Maksimir, quelques minutes après la qualification, il en remet une couche. " Même si on percevait le talent de ce groupe, je ne savais pas à quelle vitesse celui-ci allait progresser. J'ai l'impression que cette campagne qualificative a accéléré leur maturité. Certes, ces joueurs manquent encore un peu d'expérience. Notamment celle des grands tournois ; on ne sait pas non plus comment ils peuvent s'adapter à un changement tactique en cours de match mais je reste bluffé par leur sérénité. Ils ne souffrent pas de la pression. Moi, j'ai connu des joueurs qui jouent déjà le match deux fois dans leur tête avant le coup d'envoi. Avec cette génération, ce n'est pas le cas. " A Zagreb, on a senti cette euphorie que l'équipe belge sème dans son sillage. Trente-cinq journalistes suivaient les Belges à Belgrade, il y a un an. Ils étaient 66 à Glasgow et 81 à Zagreb. Pendant toute la semaine, on a croisé la télévision allemande (ZDF), hollandaise (NOS) et plusieurs médias français (TF1 et Eurosport) que l'on sent plus intéressés et séduits par l'équipe belge que par la sélection de Didier Deschamps. Dans la nuit de vendredi à samedi, les cris des supporters belges résonnèrent jusqu'à 4 h du matin dans le centre de Zagreb. " Je n'avais jamais été réveillé par des supporters étrangers. Généralement, ce sont les Croates qui dictent le ton en matière de fête ", nous raconte le standardiste de notre hôtel. La délivrance a donc été à la mesure de l'attente. Et les Croates bluffés. Car, il n'y a pas que dans les bars que les Belges ont fait impression. Sur le terrain, la maîtrise affichée par cette génération en or a séduit la presse croate. " De mémoire, je ne me souviens pas d'un match où la Croatie a été aussi impuissante, tellement privée de ballons ", affirme Davorin Olivari, journaliste au Sportske Novosti. De Zagreb, on revient certes avec une qualification mais aussi avec des éclaircissements. Sur la vision de Marc Wilmots notamment. Et si vous doutiez de sa rigueur de travail, il suffit de l'écouter parler de sa façon de fêter la qualification : " Je suis rentré chez moi ; il était 1 h 30 du matin ; tout le monde dormait ; j'ai alors ouvert une bouteille de champagne, bu deux verres ; j'ai regardé les résultats des autres matches et les images des supporters belges sur la Grand-Place. C'était beau. Puis, j'ai commencé à réfléchir au prochain match ". Sa force de travail, on la connaissait mais de match en match, il révèle un peu plus sa ligne conductrice qui évolue très peu. Dans la semaine qui a précédé le match en Croatie, tous les médias qui étaient dans le sillage des Diables Rouges, ont spéculé sur le onze de base, scrutant toutes les phrases de Wilmots en conférence de presse. Au final, le sélectionneur national est resté fidèle à ses principes. Il a tracé une hiérarchie dans ce groupe et s'adapte aux circonstances et aux blessés mais également à la forme du moment. Le tout sans trop toucher à ses fondamentaux. Christian Benteke, blessé, il était naturel de confier les clés de l'attaque à Romelu Lukaku. Et pourtant, des interrogations subsistaient. A chaque fois qu'il a fallu se priver de Benteke dans cette campagne, Wilmots avait opté pour l'option du shadow striker, ce faux attaquant à l'image de Kevin Mirallas au Pays de Galles ou d'Eden Hazard en fin de rencontre à Zagreb. Wilmots renforçait lui-même ces doutes en parlant de Lukaku quelques jours avant le match en ces termes : " C'est important que l'attaquant garde le ballon pour permettre à l'équipe de souffler. Romelu doit encore mieux se servir de son corps pour garder le ballon et permettre à l'entrejeu de surgir. " Avec le recul, en termes de communication, on ne peut expliquer cette sortie. Car, quand il s'agit de titulariser, dans un match de cette importance, un attaquant qui n'a jamais débuté un match officiel durant cette campagne, on a tendance à gonfler ses qualités pour le placer en confiance. Certains ont vu derrière cette phrase les vrais questionnements qui tiraillaient Wilmots. Pourtant, au bout du compte, Wilmots est resté fidèle à la hiérarchie et a voulu profiter de la confiance débordante qui habitait l'attaquant d'Everton. Choix gagnant. Cette ligne de conduite du sélectionneur est visible dans tous ses onze de base et ses choix de sélection. A la fois classiques et innovants. Classiques car il demeure fidèle à son groupe. Laurent Ciman a toujours été repris ; depuis la suspension de Jean-François Gillet, il a opté pour Koen Casteels comme troisième gardien malgré un certain lobbying qui poussait Silvio Proto ; il a conservé dans l'équipe des garçons comme Toby Alderweireld, Daniel Van Buyten, Kevin De Bruyne malgré leur peu de temps de jeu dans leur club. Et dans sa liste pour la Croatie et le Pays de Galles, il n'a sélectionné ni Michy