Dans notre numéro du 3 octobre, nous avions évoqué à la fois le mécontentement qui régnait au Club Bruges, les problèmes relationnels de Georges Leekens avec une partie du noyau, ainsi que les directives tactiques douteuses de l'entraîneur. Un joueur avait prédit une suite explosive. Et Bruges avait très mal pris notre article. Mais l'onde de choc s'est bel et bien produite. Dimanche soir, un mois à peine après nos révélations.
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Dans notre numéro du 3 octobre, nous avions évoqué à la fois le mécontentement qui régnait au Club Bruges, les problèmes relationnels de Georges Leekens avec une partie du noyau, ainsi que les directives tactiques douteuses de l'entraîneur. Un joueur avait prédit une suite explosive. Et Bruges avait très mal pris notre article. Mais l'onde de choc s'est bel et bien produite. Dimanche soir, un mois à peine après nos révélations. Le lendemain de la défaite au Lierse, le Club a réitéré sa confiance en Leekens. Peu d'entraîneurs survivent à un 2 sur 15 dans un grand club mais, en plus d'un dédommagement colossal, son renvoi faisait perdre également la face aux responsables de son engagement. L'entraîneur, jadis si féru de discipline, n'a plus eu assez de force mentale pour contrôler son noyau. Ses étranges changements tactiques ont fait naître le doute et provoqué des discussions internes. Celles-ci peuvent s'avérer positives, le cas échéant, mais Leekens a persisté dans ses choix douteux tout en se répandant dans des explications ô combien tarabiscotées. Après le revers 1-0 à Newcastle, il avait, contre toute attente, parlé de son équipe, avec une certaine fierté. Idem au seuil de la défaite contre Lokeren, où il louait encore la mentalité exemplaire des siens. Au Lierse, cadre d'une nouvelle défaite, le discours changea subitement du tout au tout. Ce coup-ci, il était d'avis que chacun devait présenter ses excuses aux supporters et au président. Pour la première fois, l'homme a alors montré son vrai visage : celui d'un entraîneur abattu qui, enfin, renonçait à jouer un rôle face aux caméras. Longtemps, le Club a été conservateur, un brin poussiéreux mais très uni. En 2003, lorsqu'il en est devenu président, Michel D'Hooghe l'a modernisé. Après la parenthèse Pol Jonckheere, Bart Verhaeghe a opéré un changement radical, qui semblait nécessaire, même si le nouveau président héritait d'un club dénué de dettes et disposant même de solides réserves. Bart Verhaeghe est un bosseur. L'homme des décisions rapides, aussi. La patience n'est pas sa principale vertu. En affaires, il a réussi sans le moindre soutien. Il a avancé en " voyant grand et en osant commettre des erreurs ", comme il le répète. Cela mérite le respect. Fin stratège, il est aussi passionné de football et ambitieux. Il y a un an, quand Christoph Daum est devenu l'entraîneur du Club, il a avoué être impressionné par la vision de Verhaeghe, ajoutant toutefois qu'il fallait concilier vision et concepts. Bart Verhaeghe a poursuivi sur sa lancée. La reprise du Club entrait dans ses projets et les questions suscitées sont pour le moins étranges. Les sites ont répercuté des réactions plutôt négatives alors que l'investissement ne peut qu'aider le Club à aller de l'avant. Seulement, les visées de Verhaeghe sont mal perçues. On prend sa volonté de construire lui-même un stade pour un conflit d'intérêts alors que les plans ont été dévoilés en janvier 2007 et que Verhaeghe y a été impliqué quelques mois plus tard. Le fait que le projet piétine a d'ailleurs certainement joué dans la décision de Michel D'Hooghe de se retirer de la présidence : son club ne pouvait plus progresser et il était las des man£uvres de retardement, qu'il imputait à des bisbrouilles politiques. Ces projets ne peuvent cependant occulter la réalité : après le renvoi de Georges Leekens, le Club oscille entre tragédie et renouveau. Bart Verhaeghe ne s'est pas entouré des bonnes personnes à tous les niveaux. Engagements, licenciements, changements de plans s'enchaînent, surtout au niveau sportif. Mais, sur