D'abord les chiffres bruts, et ils sont cruels. Guy Luzon a coaché 14 matches du Standard en début de saison, Ivan Vukomanovic en est à 13 après la défaite face à Bruges. La conclusion mathématique ? Comme BesnikHasi à Anderlecht, l'ancien adjoint ne fait pas mieux que le T1 viré (voir encadré). La situation est-elle si simple ? Il faut relativiser, notamment tenir compte de la qualité des adversaires.
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D'abord les chiffres bruts, et ils sont cruels. Guy Luzon a coaché 14 matches du Standard en début de saison, Ivan Vukomanovic en est à 13 après la défaite face à Bruges. La conclusion mathématique ? Comme BesnikHasi à Anderlecht, l'ancien adjoint ne fait pas mieux que le T1 viré (voir encadré). La situation est-elle si simple ? Il faut relativiser, notamment tenir compte de la qualité des adversaires. Par exemple, en 8 matches de championnat avec son nouveau coach, le Standard est allé à Anderlecht, à Genk et à Charleroi (9 points sur 9), et il a reçu Bruges. En Coupe, l'adversaire était le tenant du trophée, Lokeren. Et en Europa League, il y a eu deux affrontements avec Séville. Analyse des 60 premiers jours de Vuko comme patron sportif du Standard en partant des états d'âme qu'il a lâchés depuis son intronisation. 20 octobre : Luzon est dégagé, le Standard est onzième du classement, à quatre points de la sixième place. 15 décembre : huitième place, à deux points du Top 6. Donc, le progrès chiffré est là. Les play-offs ne sont toujours pas une utopie malgré deux tiers de phase classique cochonnés. A côté de cela, les Rouches n'ont plus que le championnat pour s'occuper alors qu'à la fin de la période Luzon, la Coupe de Belgique était toujours au programme et il n'y avait rien de mal fait en Europa League (une victoire et une défaite - imméritée, à Feyenoord). Luzon n'a jamais réussi à faire fonctionner la machine depuis l'été. Les victoires liégeoises ont été poussives pour la plupart. Et donc, l'équipe changeait régulièrement. Dans ces cas-là, il y a parfois une excuse toute trouvée : il faut donner du temps de jeu à chacun, continuer à impliquer tous les joueurs. Mais la première explication était ailleurs : l'Israélien changeait ses batteries parce qu'il n'était pas content de plusieurs joueurs et parce qu'il ne trouvait pas les solutions. Vukomanovic ne fait pas beaucoup mieux. Gagner à Anderlecht, à Genk et à Charleroi, c'est bien mais ce n'était pas très beau. Après la victoire dans le clasico, il a même reconnu que ce n'était pas sa priorité : " Je veux d'abord que mon équipe soit intelligente et organisée derrière. Le but n'est pas de faire jouer directement le Standard comme un grand club de Ligue des Champions. Ce qu'on veut, c'est retrouver le chemin de la victoire. " Sa première décision spectaculaire a été de faire sauter Eiji Kawashima et de le remplacer par YohannThuram. On aurait pu croire, lors des premiers matches avec Vuko, que ça expliquait la transformation totale de la défense. Autant elle prenait des buts avec Luzon, autant elle était intraitable lors des premiers matches avec le nouveau coach. Avec le recul, il faut déchanter. Le Standard prend à nouveau des casquettes (trois buts contre Séville, Ostende, Feyenoord et Bruges, quatre contre Lokeren), des défenseurs qui semblaient redevenus bons sont à nouveau à côté de leurs pompes, la composition de cette ligne évolue régulièrement, Thuram fait aussi une belle floche de temps en temps. Et pour ce qui est de Kawashima, son match de la semaine passée face à Feyenoord résume à nouveau son problème : une boulette pour trois bons arrêts, c'est sa moyenne. Sa confiance en lui est passée sous le zéro. Au niveau de la tournante, Vukomanovic poursuit dans la lignée