Smoje : " Il a remplacé mon frère tué en auto "

Dario Smoje, qui joue à Gand, a grandi à Rijeka et vécu dans la même rue que Bosko Balaban : " Mon frère Dag est décédé dans un accident d'auto il y a quatre ans. Depuis, Bosko est un frère pour moi. Nous étions toujours ensemble, tous les trois. Lors de l'accident, Bosko était en Angleterre mais il est venu à l'enterrement et m'a soutenu, comme je l'ai fait quand il a eu des problèmes avec son ancienne amie. Il m'offre toujours un chouette cadeau pour mon anniversaire. Une fois, il m'a acheté un ordinateur. Il savait que j'envisageais d'en acquérir un et m'a précédé.
...

Dario Smoje, qui joue à Gand, a grandi à Rijeka et vécu dans la même rue que Bosko Balaban : " Mon frère Dag est décédé dans un accident d'auto il y a quatre ans. Depuis, Bosko est un frère pour moi. Nous étions toujours ensemble, tous les trois. Lors de l'accident, Bosko était en Angleterre mais il est venu à l'enterrement et m'a soutenu, comme je l'ai fait quand il a eu des problèmes avec son ancienne amie. Il m'offre toujours un chouette cadeau pour mon anniversaire. Une fois, il m'a acheté un ordinateur. Il savait que j'envisageais d'en acquérir un et m'a précédé. Beaucoup d'enfants de notre rue ont eu une jeunesse difficile. Nous n'avions pas vraiment le bon exemple sous les yeux mais le football nous a aidés : les voyages, la discipline... Que serions-nous devenus si nous n'avions pas pratiqué le football ? Nos parents ne pouvaient pas nous offrir tout ce dont nous avions besoin. En mesurant le chemin accompli, nous pouvons être satisfaits. Nos parents s'entendaient bien aussi. Jouer au foot dans la rue constituait notre principale activité. Plus tard, nous avons préféré les entraînements à l'école, parfois à raison de deux séances par jour. Nos professeurs ne trouvaient pas ça marrant : nous étions souvent absents à cause des tournois. Peut-être étaient-ils jaloux ? En Croatie, tout le monde n'a pas l'occasion de devenir médecin. Beaucoup de jeunes cherchent donc une issue via le sport. On nous a placés dans une catégorie d'âge supérieure. On nous considérait comme de bons footballeurs. Nous étions ravis. Avant de faire la connaissance de sa femme, Bosko avait beaucoup de succès auprès des femmes. Une belle époque... Les voisins nous portaient aux nues, parce que nous réussissions en football. Au bout de deux ans, je suis parti en Italie, Bosko a rejoint l'Angleterre après quatre ans. Gamin, Bosko était plutôt un dribbleur. Il joue plus intelligemment maintenant. Très jeune, il avait déjà du talent et de l'ambition. Nous nous entraînions beaucoup. GabrielBatistuta était alors son favori : sa manière de jouer, ses longs cheveux, son look. Il a toujours eu un bon tir. Il l'a encore peaufiné au Dinamo Zagreb. Plus le coup franc est éloigné, mieux c'est : le ballon a le temps de retomber. Il a toujours rêvé du cham-pionnat d'Italie, même s'il n'est plus ce qu'il a été. Ce football lui convient. Et il aime les beaux vêtements et le style de vie italien. C'est un bon vivant ". Tonci Martic a joué à Mouscron et est depuis lors devenu manager chez Star Factory. Il a jadis effectué une revalidation en Croatie avec Balaban, chez le même médecin. " Nous nous sommes entraînés ensemble pendant deux semaines chez le Dr. Apula, très renommé. Il a travaillé avec JohanCruijff et MichaelSchumacher. J'y étais pour ma jambe, Bosko pour une blessure à la cheville. J'ai donc découvert davantage l'homme que le footballeur. J'ai entendu dire qu'il se prenait pour Alain Delon ! De prime abord, on a en effet cette impression. On le dit parfois prétentieux mais il n'est pas ainsi quand on le connaît. Passer du Dinamo Zagreb à Aston Villa représentait une avancée fabuleuse. Déçu de n'avoir pas réussi en Angleterre, il a atterri au Club Bruges. Sur ces entrefaites, il s'est blessé au genou. Il a été dégoûté du football. Il n'avait plus envie de jouer. Je lui ai demandé quel âge il avait : il n'avait que 24 ans. Je lui ai dit : - Si tu marques deux buts, ne serait-ce qu'à l'entraînement, tu retrouveras le plaisir de jouer. De fait, il était super heureux d'avoir continué. Savez-vous ce qui se cache derrière son irrégularité et ses allures ? Il est devenu international très jeune, il a immédiatement trouvé le chemin du but et est devenu une vedette puis une étoile du football croate. Il a rapidement émigré, a été déçu par son transfert et sa blessure : il a récolté des tas de bonnes choses en peu de temps et puis sa vie a dégénéré aussi vite. Cela influence toujours un jeune footballeur ". Mario Stanic, qui l'a précédé au Club Bruges, a connu le succès à Chelsea et a suivi attentivement la carrière de Balaban : " Savez-vous ce que j'attends encore de lui ? Qu'il marque encore plus aisément. Son tir est formidable. De tous les joueurs avec lesquels j'ai évolué, seul Enrico Chiesa lui était comparable. Je suis grand - 1m87 - et on pouvait prédire ce que j'allais faire, contrairement à Bosko, surtout quand il tire. Il a un feeling incroyable. C'est pour ça qu'on l'aligne. En plus, c'est un garçon correct et sympathique. Il joue effectivement pour marquer. Il a le sens du but, un bon tir, il est un des meilleurs spécialistes des coups francs. Il a un bon pied gauche, un bon jeu de tête et de la