Pour les supporters modérés du Sporting de Charleroi, la bouteille est à moitié pleine: "Notre club ne se débrouille pas mal si on tient compte de ses moyens financiers". Pour les virulents, elle est à moitié vide: "On en a ras-le-bol de toutes ces saisons de transition".
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Pour les supporters modérés du Sporting de Charleroi, la bouteille est à moitié pleine: "Notre club ne se débrouille pas mal si on tient compte de ses moyens financiers". Pour les virulents, elle est à moitié vide: "On en a ras-le-bol de toutes ces saisons de transition".Près de 2.000 fans des Zèbres sont affiliés dans l'un des 25 clubs officiels, chapeautés par l'Amicale des Supporters. Ces clubs ne dépassent pas un périmètre géographique limité. Il y en a dans la plupart des communes ceinturant Charleroi, et deux dans la région du Centre. D'anciens ouvriers de Cockerill Sambre, mutés à Liège suite aux restructurations dans le secteur de l'acier, ont aussi formé un mini-club de sympathisants. Qui n'a cependant rien d'officiel, car ce serait une fameuse maladresse de s'avouer supporter des Zèbres quand on travaille à deux pas de Sclessin. L'allergie réciproque entre Carolos et Rouches a atteint un nouveau sommet au début de ce mois, lorsque le Standard est venu gagner à Charleroi. Les calicots des deux camps étaient plus explicites que jamais. La défaite en finale de la Coupe, en 1993, n'a toujours pas été avalée au Pays Noir. "J'étais dans le couloir des vestiaires avant le match du début du mois", explique Fred Emans, vice-président de l'Amicale des Supporters et membre des Zèbres du Parvis. " Alphonse Costantin a passé plus de dix minutes dans le vestiaire de l'arbitre Allaerts, une heure avant le match. Ils se sont isolés à deux. J'ignore ce qu'ils se sont raconté, mais je me pose des questions quand je vois la façon dont Allaerts a dirigé la rencontre. J'avais déjà observé le même cirque deux bonnes heures avant le match contre Anderlecht: Roger Vanden Stock et Michel Piraux avaient l'air de vraiment bien se connaître. Ce soir-là aussi, notre Sporting a été pénalisé par l'arbitrage. De qui se moque-t-on?" Certains supporters du Standard et de Charleroi ne se contentent pas de calicots moqueurs. Ils cherchent à en découdre physiquement. Le Standard a son Hell Side; Charleroi a ses Wallon's Boys. Ceux-ci n'existent plus officiellement depuis que plusieurs de ses membres ont été condamnés et interdits de stade, et que les Wallon's Boys ont été reconnus comme une association de malfaiteurs. Mais ils sont toujours bien présents au Mambourg. "Les gars du Hell Side étaient fiers d'être le seul groupe de supporters à risques en Wallonie", explique un membre des Wallon's. "Ils ont mal supporté notre arrivée. Ils se sont sentis menacés. Notre but n'est pas de semer la zizanie dans le stade. Par contre, nous estimons parfois que nous avons des comptes à régler à la sortie. Comme récemment à La Louvière, dont des supporters nous avaient provoqués sur Internet durant toute la semaine qui a précédé le match".Ferrera-Scifo-Bayat: qui a raison?Marc Monetti, le président de l'Amicale des Supporters, classe les sympathisants des Zèbres en deux catégories. "Les anciens sont généralement calmes, les jeunes sont plus impétueux", dit-il. "La collaboration est bonne. Nous avons promis à Abbas Bayat de ne pas créer d'incidents dans le stade. En échange, il nous fournit du matériel pour mettre de l'ambiance. Nous avons demandé et obtenu l'autorisation de rebaptiser la Tribune 4 en Tribune Mambourg. C'est important pour les nostalgiques. Stade du Pays de Charleroi, c'est un peu pompeux. Les anciens continuent quand même à parler du Parc Astrid et non du Stade Vanden Stock. Et si, demain, le stade du Standard devient Stade Robert Louis-Dreyfus, beaucoup de supporters parleront toujours de Sclessin". Le président Bayat est parrain d'un club de supporters (les Zèbres du Beffroi). Une situation exceptionnelle dans notre football. Son action est très bien perçue par Marc Monetti : "Il a investi beaucoup d'argent pour reprendre un club en très mauvaise santé. Rien que cela mérite tout notre respect. Monsieur Bayat est quelqu'un de sincère: quand il vous parle, il vous regarde dans les yeux. Je serais sceptique s'il regardait ses chaussures. Nous avons beaucoup apprécié qu'il vienne nous expliquer les raisons du limogeage de Manu Ferrera. Il avait demandé à ce