S'il est question de foot-ball (écrit en deux mots), dès 1855, dans une brève du Courrier de l'Escaut, il n'en faut pas moins attendre plus d'un demi-siècle, à partir de cette date, pour qu'un premier livre en bonne et due forme soit consacré au sport-roi. Il est intitulé Sport Gai et est l'oeuvre d'un certain Benoni Vander Gheynst, Bobinus pour les intimes. Celui-ci n'est autre que le chroniqueur du bulletin de club de l'Union Saint-Gilloise, intitulé Le Football, dont la première parution remonte à septembre 1908.
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S'il est question de foot-ball (écrit en deux mots), dès 1855, dans une brève du Courrier de l'Escaut, il n'en faut pas moins attendre plus d'un demi-siècle, à partir de cette date, pour qu'un premier livre en bonne et due forme soit consacré au sport-roi. Il est intitulé Sport Gai et est l'oeuvre d'un certain Benoni Vander Gheynst, Bobinus pour les intimes. Celui-ci n'est autre que le chroniqueur du bulletin de club de l'Union Saint-Gilloise, intitulé Le Football, dont la première parution remonte à septembre 1908. Les comptes rendus de la période s'étalant du 20 janvier 1909 au 15 juin 1910 sont regroupés dans cet ouvrage de 224 pages. Ils offrent un bel aperçu de ce qu'est le foot, et surtout ses us et coutumes, en ces temps reculés. À l'époque, par exemple, dès qu'un joueur dispute un match pour telle ou telle entité, il doit en défendre les intérêts jusqu'au bout de ladite campagne. Du coup, les dirigeants de tous poils rivalisent d'ingéniosité, à l'approche des trois coups de la saison, pour s'attacher - ou retenir - les services des meilleurs. Et à l'Union, précisément, il y a du beau monde sur le terrain. Comme un certain Maurice (dit Max) Tobias. Au nom de son talent, les Jaune et Bleu l'avaient arraché au Racing Club de Bruxelles, où il avait fait ses débuts parmi l'élite, en 1901-02. À chaque intersaison, l'homme était surveillé de près par le board saint-gillois, ayant même droit à une mise au vert individuelle la veille de la première rencontre de championnat, histoire qu'il ne fasse pas faux-bond in extremis. Un stratagème qui réussit jusqu'en 1909, quand les responsables sportifs saint-gillois trouvent porte close chez lui. Et pour cause : leurs homologues du Racing de Malines les ont précédés, faisant du joueur un néo-vert et blanc à l'aube de la nouvelle compétition. Mais leur joie de l'avoir embrigadé n'est que de courte durée : dès 1910, ce footeux qui court manifestement le cacheton, rejoint les rangs du Milan Football and Cricket Club, l'ancêtre de l'AC Milan actuel où, comme par hasard, il retrouve deux anciens coéquipiers de la butte : Louis Van Hege et Roger Piérard. C'est l'Union qui sourit, mais en Lombardie cette fois... Quatre ans plus tard, la veille de la Première Guerre mondiale, paraît le premier livre jubilaire d'un club, intitulé Association Athlétique La Gantoise 1864-1914. Tenue sur les fonts baptismaux au 19e siècle, ce qui était à l'origine une simple société de gymnastique s'est muée, au fil des décennies, en un cercle omnisports faisant la part belle à bon nombre de disciplines. Il y a là l'athlétisme - de là son appellation -, le cyclisme, l'escrime et, dès 1900, le football. Par la suite, avant le conflit armé, s'ajouteront encore la boxe, la savate, la lutte, le cricket, la natation, le water-polo, le lawn-tennis, le jeu de paume et le hockey, tant sur gazon que sur glace. Dès le changement de siècle, La Gantoise peut dès lors se gausser d'être la plus grande société sportive du pays avec un total non négligeable de 800 membres. Les fêtes du cinquantenaire, prévues du 12 au 19 juillet, juste avant le début des hostilités, sont l'occasion pour l'entité d'éditer un livre-souvenir pour le moins révolutionnaire : il comporte effectivement 18 vignettes, à coller aux endroits appropriés. Il s'agit d'une véritable première en la matière, qui sera imitée bien plus tard par une firme célèbre entre toutes : Panini. On signalera quand même que les figurines à l'effigie des joueurs n'ont pas été inventées par l'entreprise de Modène dans les années '70 mais que, dès l'interbellum, elles furent commercialisées par des marques de chocolat ( Duc), de