de Luzon. Lui aussi aime changer son équipe. Il a laissé souffler des titulaires contre Feyenoord. Une bonne décision alors que le Standard manque d'automatismes, alors que ces joueurs ne sont quand même pas confrontés à un programme démentiel et alors que le public a droit à la meilleure équipe possible ? Pour la deuxième fois d'affilée en tout cas, ce club quitte l'Europa League avec un bonnet d'âne et l'impression générale qu'il était possible de faire beaucoup mieux. Toujours en ce qui concerne le jeu, on peut mettre à son crédit le fait de prendre chaque adversaire au sérieux et de vouloir l'attaquer là où ça peut lui faire mal. Luzon était tellement sûr de lui qu'il parlait peu de l'équipe d'en face. Vukomanovic voit les choses autrement. Par exemple quand il dit que " mon animation offensive dépend du club qui joue en face de nous ". Ou quand il explique que " je prépare mes joueurs à tous les scénarios possibles. C'est pour ça que j'aime visionner des matches de nos adversaires. J'observe comment ils jouent chez eux et à l'extérieur, ce qu'ils changent quand ils sont menés au score, et d'autres choses encore. Oui, nous nous adaptons un peu à l'adversaire. " Ivan Vukomanovic reconnaît que " le départ de Luzon a fait de la peine aux joueurs. Dès le premier jour, tout le groupe avait eu un bon contact avec lui. On a souvent bien rigolé ensemble et ce n'est pas drôle quand un homme comme lui doit partir du jour au lendemain. " On en revient au parallèle avec Anderlecht. John van den Brom passait bien dans le groupe parce que, lui aussi, il était sympa. Et surtout, parce qu'il ne demandait pas trop d'efforts aux joueurs. Idem pour Luzon, qui n'est pas un forçat du travail au quotidien. Un footballeur pro reste un footballeur pro, avec ses envies de ne pas trop en faire si ça ne lui est pas imposé ! Les joueurs avaient également un excellent contact avec Vukomanovic, l'adjoint. Dans un premier temps, après être devenu T1, il est resté lui-même. Et les résultats lors des premiers matches ont suivi, il n'y avait donc pas de raison de changer. Mais depuis la nouvelle crise avec quatre défaites coup sur coup avant le bref sursaut à Charleroi, son discours évolue clairement. Fini, l'ex-T2 qui protégeait ses hommes contre vents et marées. Son discours en public, devenu saignant, illustre son changement d'attitude. Son " Je veux voir des guerriers sur le terrain " lâché la veille du match contre Feyenoord est un bon résumé de son état d'esprit actuel. Pour bien faire passer son message, il fait des rappels à sa propre carrière, cite des situations et des noms. " Les joueurs du Standard avaient le cul dans le beurre, ils étaient un peu trop gâtés. Les équipes qui viennent à Sclessin ne font plus dans leur pantalon. Quand je jouais à Lokeren, on savait qu'on risquait fort de prendre des coups en venant ici. Cette mentalité, on l'a perdue. Donc, je vais continuer la route avec des gars qui veulent devenir meilleurs et joueront avec le couteau entre les dents. Ils doivent être prêts à mourir sur le terrain pour leur club. Ce n'est pas donné à tout le monde de gagner sa vie en faisant un métier qu'il aime. Ils doivent à nouveau prendre conscience que c'est un privilège d'être sportif professionnel. " Et encore ceci : " Je leur ai dit qu'il fallait remettre les protège-tibias à l'entraînement. En Russie et en Allemagne, les footballeurs sont habitués à ça. Quand j'étais en Russie, c'était carrément une obligation et on recevait une amende de 1.000 euros si on ne les mettait pas. Le football est un sport de contacts, on joue les matches comme on s'entraîne. Je vais appliquer cette philosophie. Un entraînement ne peut pas être une partie de plaisir, c'est du sérieux (...) De cette période