Le RC Genk et le Club Brugeois ont savouré leur séjour sur les bords de la Méditerranée, la semaine dernière, au milieu des grands du football européen. C'est avec tous les honneurs que les délégations des deux clubs ont été accueillies à l'aéroport de Nice et emmenées à Monaco. De jolies femmes conduisaient les voitures mises à leur disposition par l'UEFA, qui tente ainsi de se défaire de son image ringarde.
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Le RC Genk et le Club Brugeois ont savouré leur séjour sur les bords de la Méditerranée, la semaine dernière, au milieu des grands du football européen. C'est avec tous les honneurs que les délégations des deux clubs ont été accueillies à l'aéroport de Nice et emmenées à Monaco. De jolies femmes conduisaient les voitures mises à leur disposition par l'UEFA, qui tente ainsi de se défaire de son image ringarde.Cela fait déjà des années que la riche principauté sert de décor au premier grand tirage européen mais tout le monde ne se laisse pas entraîner dans la spirale du luxe et des mondanités. C'est ainsi que les trois dirigeants de Mouscron avaient effectué le voyage en voiture. Ils avaient quitté la Belgique au soir de la qualification face aux Islandais de Fylkir, roulé toute la nuit et étaient arrivés juste à temps pour le tirage. C'est également à ce genre de détails que l'on mesure la différence entre la Ligue des Champions et la Coupe de l'UEFA.Est-ce pour cela que l'organe suprême du football européen veut réformer la Ligue des Champions? A Monaco, le tirage au sort du premier tour a de nouveau donné lieu à des rencontres insipides. Autant dire que cette phase fait perdre du temps aux clubs. Certains n'avaient même envoyé aucun dirigeant de renom dans la principauté, se contentant de dépêcher les contrôleurs de tickets. C'est pourquoi, à partir de la saison 2003-2004, on devrait jouer par groupes. Le but est de disputer un premier tour puis de répartir 40 équipes en huit poules de cinq, chacun jouant deux fois à domicile et deux fois en déplacement. C'est à la mi-décembre qu'une décision définitive concernant cette formule sera prise. L'intérêt de la télévision et des sponsors sera bien entendu déterminant car la crise économique frappe également la tête du football européen dont tout le marketing est à revoir. C'est pourquoi, pour la quatrième fois en dix ans, la formule de la Ligue des Champions pourrait changer. Après le système de poules au premier tour (huit groupes de quatre), on en reviendrait ainsi au principe du K.O. direct. Mais à Monaco, on a pu constater que les grands clubs s'opposaient à cette formule qui les priverait de quatre matches. C'est étonnant car les chiffres d'audiences télévisées et d'entrées au stade pour ce genre de matches sont en chute libre. On dirait donc que l'élite du football snobe la réalité car plus le nombre de rencontres est important, plus les pertes sont grandes alors que Lennart Johansson et ses collaborateurs veulent conserver son caractère exclusif au bal des champions. Des rumeurs font également état du fait que la FIFA voudrait utiliser les dates ainsi laissées libres par la réforme pour relancer la Coupe du monde des clubs. Est-ce pour cela que, lundi dernier, le président de l'UEFA Lennart Johannsson a rendu visite à son ennemi juré, Sepp Blatter, président de la FIFA? Le Suédois n'a en tout cas rien voulu dévoiler du contenu de l'entretien. Et tant pis pour la politique de transparence que l'UEFA dit vouloir mener. Apéritif athénienAu prix d'un match fou à Prague, le RC Genk s'est positionné sur la carte du football européen mais le chemin qui mène à la reconnaissance est encore long. Après le tirage, Paul Heylen prit contact avec Emilio Butragueño. L'ex-star du Real Madrid reconvertie en dirigeant était bien incapable de dire où se trouvait la commune limbourgeoise. Qu'importe... A Genk, on se réjouissait de pouvoir affronter non seulement le Real mais aussi l'AS Roma et l'AEK Athènes. Les dirigeants du club belge comptent sur un bénéfice net de cinq millions d'euros... qui leur servira surtout à boucher les trous. A Genk, on ne confirme pas qu'une élimination aurait conduit à la vente de Moumou Dagano. "Parce que pour vendre, il faut être deux", dit Robert Raes, le directeur sportif. "Or, 25 managers se sont intéressés à Dagano et à Wesley Sonck mais aucun club ne s'est présenté". Raes en a un peu marre que l'on présente sans cesse la Ligue des Champions comme une bouée de sauvetage pour Genk. "Il n'y a plus d'argent dans le monde du football, on comprend que la Ligue des Champions est vitale pour tout le monde. Nous allons avoir droit à six matches intéressants tandis qu'en cas d'élimination, nous aurions dû nous rendre en Bosnie-Herzégovine, à Siroki Brijek, à 300 km de Sarajevo, dans le désert". A Genk, on se frotte les mains de pouvoir débuter par un match à domicile face à l'AEK Athènes, de loin le plus faible des adversaires possibles. Au tour préliminaire, les Grecs ont souffert le martyre face aux Chypriotes de Nicosie. L'AS Roma est déjà d'un autre calibre, même si ce n'est pas plus mal que le