que la presse ne soit pas présente. Il nous a convaincus. Si on s'en tient aux chiffres, Enzo Scifo n'aurait jamais dû remplacer Ferrera. Mais le Sporting ne pouvait pas conserver un homme qui faisait des déclarations incendiaires. On jugera Enzo quand il aura entraîné le Sporting pendant une saison complète. Je regrette que des supporters s'en soient pris à lui après la défaite à Lokeren: je me suis excusé au nom de l'Amicale". Le remplacement de Ferrera par Scifo ne suscite pas des commentaires aussi positifs auprès de tous les supporters. "Manu avait son franc-parler et c'est justement une des caractéristiques de notre club", explique Axel Mathieu, du Matricule 22. "Dans cette histoire, j'ai plus tendance à croire la version de Ferrera que celle de Bayat. Manu était peut-être devenu trop médiatique, il commençait à faire de l'ombre à certaines personnes et cela n'a pas été apprécié". Pascal Riga, également du Matricule 22: "Ferrera a été éjecté par Scifo. Il ne faut pas se voiler la face. Notre club était presque européen début décembre, et il a aujourd'hui le plus mauvais bulletin du deuxième tour. Fallait-il vraiment virer un entraîneur dans lequel les supporters se reconnaissaient parfaitement?" Sur un plan plus général, Pascal Riga est assez sceptique quant à l'action du nouveau président: "Son arrivée, c'était encore une révolution au Sporting. Tous ces changements, ça commence à bien faire. Ce n'est pas la première fois qu'un messie s'offre à notre club. Combien de temps celui-ci restera-t-il?"Un traître, Jean-Paul Spaute?Tous les supporters que nous avons contactés se réjouissent que Milan Mandaric n'ait finalement pas pris les commandes du Sporting. "Nous n'avons jamais cru en lui", signale Pascal Riga. "Il n'a jamais donné l'impression de s'intéresser au club. Il voulait faire du pognon sur le dos de Charleroi, point à la ligne. Nous avons été vraiment soulagés quand il a décidé de ne pas venir". Fred Emans: "Mandaric vendait des joueurs. Bayat, lui, cherche à vendre un produit: le Sporting". L'action menée par Jean-Paul Spaute est appréciée de tous. "Nous n'oublierons jamais tout ce qu'il a fait pour le Sporting", affirme Marc Monetti. "Il ne pouvait pas non plus se mettre sur la paille pour ce club. Mais quand le projet Mandaric a capoté, il n'avait plus qu'une seule solution: partir. Sa crédibilité avait été trop écornée". Pascal Riga: "Spaute a fait une bêtise en amenant Mandaric à Charleroi. Mais quel dirigeant n'en fait pas?" La reconversion de l'ancien président, par contre, divise les clubs de supporters. "Il nous a déçus", commente Fred Emans. "Il dit que le Sporting restera toujours le club de son coeur mais il nous ignore royalement. Combien de fois est-il revenu au Mambourg depuis qu'il n'est plus président? Et il ne recherche vraiment plus le contact avec les supporters. Nous ne sommes quand même pas responsables des problèmes qu'il a connus au Sporting. Il devrait prendre exemple sur Gaston Colson, qui ne dit rien mais assiste encore aux matches et vient régulièrement à notre rencontre. Spaute, lui, prend un malin plaisir à s'afficher à Mouscron et à La Louvière. S'il voulait faire un pied de nez au Sporting, il n'agirait pas autrement". Et l'avenir? Et les ambitions de la nouvelle direction? Marc Monetti: "Nous n'exigeons pas du Sporting qu'il joue les trois premières places. Nous sommes conscients que notre club n'a pas les moyens de rivaliser avec les gros cubes du championnat. La coupe d'Europe devient tout doucement une obligation à Mouscron, vu son budget. Pas chez nous. Nous demandons simplement à nos joueurs qu'ils affichent de la rage de vaincre pour le Sporting. Qu'ils aient l'amour du maillot, comme Rudy Moury, Dante Brogno ou Eric Van Meir. Nous n'avons pas sifflé notre équipe après les défaites à domicile contre Anderlecht et le Standard, parce que les joueurs s'étaient battus". Toni pour faire oublier Dante?Tous les supporters de Charleroi sont bien d'accord: Dante Brogno est irremplaçable. D'où une idée qui a germé récemment et qui figure à l'ordre du jour de la prochaine réunion de l'Amicale: ne plus jamais attribuer de numéro 11 à un joueur du Sporting. Un courrier officiel en ce sens a été rédigé à l'attention de la direction. "La nuit qui a précédé son dernier match, j'ai rêvé qu'il marquait le but de la victoire contre le Standard, puis qu'il enlevait son maillot pour faire apparaître un tee-shirt avec un gros