Au programme de la sixième journée en D1, le week-end prochain, un match fait sans conteste figure de tête d'affiche : le derby anversois entre l'Antwerp et le GBA qui en sera, pour la circonstance, à sa 162e édition, excusez du peu. La première confrontation entre les deux porte-drapeaux du football de la Métropole remonte à plus d'un siècle déjà. Et plus précisément au 24 novembre 1901 lorsque le Beerschot prit la mesure de son rival sur le score de 3 à 1 grâce à des buts de Herbert (2) et Walter Potts. Deux jumeaux qui, à l'instar de leurs coéquipiers, étaient perçus comme des faux frères dans la petite communauté footballistique locale. Et pour cause, puisque tous ces éléments, sans exception, avaient fait leur écolage, précédemment, au Great Old,avant de s'en dissocier subitement, dans un même élan de solidarité.
...

Au programme de la sixième journée en D1, le week-end prochain, un match fait sans conteste figure de tête d'affiche : le derby anversois entre l'Antwerp et le GBA qui en sera, pour la circonstance, à sa 162e édition, excusez du peu. La première confrontation entre les deux porte-drapeaux du football de la Métropole remonte à plus d'un siècle déjà. Et plus précisément au 24 novembre 1901 lorsque le Beerschot prit la mesure de son rival sur le score de 3 à 1 grâce à des buts de Herbert (2) et Walter Potts. Deux jumeaux qui, à l'instar de leurs coéquipiers, étaient perçus comme des faux frères dans la petite communauté footballistique locale. Et pour cause, puisque tous ces éléments, sans exception, avaient fait leur écolage, précédemment, au Great Old,avant de s'en dissocier subitement, dans un même élan de solidarité. Car contrairement à une réalité perceptible dans d'autres villes, où deux clubs voisins sont le plus souvent la résultante d'un antagonisme, soit religieux (le Celtic, catholique, face aux Rangers, protestant, à Glasgow), soit philosophique (le Cercle, clérical, opposé au laïc Club, à Bruges), ou encore social (les bourgeois de Panathinaikos par rapport au petit peuple de l'Olympiakos), à Anvers, tout était affaire de dissidence comme à Milan où l'Inter s'est détaché de l'AC et Liverpool d'Everton. Estimant que l'Antwerp, matricule 1, ne vivait nullement en adéquation avec son standing d'entité la plus ancienne et glorieuse du pays, son gardien titulaire, Alfred Grisar, eut dans l'idée d'en mettre sur pied une autre, répondant à cette norme. Son père, Ernest, joueur de polo réputé et richissime propriétaire terrien, permit cette réalisation en mettant à la disposition de son fils une partie des 19 hectares de terrain qu'il possédait au Kiel, au lieu-dit Bernescot, la cage aux ours. Le Beerschot était né ! A l'exception du seul René Moreels, qui continua à jurer fidélité aux couleurs rouge et blanc, pas moins d'une vingtaine de joueurs emboîtèrent le pas d'Alfred Grisar en cette année 1899, date où le nouveau club fut fondé. Parmi eux, il y avait là tout le gratin du football anversois, la plupart d'origine anglaise comme les deux précités : Cecil et Herbert Jacobs, Charley Hunter ainsi que le futur international belge Albert Friling et ses frères, Fernand et Eugène. Singulièrement exsangue, l'Antwerp ne disposa pas, dans un premier temps, d'hommes en suffisance pour aligner une équipe complète. C'est pourquoi en 1900-1901, la saison où aurait dû avoir lieu théoriquement le premier derby, cette rencontre ne figura pas au calendrier, suite au forfait général des Rouge et Blanc. Ceux-ci durent patienter pendant deux ans, jusqu'au 4 octobre 1903, pour enfin glaner un premier succès face à leurs frères ennemis : 5-3. Depuis lors, les statistiques plaident légèrement en faveur des Bosuil-Boys avec un total de 63 victoires