Les dirigeants se serrent de plus en plus la ceinture de la D2 à la Promotion. Ils doivent réaliser des miracles tous les jours afin de nouer les deux bouts, payer les joueurs, honorer des tas de factures, ne pas oublier l'ONSS, etc. Alors, ils rêvent tous en suivant, à distance, les réunions des clubs pros qui négocient un nouveau contrat avec les chaînes de télévision. Un chiffre a été cité dans ce concert: un milliard de francs belges pour trois saisons de D1 sur les petits écrans. Ce gâteau sera réservé dans un avenir plus ou moins proche à quatorze clubs.
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Les dirigeants se serrent de plus en plus la ceinture de la D2 à la Promotion. Ils doivent réaliser des miracles tous les jours afin de nouer les deux bouts, payer les joueurs, honorer des tas de factures, ne pas oublier l'ONSS, etc. Alors, ils rêvent tous en suivant, à distance, les réunions des clubs pros qui négocient un nouveau contrat avec les chaînes de télévision. Un chiffre a été cité dans ce concert: un milliard de francs belges pour trois saisons de D1 sur les petits écrans. Ce gâteau sera réservé dans un avenir plus ou moins proche à quatorze clubs."Je n'en suis pas jaloux et si les clubs de l'élite peuvent générer et partager entre eux encore plus de revenus, tant mieux", affirme Armand Kaida, le président de l'Union Namur qui entamera la présente saison en Promotion. "Mais il ne faut pas laisser les petits clubs dans la brousse". Le dirigeant namurois a l'impression que l'Union Belge ignore comment les petits clubs s'y prennent pour boucler leur budget. Cette ignorance l'ennuye car tous les clubs assument évidemment un rôle social en s'occupant de leurs jeunes. Pourquoi payer l'ONSS de joueurs qui travaillent ailleurs?"On ne veut pas de caviar mais, c'est une image, on a aussi le droit de manger à notre faim", dit-il. "Cela devient de plus en plus difficile. Le football est entré dans une période de transition et il y aura, à l'avenir, deux tendances: les pros et les autres qui devront aussi respecter des impératifs financiers. L'Union Namur est désormais un club de Promotion et aura un budget adapté aux réalités de cette série: huit millions pour couvrir les dépenses de la Première, trois millions pour les 17 équipes de jeunes. Les joueurs de la Première touchent un fixe de 20.000 francs par mois et les primes varient aux environs de 2.500 francs le point. Il y a des échelles car celui qui joue touche forcément plus que celui qui reste sur le banc. En gros, le sponsoring couvre 65% de nos dépenses. Puis, pour le reste, il y a de mombreuses manifestations, des festivités, des tombolas, etc". Certains s'interrogent parfois à propos de la nécessité de "défrayer" des joueurs de Promotion ou de D3. Beaucoup n'évolueront jamais beaucoup plus haut. Un hobby doit-il rapporter de l'argent? En réalité, il ne s'agit pas du tout d'un passe-temps. Pour cela, il y a le foot des corpos, du samedi après-midi, etc. En D3, on s'entraîne trois fois par semaine, sans oublier le match du week-end. Toute la vie sociale et familiale du joueur est forcément orientée en fonction du football: cela mérite une petite compensation. Ici, on entre dans un domaine plus délicat. Les clubs doivent payer leur dû à l'ONSS sur les sommes payées aux joueurs. Domaine très délicat car on flirte avec des zones d'ombre. Les clubs ne comprennent pas pourquoi ils doivent dépenser ces montants car, après tout, ils ne sont pas les principaux employeurs de leurs joueurs. A leurs yeux, ce sont des frais inutiles qui limitent les progressions.Les clubs ne tiennent qu'avec le noirNamur n'a pas réussi un bon championnat la saison passée: moins de recettes mais une solide ardoise de trois bons millions à rembourser à l'ONSS. Sans cela, le club n'aurait pas de dette. Des crédits ont été accordés, un plan financier sera respecté, etc. Une petite idée fait son chemin. Ne devrait-on pas supprimer toutes les charges sociales afin d'aider les clubs qui oeuvrent finalement pour le bien (santé, éducation de jeunes) de la société? Les footballeurs ne sont-ils pas des artistes qui méritent un taux de taxation plus bas (ou des abattements) sur les revenus de leur sport? Il faut y réfléchir car les petits clubs vivent dans l'incertitude et craignent à tout moment qu'un contrôle fiscal ne leur tombe sur la tête. Vu leurs problèmes, ils ne déclarent pas tous leurs dépenses (salaires) afin d'éviter l'ONSS. N'ayons pas peur des mots: les clubs ne tiennent qu'avec le noir. La peur est perceptible et quelques dirigeants nous ont dit: "Je ne parle pas de cela". Il faut les aider, c'est invivable. Peur des petits clubs qui se débattent entre la rapacité de l'Etat et l'Union Belge qui leur impose trop d'obligations, d'amendes, d'abonnements à prendre à la Vie Sportive, etc. "Nous avons le couteau sur la gorge et il fait être fou pour s'occcuper d'un petit club", affirme un dirigeant connu des petites séries nationales. "J'ai envie d'arrêter mais ce club, c'est mon enfant, une passion. A la maison, je fais les comptes et ma femme ne sait heureusement pas combien j'injecte dans le club. Plus d'un million par an..."Pas de splitsing mais un football plus régionalArmand Kaida n'y va pas par quatre chemins: "Nos clubs vivent entre la dèche et la débrouille: 70% ne payent pas tout l'ONSS. Je ne les blâme pas, je les comprends mais je dis aussi que cela fausse le championnat. Je paye l'ONSS et cela me fait un trou de trois millions. Cela signifie que je réalise deux ou trois