le terrain, on ne voit pas la différence. Il n'y a jamais eu autant de blessures, les prestations sont mauvaises. Si Bart Verhageghe embauche des personnes hautement qualifiées et vient de trouver des partenaires solides pour son projet brugeois, il ne parvient pas à opérer les bons choix au sein du club. Georges Leekens ne porte pas seul la responsabilité de la chute du Club. Il était confronté à des joueurs dotés d'un égo surdimensionné. Leekens, un modèle d'engagement, de discipline quand il était joueur, n'a pas bien compris la mentalité actuelle. Avant lui, Adrie Koster avait déjà perdu son emprise sur le groupe. Leekens a trop pris la défense de ses hommes vis-à-vis des observateurs. Il ne semblait plus rester grand-chose de l'entraîneur qui ne lâchait jamais la bride. Il a même qualifié de modèle le brutal Jonathan Blondel. Il s'est amolli alors qu'il succédait à Christoph Daum, qui s'en était résolument pris à l'anarchie menaçante. Koster, Daum, Leekens, que de ruptures de style... Georges Leekens n'est pas parvenu à couler le Club dans le bon moule. L'équipe manque de stabilité défensive alors qu'avant, Leekens s'appuyait sur une solide organisation à l'arrière. La saison passée, sous la férule de Daum, le Club avait cette assise car l'Allemand estimait qu'on ne pouvait jouer offensivement sans être sûr de ses arrières. Son entrejeu s'appuyait aussi sur plus de récupération, avec des joueurs qui se repliaient. L'avalanche de blessures n'a pas facilité la naissance d'automatismes mais ce n'est pas vraiment une excuse avec un noyau aussi étoffé. Mû par le désir de remporter enfin un titre, le premier depuis 2005, le Club a enrôlé vingt joueurs en l'espace d'un an et demi. Cela porte le nombre de transferts à 71 depuis le dernier titre et le départ de Trond Sollied. Quand Christoph Daum a décidé de quitter Bruges, Bart Verhaeghe a réagi dans la foulée. Il avait pensé au Norvégien StaleSolbakken et à l'Allemand Ralf Rangnick mais le premier a opté pour Wolverhampton et le second, en proie à une dépression, a préféré un poste de directeur technique. Après le dur Daum, il fallait un entraîneur de renom. Or, Leekens a fait belle impression durant ses entretiens avec la direction. Il s'est exprimé avec verve et passion. Nous nous étions demandé, à l'époque, si le président, si novateur, ne commettait pas une erreur en optant pour un entraîneur conservateur. Dimanche, le match contre Zulte Waregem était celui de la dernière chance pour Georges Leekens. À la demande du groupe, il a procédé en 4-4-2 alors qu'il avait préféré le 4-3-3 pendant des semaines. Le Club n'a pas eu de prise sur un Zulte Waregem bien équilibré. Le public a fait preuve d'une patience étonnante. Leekens n'a pas bougé du banc pendant la deuxième mi-temps et ensuite, il a déclaré qu'il ne renonçait jamais. Ce n'étaient que des leurres car il ne pouvait rester en poste après un 2/18. Une heure après le match, il a été limogé. Les rumeurs de sabotage ont refait surface. Le mariage entre Georges Leekens et le Club était voué à l'échec. L'entraîneur a recours à des méthodes dépassées et sa jovialité forcée ne lui a pas valu le respect du groupe. Georges Leekens ne convenait pas à ce Club Bruges, ni dans ses méthodes ni dans son analyse des prestations de l'équipe, face à la presse. S'il aime à parler du cran néerlandais, il préfère le rôle de l'underdog. Cela a dû énerver prodigieusement Bart Verhaeghe, qui rayonne toujours d'une ambition sans bornes. Bart Verhaeghe a mal jaugé la situation. Les hommes d'affaires qui s'investissent en football manquent souvent de bagage sportif. Ce n'est pas grave s'ils s'entourent bien ou, mieux, écoutent les autres. Si le président de Bruges effectue un bilan de son mandat, il doit battre sa coulpe : il en est à son quatrième entraîneur en 21 mois. Il n'a plus droit à l'erreur. Il y a un an, Christoph Daum a immédiatement imposé sa philosophie. Mais est-il tenté par une nouvelle aventure ?PAR JACQUES SYSLeekens préfère le rôle de l'underdog ce qui a dû énerver Verhaeghe, aux ambitions sans bornes.