difficile, j'ai appris que je devais peut-être me montrer plus dur. Fabio Capello a déclaré un jour qu'on ne pouvait pas être un bon entraîneur si on était apprécié par tous ses joueurs, qu'il valait mieux être détesté par certains de ses joueurs qu'apprécié par tous. Maintenant, je vais penser plus souvent à ces paroles sages (...) J'ai toujours voulu faire passer les choses de façon très humaine. Peut-être qu'il faut parfois durcir le ton, et s'il le faut, je le ferai. Je vais voir qui a encore envie de tout donner, et au besoin, je ferai jouer des jeunes. " Après ces discours et ces menaces, comment faut-il interpréter le simulacre de match et d'engagement face à Feyenoord ? Il n'y avait plus d'enjeu mais il aurait dû y avoir de l'honneur. On n'a rien vu. Et donc, Vukomanovic en a remis une couche. Il ne s'est plus contenté d'expliquer ce qu'il allait faire, comment il allait s'y prendre dans les prochaines semaines. Il a détaillé durement ce qu'il venait de voir. " Ils n'ont pas joué avec le couteau entre les dents. Ils n'étaient nulle part sur certains duels. Mes joueurs doivent se poser des questions. Des matches européens comme celui-ci, ça doit faire rêver les footballeurs. Et quand tu reçois ta chance après une période difficile, tu dois la saisir. Celui qui ne le fait pas, il doit se remettre en question. " Et pour résumer la soirée, " le Standard est un bon club. Quand tu peux jouer ici, il ne suffit pas d'être là et de regarder le temps passer. Il faut toujours s'engager et réagir. Même quand l'adversaire est plus fort. Quand j'étais joueur, j'étais fâché si je perdais un match à l'entraînement. Donc vous imaginez, en Coupe d'Europe et à domicile... " Les débuts de Vuko ont été fantastiques, la suite beaucoup moins (" Un départ canon suivi d'un creux ", résume PoloMpoku). L'équipe a re-perdu pied dès que le président a transformé son dépannage en contrat de T1 jusqu'à la fin de la saison au moins. Y a-t-il un lien ? " J'y ai pensé ", a dit le Serbe. " Honnêtement, je me suis demandé s'il n'y avait pas un relâchement chez mes joueurs après ma confirmation. " A-t-il pris des mauvaises décisions ? " J'avoue que je me suis posé des questions. Si les joueurs sont parvenus à relever la tête et que, subitement, ils replongent, c'est peut-être que mon approche n'était pas bonne. Je me suis remis en question en me demandant ce que j'avais fait de mal pour qu'on en arrive là. " Il s'est aussi posé cette question : " Est-ce que mon message passe encore ? " On a l'impression de voir, par moments, un coach qui doute autant que ses joueurs. Quand il analyse un match, le Serbe dégage toujours la même élégance, la même classe, le même bon sens. La mauvaise foi, ce n'est pas son truc. On en a eu une nouvelle illustration le week-end dernier. Après avoir signalé que le Standard venait de disputer un de ses meilleurs matches à domicile cette saison (bilan : 8 points sur 27 !), reconnu le talent brugeois et même souhaité bonne chance à la bande à Michel Preud'homme, il a mis le doigt où ça fait très mal. Morceaux choisis : " On a plusieurs interrogations. On a une équipe, un effectif. Ce qui est dans le vestiaire aujourd'hui, c'est l'équipe du Standard. " Lourd de sens. Traduction : c'est trop court. Encore ceci : " Dans la plupart des matches, on a la volonté, l'envie. Mais ce n'est pas suffisant pour gagner. Et quand je regarde le classement, ça ne donne pas un bon goût ! Dès demain, on va se pencher sur le mercato de janvier. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS: BELGAIMAGE" Les équipes qui viennent à Sclessin ne font plus dans leur pantalon. " " Capello a dit qu'il valait mieux être détesté par certains de ses joueurs qu'apprécié par tous, je vais penser à ces paroles sages. "