vitesse. Sinon, quand on veut trouver des aspects négatifs, on y arrive toujours. Le footballeur parfait n'existe pas. Ronaldinho n'est pas bon du gauche... Sa cheville n'est pas aussi mal en point que mon genou mais chaque fois qu'il est en Croatie, il consulte le médecin. Il était très bon à Rijeka et au Dinamo Zagreb, jusqu'à ce qu'il commence à souffrir. Mais bon, son articulation n'est pas en plus mauvais état que celle de 90 % des footballeurs. Aston Villa, où il a fort peu joué, a constitué un moment charnière de son parcours. J'ai achevé ma carrière internationale quand il a entamé la sienne. Quand j'étais à Chelsea, je l'ai raisonné : le Club Bruges constituait un bon choix. J'avais vécu une situation analogue au Benfica : je n'y jouais pas et j'ai donc signé à Bruges. Bosko devait jouer pour progresser ". Darko Pivaljevic, actif au Cercle, démontre que Serbes et Croates peuvent s'entendre. " L'année dernière, j'ai senti qu'il resterait en Belgique, même s'il recevait une autre offre, mais il était déçu parce qu'il ne jouait pas bien. Depuis l'arrivée d' EmilioFerrera, je découvre un autre Bosko. Il s'est métamorphosé en quelques jours. Il était si heureux... Cette saison aussi, je vois un autre Balaban sur le terrain car il se sent mieux. Il n'a pas besoin d'entraîneur pour lui dire s'il a été bon ou mauvais. Il le sait pertinemment. Quand il n'a pas bien joué, il est déçu. Il est essentiel pour lui de parler pour digérer le problème. A ce moment, il faut éviter de lui dire qu'il a été mauvais. Il faut le soutenir, comme on le ferait avec un enfant ! Il ressent la confiance que lui témoigne Ferrera. Ils parlent beaucoup ensemble. C'est un garçon tout à fait normal, juste un peu susceptible dans certains domaines. Il est très ouvert quand il constate qu'on lui fait confiance. Il aime la musique, un peu comme tout le monde, mais lui est fana de musique croate, un croisement entre la pop et le folk. Il veut tout avoir sur son iPod. Il aime la cuisine japonaise. Nous sommes allés au restaurant japonais, une fois. Epouvantable ! Lui trouvait ça génial. Il raffole du poisson. Il vient d'une région côtière où cela ne manquait pas. Il a aussi un bateau ". Ivan Leko est son coéquipier au Club. Les deux Croates habitent la même rue : " Si la Croatie lui manque ? Ici, il doit vivre en fonction du football. Là-bas, on a une autre idée du sport, de la vie. Nous sommes plus volcaniques. Nous vivons 24 heures sur 24. Nous ne nous limitons pas à rentrer à la maison, à regarder la télévision et à aller dormir à 21 heures. Boire un verre, aller dîner, rencontrer ses amis, jouer au football, au tennis... Il est difficile de tourner la page quand on a vécu là pendant 25 ans. Bosko aime le Club et son ambiance. Il dit toujours que c'est dommage que la Croatie n'ait pas un Club Bruges. Jouer devant 25.000 supporters, être aimé, cela le sublime. Il veut en donner encore plus. L'appréciation des gens est vraiment très importante pour lui. Il était une vedette à Zagreb mais il y en avait d'autres. Ici, il est la seule vedette du groupe. Oui, un Club Bruges en Croatie serait l'idéal pour lui. Il sait qu'il est une star ici donc il se comporte en star puisqu'il y est obligé, qu'il joue comme une star. C'est très simple, en fait. Mais dans la vie de tous les jours, il est comme nous. Il y a 15 ans, lors de nos débuts communs en équipes nationales d'âge, il était encore un enfant. Il n'a jamais été calme, il n'est jamais resté dans l'ombre mais il est attaché à sa famille. Sa femme et lui sont très populaires en Croatie. Sa famille lui donne la force de travailler. Elle est tout pour lui. Nous sommes presque tous les jours ensemble, avec nos familles. Il ne parle pas beaucoup de football à la maison : il y a une ligne de démarcation. Le football est son travail. Mélanger vie privée et professionnelle n'est pas sain car on risque de laisser libre cours à son caractère et à son agressivité à la maison. Il est une des rares personnes pour lesquelles je ferais tout. L'inverse est également vrai. S'il le faut, il est même prêt à effectuer l'aller-retour en Croatie en une journée. Ses amis comptent beaucoup pour lui. Il veut être constamment entouré de gens qui lui font du bien. Il téléphone, il parle. Il est très comique, surtout quand il est en forme. Bosko n'est jamais ennuyeux. Il ne cesse de blaguer, sans avoir de mauvaise intention car il se prend lui-même pour cible. Quand il a raté une occasion, il ne cesse de répéter : - Je suis vraiment un mauvais joueur. Je ne suis pas assez bon pour ce club. S'il a fait quelque chose de travers à l'entraînement, il se demande ce qui lui est encore passé par la tête. Voilà comment il est, entre amis. Ce n'est pas un manque d'assurance, non : il a suffisamment de confiance, bien assez même... En Croatie, il a appris que nous sommes très émotionnels : chacun doit savoir que vous êtes heureux, on ne parle à personne quand ce n'est pas le cas et on doit surmonter seul une crise. Il ne fait jamais de show, il est ainsi fait. Sur une journée, il peut être très gai à cinq reprises puis, très nerveux l'espace de deux ou trois instants. Il réagit alors à des bêtises comme si c'étaient les choses les plus importantes au monde. Quelques minutes plus tard, il rigole de nouveau ". RAOUL DE GROOTE