championnat d'Italie ne débute que le 15 septembre et que Francesco Totti soit blessé. Enfin, comme il l'a encore démontré en Supercoupe face à Feyenoord, le Real est une forteresse imprenable, une machine inarrêtable, une académie de la technique et du raffinement, une équipe dont les joueurs ne courent pas toujours vite mais qui savent faire circuler le ballon à grande vitesse. Bert van Marwijk, l'entraîneur de Feyenoord qui ne rit jamais, n'a pas trouvé tout de suite la solution pour ramener l'ordre et le calme dans son équipe. On admire également la facilité avec laquelle le jeune Argentin Cambiasso s'est intégré tandis que le Français Makelele prend de plus en plus d'importance au sein de cette équipe bien rôdée. Ajoutez-y Ronaldo et cette équipe sera bientôt monstrueuse. "Genk apprendra beaucoup en Ligue des Champions", affirme Luc Nilis, représentant du bureau de management SEM à Monaco. "Je ne comprends pas que des gens fassent la fine bouche en affirmant que les clubs belges ne prendront pas beaucoup de points en Ligue des Champions. On peut perdre 6-0 contre le Real et progresser. Regardez ce qui s'est passé avec Anderlecht voici deux ans. C'est dans ce genre de matches que Jan Koller et Tomasz Radzinski ont repoussé leur limites affirmer leur statut sur la scène internationale. C'est très important pour Genk qui, avec une moyenne d'âge de 23 ans, présente l'équipe la plus jeune de toute la Ligue des Champions". Et pour Luc Nilis, les jeunes comptent plus que jamais puisque SMS lui a demandé de se spécialiser dans la découverte de nouveaux joueurs. C'est ainsi que, la semaine dernière, il a placé le Slovaque Thomas Lubin (18 ans) au CS Bruges. "Il faut tenter de dénicher les talents de plus en plus tôt et veiller à ce qu'il ne brûlent pas les étapes. C'est pourquoi je regrette que Jonathan Blondel soit déjà parti à Tottenham. Il ne pourra pas y acquérir suffisamment de rythme de match et il ne progressera pas sur le plan physique. Il risque donc de stagner". Les Brugeois jubilentLe Club Brugeois a également toutes les raisons de se réjouir du tirage au sort. Quatre heures après s'être qualifié, il a déjà hypothéqué une partie de la recette de la Ligue des Champions en faisant signer un contrat de quatre ans au Norvégien Sauternes, un attaquant terriblement explosif qui sait garder le ballon. Sur papier, le Lokomotiv Moscou et Galatasaray sont prenables mais, à l'heure du nivellement des valeurs, il est dangereux de s'exprimer ainsi. Le Lokomotiv a aplati Andeerlecht la saison dernière et s'est encore renforcé. Il forme lui-même ses jeunes et a donné leur chance à deux supertalents: Marat Ismailov (19 ans) et Ruslan Pimenoc (20 ans). Galatasaray, qui symbolise la marche en avant du football turc, pratique un jeu moderne, basé sur le pressing. A Istanbul, la ville la plus chaude d'Europe, elle est pratiquement imbattable. Enfin, Barcelone veut retrouver sa gloire d'antan et semble avoir digéré le départ de Rivaldo, même si le retour de Louis van Gaal engendrera certainement des conflits puisque le Hollandais s'est déjà disputé avec le meneur de jeu argentin Riquelme, acquis à grand renfort de publicité. Le Club a également beaucoup à apprendre de cette Ligue des Champions, où il a bien l'intention de faire jouer quelques jeunes. "Afin de les intégrer, nous avons adapté notre programme de préparation", dit le directeur brugeois Antoine Vanhove qui, depuis qu'on évoque l'arrivée de Marc Degryse au poste de directeur technique, semble éprouver le besoin de se mettre sans cesse en avant. "Nous n'avons affronté que des adversaires de haut niveau, ce qui doit accélérer le processus d'apprentissage. Et certains seront récompensés en goûtant aux joies de la Ligue des Champions". Mais Monaco avait deux visages, la semaine dernière. Derrière le luxe de la Ligue des Champions se cachait la pauvreté du tirage au sort de la Coupe UEFA. L'organe dirigeant du football européen doit se demander s'il doit continuer à servir les intérêts de toutes les fédérations car les confrontations entre des clubs inconnus discréditent la compétition. Les Norvégiens de Stabaek ne devraient être qu'un oiseau pour le chat pour Anderlecht. Ce match va coûter de l'argent au Sporting mais cela n'empêche pas le président Roger Vanden Stock de dormir. "Le tour préliminaire de la Ligue des Champions ne rapporte pas grand-chose non plus. Mais pour moi, on peut passer au système de poules quand on veut". L'Europe ne rapportera rien du tout à Mouscron non plus. Echaudés par les éliminations du Sparta des oeuvres de Genk et de leur équipe nationale par les Diables Rouges, les dirigeants du Slavia Prague n'étaient pas très heureux à l'idée d'affronter un club belge mais le Slavia a la réputation d'être un bloc de granit, très technique, pouvant jouer sous pression et conserver un résultat. L'aventure mouscronnoise risque donc de mal se terminer mais le constat s'applique à la plupart des autres clubs européens: la Coupe de l'UEFA, c'est désormais un cadeau empoisonné.Jacques Sys, envoyé spécial à MonacoButragueño (Real) ne savait pas où se trouvait Genk.