pour 59 aux Kielmen et 39 partages. " Il n'y a qu'un seul derby, en Belgique, qui a jamais pu soutenir la comparaison avec l'anversois : celui qui a opposé durant tant d'années, pendant l'entre-deux guerres, l'Union St-Gilloise et le Daring de Molenbeek ", observe du haut de ses 80 ans Jean Fraiponts, ex-manager de l'Antwerp ainsi que du GBA et historien du football belge. " Pour moi, les passions étaient peut-être même plus exacerbées encore dans la capitale, en ce sens que les Jaune et Bleu et les Rouge et Noir tenaient le haut du pavé en championnat en ce temps-là. Il n'en allait pas de même dans la Métropole, où chacun des deux clubs eut son heure de gloire à des périodes différentes : le Beerschot aux prémices des années 20 et l'Antwerp aux abords des années 30. Une seule fois, la lutte fut vraiment indécise jusqu'au bout : en 1929, lorsqu'un test-match fut nécessaire pour départager les rivaux qui avaient terminé à égalité de points (39) en championnat. En définitive, ce fut l'Antwerp qui s'imposa, remportant le premier titre de son histoire ". " A l'image de l'Union, résolument adepte d'un jeu viril, par contraste avec le football plus élaboré du Daring, une opposition de styles a toujours caractérisé également les deux clubs-phares du ballon rond anversois ", poursuit notre interlocuteur. " Aussi loin que je me souvienne, l'Antwerp s'est invariablement signalé par un engagement de tous les instants alors que la note a toujours été beaucoup plus technique et artistique au Beerschot et, par la suite, à son émanation, le GBA. L'ultime derby, au Bosuil, en est une parfaite illustration puisqu'au prix d'une approche très fine, les joueurs du Kiel avaient pris l'avance par 0-3, l'année passée, avant de plier sous les coups de boutoir de leurs adversaires qui l'emportèrent finalement 5-3. Cette différence-là était déjà perceptible jadis et l'histoire n'a donc fait, somme toute, que repasser les plats ". " Hormis Désiré Bastin et Vic Mees, qui ont à la fois bien mérité de l'Antwerp et des Diables Rouges, je ne vois aucun footballeur belge, à Deurne, qui ait vraiment défrayé la chronique par son savoir-faire sur le terrain ", renchérit Jean Fraiponts. " De l'autre côté de la ville, en revanche, il faut bien avouer que les footballeurs d'exception auront été nettement plus nombreux. Personnellement, je citerai ceux que j'ai vus de mes propres yeux : Raymond Braine d'abord, que je considère toujours, aujourd'hui, comme le meilleur joueur belge de tous les temps, vainqueur de la Mitropa Cup avec les joueurs du Sparta Prague au beau milieu des années 30 ; Rik Coppens, le Paganini du football belge ; et enfin Juan Lozano. Aux dires des anciens, que j'ai rencontrés dans le cadre de mes recherches sur le football belge, beaucoup s'accordent à dire, toutefois, qu'avant Raymond Braine, déjà, le Beerschot avait du génie dans ses rangs avec Rik Larnoe, André Fierens et même le puncheur Ivan Thys, le père de Guy ". Jean Fraiponts : " Il y a un proverbe flamand qui veut que si quelqu'un dit A, il doit dire B aussi. Il est valable partout, sauf à Anvers. Là, c'est ou bien A û lisez l'Antwerp û ou bien B û lisez le Beerschot û mais jamais les deux. Tout amateur de football doit y choisir son camp et opter soit pour les Rats du Kiel soit pour les C hiens du Bosuil, les appellations données aux deux clans de nos jours. Il est d'ailleurs symptomatique de constater que tout au long de leur vécu séculaire, très peu de joueurs ont porté les couleurs des deux clubs. Patrick Goots en est un, son coach René Desaeyere en est un autre et, plus loin, il y a lieu de citer les exemples de Cisse Severeyns, Dirk Goossens et de Jos Heyligen. Mais la mutation la plus