Batshuayi, ni Thorgan Hazard que toute la presse voyait intégrer le groupe. D'un autre côté, Wilmots a montré qu'il savait innover. Il a mené à bien le dossier Bakkali ; il utilise parfaitement son banc valorisant à tour de rôle Moussa Dembélé, Nacer Chadli ou Steven Defour, qui ont tous reçu des grandes responsabilités durant ces éliminatoires. " Il y a la confiance, une base défensive et un banc qui a toujours répondu présent. Depuis 15 mois, chacun connaît son rôle. J'ai bien aimé la petite phrase d'Igor Stimac quand il dit que son banc ne lui a pas tout donné. Chez moi, c'est l'inverse. Tout le monde a participé. Je ne me lamente pas quand il y a un blessé. Si un joueur n'est pas là, ce n'est pas grave, j'en prends un autre ", explique Wilmots. Maintenant que les Diables ont obtenu leur ticket qualificatif pour le Brésil, on va vivre les prochains matches au rythme de la liste des 23, des blessures, des performances et contre-performances des joueurs. Qui va émerger ? Qui va sauter ? Qui sera le malheureux poissard et blessé de ce groupe ? Wilmots a montré dans sa sélection pour la Croatie et le Pays de Galles qu'il allait vraiment falloir exploser ou être un phénomène pour intégrer la liste des 23. A moins d'une grosse surprise ou d'une blessure, le groupe actuel sera le même que celui qui partira vers le Brésil. Seule la pauvreté de temps de jeu de certains pourrait compliquer la donne. Cependant, on imagine mal les sélectionnés actuels ne pas demander un prêt de six mois, en janvier, en cas de long séjour sur le banc dans leur club actuel. Tout est donc déjà connu ? Non car Wilmots a l'habitude de retenir 24 joueurs. On peut donc déjà dire qu'il lui faudra couper une tête. Les trois gardiens semblent être connus. Thibaut Courtois et Simon Mignolet sont indéboulonnables. La régularité de leur prestation, le haut niveau de leur club respectif (l'Atletico et Liverpool) en font des certitudes. Courtois a vraiment bien construit sa carrière, en obligeant Chelsea à le prêter en Espagne depuis trois saisons. Quant à Mignolet, il a franchi un palier en signant à Liverpool cet été mais les prestations de Courtois n'en feront qu'un numéro deux au Brésil. Frustrant pour quelqu'un qui serait titulaire indiscutable dans 90 % des équipes nationales du monde. Reste le choix du numéro trois : Casteels a profité de la suspension de Gillet. Sa présence en Allemagne et son statut de titulaire à Hoffenheim lui offrent une visibilité auprès d'un sélectionneur qui connaît les rigueurs de la Bundesliga comme sa poche. Cependant, Casteels, pas aidé par sa défense, a déjà encaissé 20 buts cette saison, pire bilan allemand. Même le promu, Braunschweig a pris moins de buts (18) ! Cette statistique ne joue évidemment pas en sa faveur. Mais, derrière, c'est un peu le désert. Proto s'est tiré une balle dans le pied en déclinant une place sur le banc. Bruges, le Standard et Genk ont des portiers étrangers. Dans l'axe de la défense, Wilmots a débuté ces éliminatoires avec Vincent Kompany et Thomas Vermaelen comme certitudes, les nommant capitaine et vice-capitaine. Kompany est le relais de Wilmots sur le terrain, le guide des jeunes et un formidable défenseur... quand il est épargné par les blessures. Souvent blessé avant d'arriver en Angleterre, il avait accumulé les rencontres à son arrivée à City. Depuis deux ans, le revoilà ennuyé par les pépins physiques qui l'ont notamment privé des deux derniers déplacements. Quant à Vermaelen, les blessures et sa disgrâce à Arsenal, l'ont fait redescendre dans la hiérarchie. Il s'envolera à coup sûr au Brésil, tant ses qualités de leader et son exemplarité dans un groupe sont importantes mais son statut de titulaire indiscutable a pris du plomb dans l'aile. D'autant plus que ses remplaçants, Van Buyten et Lombaerts, ont été impeccables dans les deux dernières rencontres. Van Buyten est passé du statut de " capitaine de route ", un peu à la Timmy Simons, à un statut de titulaire. A 35 ans, il est plus fort que jamais. Et surtout plus sûr. Il vit d'autant mieux cette qualification et a profité d'autant plus de cette campagne qualificative qu'elle pourrait être sa dernière. " J'ai pris chaque moment avec beaucoup de plaisir ", a-t-il dit à Zagreb. " Pour la suite, il y a plein de questions qui se bousculent dans ma tête. Tout est indécis. Tout peut s'arrêter très vite. " Lombaerts a également montré tout son talent, tant en Ecosse qu'en Croatie. Beaucoup le voyaient davantage comme une roue de secours, capable de dépanner aussi bien à gauche que dans l'axe mais il a prouvé que son meilleur niveau ne se situe pas loin de celui des titulaires. Enfin, il reste la solution Jan Vertonghen, qui, après Kompany, est peut-être le meilleur défenseur central de ce groupe, compte tenu du fait que Vermaelen ne