La ressemblance avec Vadis Odjidja est évidente : métissage, traits, coiffure, place sur le terrain. Flavien Le Postollec (28 ans) n'a aucun souci avec la comparaison. " On me l'a déjà fait remarquer et ça me fait plaisir parce que c'est quand même un excellent joueur de foot... " Le bref résumé de son histoire d'homme et de footballeur : naissance à Abidjan d'un père breton (alors enseignant en Côte-d'Ivoire) et d'une mère ivoirienne, installation dans le sud de la France quand il a 6 ans, premiers shoots à Vitrolles, passage à Martigues, débuts pros à Lille, trois ans et demi au Brussels, retour en France (Créteil en National), une saison à Eupen, et maintenant Mons où il a expédié capiBenjaminNicaise dans l'ombre.
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La ressemblance avec Vadis Odjidja est évidente : métissage, traits, coiffure, place sur le terrain. Flavien Le Postollec (28 ans) n'a aucun souci avec la comparaison. " On me l'a déjà fait remarquer et ça me fait plaisir parce que c'est quand même un excellent joueur de foot... " Le bref résumé de son histoire d'homme et de footballeur : naissance à Abidjan d'un père breton (alors enseignant en Côte-d'Ivoire) et d'une mère ivoirienne, installation dans le sud de la France quand il a 6 ans, premiers shoots à Vitrolles, passage à Martigues, débuts pros à Lille, trois ans et demi au Brussels, retour en France (Créteil en National), une saison à Eupen, et maintenant Mons où il a expédié capiBenjaminNicaise dans l'ombre. La life de Flavien Le Postollec, c'est aussi une course d'obstacles étonnante, sur les pelouses et en dehors. Mots clés et commentaires ! " A notre retour en France, nous nous sommes installés à Vitrolles, près de Marseille. Ça se passait bien, c'était une ville fort cosmopolite, beaucoup de jeunes faisaient du sport. Mais tout a subitement changé au milieu des années 90 : avec Bruno Mégret, le Front National a gagné les élections municipales. Du jour au lendemain, la ville a été métamorphosée. Le FN a fermé le cinéma et coupé les subventions à des associations qui organisaient des activités sportives, des stages, des camps de vacances,... Elles ont donc dû arrêter. Que fait un jeune qui n'a plus rien pour s'occuper ? Il a de bonnes chances de tomber dans la délinquance. Je n'ai pas choisi cette voie-là mais j'ai pas mal de copains qui ont sombré. Une grosse fracture s'est faite entre les jeunes et le reste de la population de Vitrolles. A côté de ça, le FN a multiplié les brigades, il y avait des flics et des contrôles partout. Et un discours officiel : -Ne vous inquiétez pas, vous allez vous sentir en sécurité grâce à nous. Alors que Vitrolles n'était pas une ville dangereuse. C'est devenu très malsain. Les relations se sont fort crispées entre les gens issus de l'immigration et les autres. Quand tu croisais un voisin dans l'ascenseur de ton immeuble, tu te demandais s'il n'avait pas voté FN, voté contre les habitants de couleur. Donc, tu le suspectais d'être raciste. Parce qu'à partir du moment où ce parti avait obtenu une voix sur deux, tu rencontrais forcément beaucoup de Vitrollais qui adhéraient aux thèses du Front National. " " J'ai 21 ans quand j'arrive à Lille : le club a l'habitude de recruter chaque saison un ou deux joueurs au niveau amateur pour les tester en CFA. Après six mois, je commence à m'entraîner de temps en temps avec le noyau pro. Puis je fais une montée au jeu en championnat. En fin de saison, le LOSC m'offre un contrat. C'est énorme. Je joue parfois en Coupe de France et en Coupe de la Ligue. Je me dis : -Ça y est, je suis lancé. Au mois d'août, je joue quelques minutes au dernier tour préliminaire de la Ligue des Champions. Alors que j'étais encore complètement amateur un an plus tôt. Mais je stagne un peu, on m'envoie régulièrement en équipe réserve le week-end et j'ai l'impression de perdre mon temps. J'accepte alors le conseil de Claude Puel, qui me dit que ce serait bien pour moi d'être prêté. C'est comme ça que je me retrouve au Brussels. " " J'ai des bons souvenirs au Brussels. J'avais quitté la France pour jouer chaque semaine dans un contexte pro et je n'ai pas été déçu. A la fin de mon prêt, j'ai signé pour trois ans. J'ai évolué en D1 puis en D2. Et là, j'ai vu le club s'enterrer. Les moyens, l'organisation : tout s'effritait, c'était le retour à l'amateurisme. Je n'ai aucune animosité envers JohanVermeersch. C'est un bon gars. Mais sur la forme... Il est beaucoup trop carré, trop radical, il veut tout décider seul et il a fait plein de mauvais choix. Quand je vois aujourd'hui le Brussels dans le fond du classement de la D2, je ne suis pas étonné. Ou, plutôt, si, je suis surpris que la descente en enfer n'ait pas été plus rapide. Quand je suis parti, je croyais que le club allait vite se retrouver en troisième division. " " Je n'ai passé qu'une saison à Eupen, mais j'en ai des choses à raconter... C'est Roland Louf qui m'appelle au moment où je suis sur le point de prolonger à Créteil. Il a un argument de poids : le nouveau coach sera Marc Grosjean ou Christophe Dessy. Je les ai tous les deux connus au Brussels et j'en ai gardé des bons souvenirs. A ce moment-là, les Italiens sont toujours au pouvoir. Je signe pour deux ans et Grosjean est confirmé juste après : parfait. Deux jours plus tard, il nous dit qu'il doit partir parce qu'un repreneur allemand débarque et