retentissante, surtout compte tenu du contexte, fut celle de l'international Bob Paverick de l'Antwerp au Beerschot en 1948. Barré en équipe Première à Deurne, celui-ci avait à c£ur de poursuivre sa carrière dans un club où il serait assuré d'un statut d'incontournable et, si possible, pas trop loin de son domicile. Le Beerschot profita de l'aubaine mais le joueur posa une condition : être exempté du derby car il ne voulait pas s'illustrer contre un club dont il avait défendu brillamment les intérêts pendant plus d'une décennie ". " Ce respect indéfectible se vérifie à d'autres échelons aussi ", souligne l'ancien dirigeant. " Pourquoi donc l'assistance record à un match du championnat de Belgique, avec 43.000 spectateurs, concerne-t-elle un match entre l'Antwerp et Anderlecht, en 1967, et non un derby au Bosuil à la glorieuse époque de Vic Mees et Rik Coppens ? Tout bonnement car de tous temps, les fanatiques du Beerschot ont rechigné à donner leur écot à l'ennemi juré. Et vice-versa. Il n'y a pas plus partisan que les inconditionnels de ces clubs. Et voilà pourquoi une fusion me paraît compromise. A mes yeux, c'est une véritable honte qu'une ville comme Anvers, la plus riche du royaume grâce à son activité portuaire et au secteur du diamant, soit privée d'un titre de champion depuis 1957, l'année où l'Antwerp glana pour la dernière fois cette distinction. De part et d'autre, on a souvent raté le coche. Au Kiel, la direction fut réellement mal inspirée en refusant de débourser les 125.000 francs réclamés par le Tubantia Borgerhout, en 1942, pour le transfert de Jef Mermans. Résultat des courses : le meilleur centre-avant belge de cette décennie fit le bonheur d'Anderlecht qu'il eut le don de propulser à la première place et de l'y maintenir pendant bon nombre d'années. Quant au club de Deurne, son dernier fait saillant fut une finale de Coupe des Coupes à Wembley en 1993. Au lieu de poursuivre sur cette lancée, l'équipe fut dissoute et son coach, Walter Meeuws, remercié. Comprenne qui pourra ". " Et pourtant, je dis et je maintiens qu'il y a place pour deux grands clubs à Anvers. Un rapprochement ne sert à rien, car ce serait l'union de l'eau et du feu. Mais pour peu que le GBA et l'Antwerp se retrouvent aux premières loges, le succès serait garanti. L'Anversois aime à être associé avec tout ce qui est performant. Lors des heures de gloire du Beerschot, 25.000 personnes se pressaient sur les travées du stade olympique. Et quand les Rouge et Blanc de Frans Van Rooy, Rudi Smidts et Hans-Peter Lehnhoff tenaient la dragée haute aux meilleurs, le Bosuil était pris d'assaut lui aussi. Ce n'est pas pour rien non plus que des événements comme le Night of the Proms ou le tournoi de tennis de l'ECC font toujours salle comble dans la Métropole. Pour peu qu'un event en vaille la peine, le citoyen d'Anvers se sentira toujours concerné au premier degré, c'est sûr. Ce que je souhaite au GBA et à l'Antwerp, c'est de pouvoir trouver un jour un mécène comparable au Russe RomanAbramovich à Chelsea. Si un individu est prêt à injecter des millions au Kiel ou à Deurne, je mets ma main au feu que la réponse du public sera positive. Reste à voir si au sein des deux clubs mêmes, tout le monde serait réceptif. Et là, pour l'heure, j'ai toujours mes doutes à ce sujet. En réalité, j'ai bien peur qu'à l'Antwerp, rien ne change tant que le président Eddy Wauters y sera aux commandes. Et, pour bien connaître son homologue Jos Verhaegen, avec qui j'ai travaillé à Ekeren, je ne pense pas qu'une telle ouverture se passera de sitôt. Pourtant, l'avenir radieux des deux clubs est à ce prix ". " Passé de l'Antwerp au Beerschot en 1948, Bob Paverick refusa de jouer contre son ancien club "