joue plus, que Van Buyten est remplaçant au Bayern et que Lombaerts est polyvalent. Certains en faisaient même un favori pour débuter à côté de Van Buyten en Ecosse. Mais Wilmots n'aime pas bouleverser tous ses postes quand il y a moyen de n'en modifier qu'un seul. Vertonghen est donc prioritaire... mais à gauche. Il a grandi au fil de la campagne et a apporté beaucoup sur le plan offensif. Reste à corriger son placement défensif face à un ailier rapide ou quand l'adversaire part dans son dos. A gauche, Sébastien Pocognoli s'érige en remplaçant numéro un. Depuis le match amical contre la France, sa cote a grimpé auprès de Wilmots et il a acquis un statut de titulaire à Hanovre. Néanmoins, il fait partie de ceux qui restent en balance (d'autant plus que Lombaerts peut évoluer à ce poste). Plus qu'un autre, sa présence au Brésil passe par un rôle de titulaire toute la saison. A droite, Toby Alderweireld a pris le pas sur Guillaume Gillet, titulaire lors des deux premiers matches. Alderweireld est clairement le numéro un du poste. Mais il n'a pas le talent de Vertonghen à gauche et pour le moment, il ne joue pas à l'Atletico, ce qui pourrait fragiliser sa position. Au profit de qui ? Peut-être pas de Gillet, vraiment pas fameux avec Anderlecht ces derniers mois. Reste la solution Laurent Ciman, lui aussi cité parmi les éléments qui pourraient sauter, mais dont la polyvalence (il peut jouer à droite et dans l'axe), le fait qu'il soit titulaire au Standard, et la fidélité de Wilmots (qui l'a toujours repris) jouent en sa faveur. Si les places semblent encore ouvertes en défense, elles le sont beaucoup moins dans l'entrejeu tant celui-ci regorge de talent. Sauf blessure, Axel Witsel, Marouane Fellaini, De Bruyne et Hazard sont assurés du voyage au Brésil. Defour a marqué des points (au point de s'ériger en titulaire incontournable dans le triangle médian) même si son statut hybride à Porto (mi-titulaire, mi-remplaçant) peut jouer contre lui. Dembélé et Chadli ont toujours fait partie du groupe et ont rendu de précieux services. Même chose pour Kevin Mirallas, qui offre la particularité de jouer sur les flancs, dans une position plus médiane ou en attaque. Si Wilmots ne prend que deux attaquants, il reste la place pour deux médians. Timmy Simons, le sage et le guide de ce groupe, le seul avec Van Buyten a connaître les pièges d'une vie en groupe lors d'un grand tournoi, paraît incontournable. Une seule place demeure. Dries Mertens, incontournable en début de campagne, a perdu de sa splendeur. Son statut de remplaçant à Naples l'éloigne du groupe, d'autant plus qu'il souffre de l'arrivée de la révélation Zakaria Bakkali. Les deux peuvent évoluer sur l'aile et offrent le même profil (petit, rapide et technique). En attaque, deux noms sont certains : Benteke et Lukaku. La question est de savoir s'il faut en prendre d'autres. Wilmots joue toujours avec un pivot capable de déménager une défense et de tenir le ballon. Or, derrière ces deux-là, peu de noms répondent à ce profil. Igor de Camargo n'entre plus vraiment en ligne de compte. Parmi les joueurs en forme, Pelé Mboyo est celui qui y ressemble le plus. Mais faut-il prendre un autre profil, permettant éventuellement de varier les systèmes ? Pas sûr. Car si Wilmots veut changer de système en amenant de la profondeur ou de la vitesse, il peut toujours miser sur Mirallas. Voire même sur un petit format du genre Hazard comme il l'a déjà fait. Ceux qui évoluent dans le championnat belge partent de très loin, même si des Mboyo ou Jelle Vossen ont déjà goûté à une sélection. Michy Batshuayi (20 ans) doit encore grandir. Il pourrait griller tout le monde à condition de conserver ce niveau tout le championnat. Jelle Van Damme a un pied dans le groupe, un en dehors. Il devra attendre la méforme d'un joueur ou une blessure pour l'intégrer complètement. Par contre, ceux qui brillent à l'étranger, où le niveau et la concurrence sont plus vifs, peuvent encore espérer. Wilmots a dit que des joueurs comme Radja Nainggolan (25 ans) ou Yannick Ferreira-Carrasco (20 ans) ne se situent plus très loin du groupe. Comme Thorgan Hazard (20 ans) d'ailleurs. Mais la jeunesse des deux derniers incitera sans doute Wilmots à les faire rentrer en ligne de compte à partir des éliminatoires pour l'EURO 2016. Reste le cas Januzaj. Il faut qu'il confirme tout le talent entraperçu face à Sunderland et qu'il opte pour la Belgique mais si les deux conditions sont réunies, pourra-t-on se passer d'un extra-terrestre ? Et si non, qui en fera les frais ? PAR STÉPHANE VANDE VELDE À ZAGREB - PHOTOS: IMAGEGLOBE" A moins d'une blessure ou d'une grosse surprise, le groupe actuel sera celui qui partira au Brésil. " " Pourra-t-on se passer d'un extra-terrestre comme Januzaj s'il confirme et s'il opte pour la Belgique ? "