chewing gum ( Belgian Chewing Gum Cy ) ou de papier à cigarettes ( Rizla). La fin des années '20 et le début des années '30 voient la publication, sur notre sol et en vrac, des premiers livres-anniversaire. À ce moment-là, quatre clubs fêtent leurs noces d'argent et retracent leur parcours dans un ouvrage : le Racing de Malines, le FC Malinois, le Sporting de Charleroi et Berchem Sport. " Le Gedenkboek Racing Mechelen 1904-1929 est, sans nul doute, le plus beau livre consacré au football belge de l'entre-deux-guerres, voire de notre football tout court " observe SergeVan Hoof, de Heartbooks (v.cadre). " La rivalité avec le voisin du Kavé était exacerbée, en ce temps-là déjà, et la publication d'un ouvrage de grand luxe était un moyen de prendre le pas sur l'autre. " Les 25 ans des Sang et Or tiennent, en effet, plus d'une belle brochure que d'un livre stricto sensu. Idem, au demeurant, pour les quelques pages retraçant le premier quart de siècle des Zèbres. En matière de look, seul l'ouvrage consacré aux 25 ans de Berchem Sport est à peu près à l'aune de celui du Racing. Il est, en tout cas, nettement plus riche, tant à l'échelon du contenu que des illustrations, que le livre du cinquantenaire de l'Antwerp, paru en 1930. Pour les gars du Rooi, c'était peut-être une manière de marquer leur territoire, à Anvers, face à leurs voisins de Deurne et du Beerschot. " Le plus étonnant, c'est que le club du Kiel, créé en 1899, n'ait pas fait l'objet d'un livre dans les années '20, lors de sa première période de gloire " poursuit Van Hoof. " Il s'est cependant rattrapé pour ses 50 ans. Le Gedenkboek Royal Beerschot Atletiek Club, édité en 1950 et dont il existe une version francophone dénommée logiquement Livre d'Or du RBAC, est un véritable must pour les collectionneurs. " Au beau milieu des années '30 surgissent une flopée de semblables livres d'or. L'initiative vient d'un hebdomadaire illustré francophone, intitulé Le Face à Main qui, en sus de son numéro courant, insert au beau milieu de cette décade des suppléments consacrés à quelques clubs emblématiques. Ces " Livres d'or ", 6 au total, concernent l'Union Saint-Gilloise, le Sporting Club Anderlechtois, le Daring, le Standard, La Gantoise et l'Olympic Charleroi. Dans le cas des trois clubs de la capitale, il s'agit d'une première publication historique. Bizarrement, le Racing de Bruxelles, club en vogue au début du 20e siècle et champion à 5 reprises, notamment, fait figure d'oublié dans ces livres-souvenirs. Hormis une publication à l'occasion de ses 90 ans, en 1981, on notera que les Rats n'ont jamais fait l'objet d'un beau livre. Et ce, contrairement à son frère-ennemi du Léopold qui publie de sa propre initiative un livre d'or en 1918 - mais focalisé sur ses membres tombés au combat plutôt qu'à son historique - et qui, à intervalles réguliers, dès ses 50 ans en 1943, y est allé d'ouvrages-anniversaire. Le dernier en date étant celui de ses 125 ans, en 2018 ! Vu le succès du livre d'or du Standard, publié par LeFace à Main, les dirigeants du club se prononcent, dans la foulée, pour une mouture de luxe. On est alors en 1936, qui ne correspond nullement à une date particulière pour un club fondé en 1898 (ou 1900, c'est selon) mais les Rouches peuvent se targuer, pour la partie francophone du pays, de la première publication ayant réellement de la gueule. Tiré à 500 exemplaires, ce " Standard1936 " est devenu, lui aussi, objet de convoitise pour beaucoup. L'après-guerre voit l'apparition des premiers recueils de souvenirs. Deux éléments impliqués dans la Coupe du monde 1930 donnent le ton : le sélectionneur Hector Goetinck et l'arbitre international John Langenus. Le premier, ancien joueur du FC Bruges avant d'embrasser le coaching, évoque son riche passé au travers de l'ouvrage Voetbalanecdoten. Le deuxième signe, dans les deux langues nationales, un best-seller : En sifflant par lemonde ( Al fluitend door de wereld) suivi de Nos Joyeux Footballeurs ( Onze vrolijkevoetballers) et Football et footballeurs. C'est l'occasion de s'apercevoir que rien n'a été inventé dans le football moderne et que certaines scènes, in illo tempore, étaient déjà pour le moins mouvementées. Comme cette description