transferts de moins que les concurrents qui acceptent de vivre dangeureusement. Si on ne se penche pas sur ce problème, il y aura des dégâts un jour". Autrement dit, c'est une bombe à retardement qui fera aussi sauter les séries provinciales. Si les budgets varient entre 500.000 francs et deux millions dans le Luxembourg, on peut multiplier par cinq, si pas plus, dans d'autres régions de notre pays. "Notre avenir ne passe pas par un splitsing catégorique mais par un football régional", lance Armand Kaida. "Je trouve plus facilement des sponsors en Promotion qu'en D3 où nous n'avons hélas pas assez de derbys régionaux. Et, même si cela fait mal, il faut le dire: les clubs francophones ne se sentent pas assez entendus à Bruxelles. Nos projets mettent un temps fou avant de passer. Par contre, tous les dossiers du nord de la Belgique sont examinés à la vitesse du TGV. A la longue, ça lasse et je ne suis pas le seul à penser de la sorte. Cela ne va pas bien mais je préfère être pauvre, malade et libre que d'être asservi à l'Union Belge comme c'est le cas pour le moment. Le fait d'être un club francophone est un handicap. Nous pourrions trouver plus facilement des solutions à nos problèmes en ayant la possibilité de le faire à notre niveau. La D1 a ses droits mais en-dessous, il faut régionaliser car il y va de notre avenir. Il n'y a déjà pas beaucoup de clubs dans le sud". Kaida décoche aussi des flèches en direction de la Ville de Namur. L'Union a dû quitter le Stade Michel Soulier. L'hôpital qui borde ces installations a besoin d'espace pour son expansion. Mais, la saison passée, il devenait dangereux d'y jouer car la qualité des installations, selon Armand Kaida, laissait à désirer. Cette saison, les Merles se partageront entre Jambes, St-Servais et le terrain de Wallonia. Et dire que Namur est la capitale wallonne. "Il y a cependant amélioration", confie Kaida. "On a désormais compris qu'une ville est aussi un patrimoine sportif. L'Union Namur en fait partie comme le Motocross de la Ville, le Grand Prix cycliste de Wallonie, le basket, etc".Ils ne veulent pas de starsIl est l'un des personnages les plus étonnants de D3... Francis Sprimont se lève tous les jours à cinq heures du matin. Le président de Walhain, entre Wavre et Gembloux, adore discuter de football. "En général, j'ai le temps vers treize heures", dit-il. "C'est le moment où j'ai fini mes charcuteries". Il a deux boucheries, dont une est située près de la gare de Gembloux. "Tenez, goutez-moi ces boulettes, c'est une des spécialités de la maison. Une viande vraiment délicieuse". Ancien gardien de but au collège, il s'est fait mal au dos en soulevant une carcasse de boeuf. Son frère, un médecin, joua à Walhain et Francis Sprimont s'intéressa à ce club, devint président, le propulsa de la P4 à la D3 en quelques années. Cela a dû lui coûter une montagne de steaks et de saucisses maison. Peu importe, il aime le foot, l'ambiance de la troisième mi-temps, le bonheur de former un jeune, de mettre la main sur un talent, etc. "Je ne veux pas de stars", dit-il. "Cela ne sert à rien. J'aurais pu engager Alex Czerniatynski il y a quelques années. Très sympa. Il est venu à Walhain. Trop cher pour nous. Je suis resté un ami d' Etienne Delangre. Bon coach mais il a échoué chez nous car il avait des idées pour la D1. Moi, la saison passée, je n'ai pas voulu demander la licence pour la D2. Pas les moyens. On a vu ce que cela coûte à Virton. A la limite, ils ont fait des dettes pour avoir assez de joueurs non amateurs sous contrat. Je n'ai pas peur de la D1. Si je peux y aller, j'y vais mais il me faut des sponsors et de l'argent sur la table. Sans autres mécènes, on n'arrivera pas plus loin que la D3". "On ne doit pas pénaliser le courage"Les installations de Walhain sont de plus en plus coquettes. Entre Walhain et Namur, est-ce la fable du rat des champs et du rat des villes ou celle de la cigale et de la fourmi. Namur en Promotion et Walhain, gros village, en D3: c'est un peu le monde à l'envers. Si Walhain est désormais connu, c'est grâce au football, le club ne repose que sur les épaules de Francis Sprimont. S'il s'en allait, ce serait terminé. "Ce n'est pas tout à fait exact", affirme-t-il. "La commune met le stade à la disposition du club. Des jardiniers s'activent tous les jours". De belles villas poussent près du terrain cher à Francis Sprimont. Walhain devient tout doucement un village dortoir. Des citadins y cherchent le calme après leur journée de travail à Bruxelles ou d'autres villes. Il y aura peut-être des technocrates parmi eux qui, demain, attirés par le football, facteur d'intégration, prendront le témoin des mains de Francis Sprimont. "Je ne refuserai jamais de nouvelles idées", confesse-t-il. "Il y a quelques années, certains avaient même songé à une fusion avec Wavre. Nous avons préféré rester cher nous, à la campagne. Mais, c'est un fait, chez nous comme ailleurs, il est de plus en plus difficile de tenir le coup. J'ai besoin d'aide, de soutien. J'ai même déjà failli rendre mon tablier. Les joueurs sont-ils bien payés? Je les compare à des ouvriers courageux qui font encore quelques heures pour eux le soir. On ne doit pas punir le courage. J'ai encore un contrôle cette semaine, à la boucherie, pas au club. Je suis un boucher: quand je donne ma parole, je la tiens. A Walhain, on ne doit un franc à personne". Francis Sprimont n'en dira pas plus. On ne fait pas de saindoux avec des paroles. Walhain fait de la corde raide comme tous les clubs de D3.Dia 21Pierre Bilic