poisson", raconte Marc Monetti. "La cicatrice laissée par son départ n'est pas près de se refermer. Aujourd'hui, tous nos espoirs se reportent sur Grégory Dufer, le seul joueur de la région qui pourrait un peu nous faire oublier Dante. Mais nous savons très bien que s'il explose vraiment, il ne restera plus très longtemps à Charleroi. Je comprends la direction: elle ne peut pas multiplier son salaire par deux. Manchester United peut le faire avec David Beckham; le Sporting ne peut pas se le permettre avec Dufer..." La pilule du départ soudain de Brogno ne passe pas plus facilement chez Pascal Riga: "Le Sporting est devenu le cimetière des éléphants. Philippe Albert arrive, tous les supporters sont fous de joie, il joue quelques matches puis doit arrêter. Cette saison, on nous refait le coup avec Scifo. Ces joueurs ignoraient-ils vraiment qu'ils étaient complètement usés en arrivant au Sporting? Je me pose la question. Maintenant, c'est Dante qui nous quitte. C'est dur. Dante était un monstre à Charleroi. Plus qu'Enzo, qui n'a jamais eu la fibre carolo". Fred Emans: "Abbas Bayat devrait nous offrir Toni Brogno pour atténuer notre peine. Est-il nécessairement inabordable? Pourquoi ne pas lui proposer un contrat raisonnable et une grosse prime par but marqué? Si on met derrière lui des joueurs capables de l'approvisionner en bons ballons, ça peut faire mal". Et l'ancrage carolo?En début de saison, on a abondamment reparlé de l'ancrage carolo. Le Sporting voulait en finir avec la présence massive de mercenaires et favoriser des joueurs belges. Premier coup de canif dans le contrat: l'arrivée d' Eduardo en cours de saison. Deuxième hic: le débarquement des trois Iraniens. "On parle maintenant de plusieurs renforts africains, d'un autre Brésilien, d'un Grec", relève Pascal Riga. "Je suis impatient de rencontrer le président pour lui expliquer ma façon de penser". Fred Emans: "Il sera de plus en plus difficile de sortir des stars locales de notre école de jeunes. Il y a quinze ans, tous les gamins de la région qui aimaient le foot rêvaient de jouer au Sporting. Ils étaient fiers dès qu'ils étaient invités à un entraînement. Le rayonnement du club a diminué entre-temps, au profit du foot en salle notamment". Pascal Riga: "Une fois de plus, nous nous rendons compte que le discours tenu au début de la saison n'était que du vent. La direction nous fait croire un tas de belles choses mais je constate qu'elle fait tout, sauf privilégier le long terme. Dimitri de Condé doit s'en aller parce qu'il est trop cher. C'est pourtant un joueur exceptionnel qui se sent vraiment concerné par le Sporting. Pour lui, le maillot a encore une signification. Abbas Bayat propose d'investir des centaines de millions à la Ligue Pro mais il est incapable de conserver de Condé ou de transférer Dieter Dever, de Roulers. Il faut arrêter de rire. Le président a été trop gourmand en début de saison et il ne sait déjà plus tenir ses promesses. Plusieurs joueurs vont partir mais on n'annonce rien de terrible pour les remplacer. Alors qu'avec l'arrêt de Brogno, nous avons déjà subi une perte terrible. Et la licence: doit-on croire les dirigeants quand ils disent que tout va s'arranger?" Marc Monetti: "L'argent pourrit tout. Dimitri de Condé est bien ici et il joue de bons matches, mais il doit s'en aller parce qu'il coûte trop cher. Roberto Bisconti fait aussi une bonne saison mais il a décidé d'aller gagner plus ailleurs. Il oublie apparemment que le Sporting l'a complètement relancé, que plus personne ne parlait de lui il y a quelques mois. Des départs pareils nous font mal. Celui de Robert Waseige nous avait aussi attristés. Surtout parce qu'il avait quitté Charleroi pour le Standard. Il avait qualifié le Sporting pour la Coupe de l'UEFA et c'était à lui de diriger notre équipe dans cette compétition. Il y avait un goût d'inachevé dans ce départ". Axel Mathieu: "Chaque jour qui passe, nous sommes un peu plus inquiets. Je me demande chaque matin quelle mauvaise nouvelle je vais apprendre dans la presse. J'espérais qu'avec Abbas Bayat, nous ne serions plus systématiquement stressés à ce stade de la saison. Mais la situation n'a guère évolué". Fred Emans: "Ce sont des Flamands qui vont faire le tri entre les clubs qui recevront la licence et ceux qui ne l'auront pas. Ça m'inquiète. S'il y a des cadavres à Charleroi, je serais curieux d'ouvrir les placards d'Alost ou de Beveren".Pierre Danvoye