amène un staff. Je sens vite que je ne fais pas partie des plans du nouveau coach et la direction propose de me laisser partir directement. Finalement, je reste et je m'impose comme un pilier de l'équipe, le début de championnat est excellent avec des joueurs qui viennent de partout. Ensuite, le patron allemand vole en prison. Puis il faut que Lucien D'Onofrio mette de l'argent en catastrophe pour que le club ait la licence. A ce moment-là, les résultats commencent à être moins bons. Comme par hasard. Je suis persuadé que s'il n'y avait pas eu les soucis extra-sportifs, Charleroi ne nous aurait pas rattrapés. Eupen aurait été champion et serait aujourd'hui en D1. Et il y a l'arrivée des Qataris au pouvoir, en fin de saison dernière... Très vite, ça se passe mal avec moi. Je sors d'une grosse saison, il me reste un an de contrat, je m'attends donc à une proposition de prolongation ou à une réévaluation. Rien de tout cela. Et d'abord, je dois discuter avec qui ? Il y a un Allemand tous les jours au club mais il ne peut prendre aucune décision. Le grand décideur est un Espagnol qui passe une fois par mois en Belgique. Et il agit pour les Qataris. Pas simple... Ils ne savent parler que d'une chose : le projet Aspire, leur fameuse académie. Plus de 15 joueurs débarquent subitement et ceux qui ont fait un tout bon championnat sont mis sur le côté. Il y a une cassure spectaculaire dans le noyau. Pour les patrons, c'est très clair : ce que nous avons fait la saison dernière ne compte pas, ils s'en foutent complètement, ils sont venus avec leur truc et ce raisonnement : -Vous n'avez pas su monter en D1, c'est votre problème." Comme j'ai compris qu'on ne compte pas sur moi, je me renseigne sur un départ. Et là, on me dit que je peux m'en aller pour 250.000 euros. C'est Eupen, c'est la D2, il ne me reste qu'un an de contrat et j'ai 28 ans... A la reprise des entraînements, on me met à l'écart, je dois m'entraîner avec un autre banni. Uniquement du physique. Je comprends qu'on cherche à me pousser à bout. J'envoie un recommandé pour leur rappeler qu'ils ne respectent pas leurs obligations contractuelles, qu'ils doivent me donner les mêmes chances qu'à mes coéquipiers. Aucune réaction, comme s'ils n'avaient jamais reçu mon courrier. Alors, je romps mon contrat. L'affaire ira en justice, je passerai au tribunal du travail. Si j'obtiens raison, Eupen devra me verser une indemnité. Si je perds, je devrai payer. J'ai quand même déjà marqué un point : en acceptant mon affiliation à Mons, l'Union Belge a prouvé que mes arguments tenaient la route. Je ne sais pas ce qu'il faut penser du projet des Qataris. Ce n'est pas très clair. Le but est de faire progresser des joueurs dans un championnat valable, puis d'en naturaliser en vue de la Coupe du Monde au Qatar. Je peux te dire que sur les 16 qui sont à Eupen, ils ne vont pas tous aller au Mondial... (Il rigole). Il y en a un ou deux qui sortent un peu du lot mais ça ne va pas plus loin. Ce qu'on trouve dans les centres de formation en Belgique est certainement aussi bon. Ils viennent d'un peu partout, mais quel avenir pour eux ? Ils sont eux-mêmes conscients que s'ils ne percent pas très vite avec Eupen, ils ne pourront même pas retourner à Aspire : ils repartiront de zéro, devront trouver un nouveau club. Chez eux : au Ghana, en Afrique du Sud, au Sénégal ou ailleurs. On ne leur fera pas de cadeaux : si cette génération échoue, on passera directement à la suivante. Leur aventure en Belgique n'aura servi à rien du tout. Et ce qui me dérange le plus dans l'histoire, c'est cette impression que pour les patrons, les résultats d'Eupen sont tout à fait secondaires. Leur seule priorité, c'est la mise en valeur de leurs joueurs. C'est malsain, surtout pour ceux qui ne font pas partie de l'académie : ils visent des résultats alors que leurs coéquipiers et leurs employeurs ont un raisonnement complètement différent. Je compare tout cela à un grand cirque. On a déjà parlé de traite de joueurs. Je n'irais pas aussi loin car ils sont vachement encadrés. Mais c'est quand même très limite. " " Vers l'âge de 15 ans, comme le Front National nous privait d'un tas d'activités, je me suis mis au rap avec quelques potes. Nous avons formé un groupe, nous l'avons appelé Procès- Verbal : ne me demande pas pourquoi ! Sans doute parce que ça sonnait bien. Nos morceaux parlaient de tout et de rien, mais il y avait quand même un thème qui revenait souvent, comme chez beaucoup de rappeurs : la révolte. Et notre cible, c'était le FN. A travers nos chansons, nous voulions pousser des coups de gueule, dénoncer ce qu'on faisait vivre aux jeunes de Vitrolles, mettre le doigt sur les interdits. Nous étions persuadés que les gens issus d'autres classes n'étaient pas forcément au courant de notre quotidien. Notre rap était notre moyen d'expression. Au fil du temps, le groupe s'est réduit, et finalement, nous n'étions plus que deux. L'autre gars, c'était un de mes meilleurs potes, un vrai bon vivant. L'année dernière, on l'a retrouvé au bout d'une corde. On ne saura jamais pourquoi. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Dans ma ville, le Front National a remplacé le cinéma et les activités pour jeunes par des flics et des contrôles. "" Le noyau d'Eupen est coupé en deux : les joueurs d'Aspire et les autres. Et pour les patrons qataris, les résultats n'ont pas d'importance. "