du quart de finale du Mondial 1930 entre l'Argentine et le Chili dans En sifflant par le monde. " Dix minutes avant le repos, l'avant argentin Monti- qui alla jouer plus tard en Italie - porta un croc en jambes à un Chilien. La faute fut punie. Jusqu'alors, tout s'était passé calmement. Je vis le Chilien, auquel Monti avait porté le croc en jambes, lui saisir la tête et la caresser. Comme ils sont aimables, pensai-je ! Mais au même instant, le Chilien serra la tête de Monti entre ses doigts et, de la main restée libre, porta un violent coup de poing à son adversaire, dans toutes les règles de l'art de la boxe. Alors se déroula une scène indescriptible. À l'instant même, chaque Argentin se jeta sur le plus proche Chilien et l'on assista à onze pugilats, suivant les règles de la savate française car ils furent rehaussés de coups de pied. La police intervint...L'ordre fut rétabli. Les plaies furent pansées et la paix signée. Suivant les règles du jeu, tous les joueurs auraient dû être exclus et la partie aurait dû prendre fin, faute de joueurs. Mais autres pays, autres moeurs...on poursuivit la partie et les joueurs, de part et d'autre, l'achevèrent aussi calmement et sportivement que s'il ne s'était absolument rien produit. L'Argentine gagna par 3-1 et les Chiliens allèrent féliciter cordialement leurs adversaires ! " Fin 1949, le footballeur belge le plus réputé de l'interbellum, Raymond Braine, y va à son tour de ses mémoires ( Duizend en één match, de gedenkschriften van Raymond Braine : v.Sport/Foot Magazine 51 du 19 décembre 2018), suivi par un autre footballeur de la Métropole, Jef Mermans ( Het voetbal en ik/Le ballon et moi). À leur suite, bon nombre de joueurs belges de renom vont faire l'objet d'une parution. D'abord les acteurs du Mondial 70 : Paul Van Himst ( Monsieur Football), Wilfried Van Moer ( 8), Christian Piot ( Les Mains d'or), Raoul Lambert ( Voetballen is aanvallen)... avant que les grands rendez-vous footballistiques suivants consacrent encore une kyrielle de Diables Rouges et leurs sélectionneurs : de Philippe Albert ( L'Ardennais) à Marc Wilmots ( Diable d'homme) en passant, entre autres, par Eric Gerets ( De Leeuw/Le Lion) Michel Preud'homme ( Del'enfer au paradis), Raymond Goethals ( Le douzième homme), Robert Waseige ( L'entraîneur citoyen)... Les bons résultas de nos clubs les plus emblématiques sur les scènes nationale et internationale sont également un vecteur de pénétration commerciale. Dès 1969, feu Raymond Arets écrit Le Grand Défi en hommage au Standard, fraîchement couronné champion. C'est un coup dans le mille. Dans le livre du centenaire des Rouches, écrit par notre ami Pierre Bilic, Arets égrène ses souvenirs : " Toute ma vie, je me souviendrai de la séance de dédicaces qui a lancé ce livre, au Grand Bazar de la Place Saint-Lambert. Il avait fallu placer des barrières nadar pour canaliser la foule. Les gens faisaient la file pour obtenir des dédicaces. Six cents bouquins sont partis en moins de trois heures. Finalement, pour la première fois chez nous, un livre sportif a dépassé le cap des vingt mille exemplaires vendus. " Arets n'en reste pas là. Six autres livres rouches sortent de sa plume : Standard Europe, Standard Le Grand Pari, Standard La Furia, Standard Happel, Standard Goethals et Standardissimo... À la suite d'Arets, d'autres journalistes vont embrayer mais pour d'autres clubs cette fois. Citons, pêle-mêle : Roger De Somer ( Anderlecht, Le Grand Espoir), Jean-Marie Peterken ( FC Liégeois, Une Grande Vocation), Bob Geuens ( 80 jaar goud-zwart, LierseSK), Pierre Danvoye ( 100 ans Royal Charleroi Sporting Club), Hector Mahau ( Olympic Charleroi, 80 ans), Roland Podevin ( Cercle Brugge 1899-1989) Daniel Renard ( L'épopée du RFC Sérésien), etc... De fait, tous les clubs passés par notre élite footballistique, autrement dit, par ordre alphabétique, de l'Eendracht Alost à Zulte Waregem, ont eu droit, au cours de leur histoire, à l'un ou l'autre livre de référence. Un seul faisait figure d'exception jusqu'ici : le Crossing. Mais cette lacune vient d'être comblée par Werner Verhulst qui vient de publier Crossing de Schaerbeek, L'histoire oubliée d'un club de première division.Bonnes lectures !