La dépression vous guette ? Foncez chez Wagneau Eloi (32 ans), véritable vendeur d'optimisme. Ses fous rires valent le détour. Difficile de trouver plus cool. On vous conseille moins de fréquenter Daniel Leclercq (56 ans) si vous êtes en plein coup de blues. Quoique... Malgré les apparences, lui aussi peut avoir de l'humour. Un humour fin, typiquement du deuxième degré. Ses petites piques lancées avec un sourire en coin révèlent l'homme qui se cache derrière une carapace hostile au premier regard.
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La dépression vous guette ? Foncez chez Wagneau Eloi (32 ans), véritable vendeur d'optimisme. Ses fous rires valent le détour. Difficile de trouver plus cool. On vous conseille moins de fréquenter Daniel Leclercq (56 ans) si vous êtes en plein coup de blues. Quoique... Malgré les apparences, lui aussi peut avoir de l'humour. Un humour fin, typiquement du deuxième degré. Ses petites piques lancées avec un sourire en coin révèlent l'homme qui se cache derrière une carapace hostile au premier regard. Les points communs entre ces deux hommes ? La fabuleuse aventure du Racing Club de Lens, sacré champion de France contre toute attente en 1998. Mais aussi un passage contrasté à La Louvière, à des périodes différentes. Leclercq a quitté le Tivoli durant l'automne 2001, avant d'y avoir achevé son £uvre ; Eloi a pris congé des Loups en fin de saison dernière après s'y être joliment relancé et s'être bagarré avec Filippo Gaone. Aujourd'hui, Daniel Leclercq patiente sur la touche. A la manière d'artistes de variété comme Alain Souchon ou Laurent Voulzy, l'homme a l'habitude de s'accorder de longues pauses entre deux albums. Entraîner pour entraîner, ce n'est pas pour lui. S'il ne se retrouve pas totalement dans le projet qu'on lui propose, il préfère rester sagement chez lui. Après avoir fait remonter Valenciennes de National en Ligue 2 et quitté ce club en mai dernier pour incompatibilité d'humeur avec un dirigeant, il se consacre actuellement à son épouse, malade, et à quelques piges de consultant pour Canal+ France. Wagneau Eloi, lui, est en plein boum. Il fait parler la poudre à Roulers et peut encore viser le titre de meilleur buteur de D1. Dès que l'on parle de Leclercq à Eloi, ses yeux s'illuminent. Le respect est total. L'attaquant d'origine haïtienne ne dit jamais Daniel ou Leclercq mais le coach. Il était chaud comme la braise pour le retrouver le temps d'une interview. Rendez-vous à Lens, où Eloi réside à deux pas de la mairie. Il étudie d'ailleurs la possibilité de se présenter aux prochaines élections municipales. " Il n'y a plus rien qui va, ici ", lance- t-il. " Chaque semaine, des gens manifestent. Les embouteillages sont quotidiens. Il est temps de faire bouger les choses ". Daniel Leclercq : J'ai évidemment de grands souvenirs ici, mais ce club ne m'a pas marqué plus qu'un autre. Le titre avec le Racing, c'était très beau. La nuit du 9 au 10 mais 1998, avec une bonne partie des Lensois dans la rue, c'était magnifique. Mais le sauvetage avec La Louvière et la montée avec Valenciennes, c'était certainement aussi fort. Lens jouait devant 40.000 personnes, La Louvière devant 6.000, Valenciennes devant 11.000, ça fait des différences d'ambiance, mais la chaleur des gens était la même. Wagneau Eloi : C'est à Lens que j'ai connu mes meilleurs moments. Mais mon expérience avec ce club aura toujours un goût d'inachevé. Le Racing m'a fourgué à Monaco contre mon gré, en janvier 1999. Je ne voulais pas partir mais on m'a poussé dans un traquenard. Je n'avais plus que quelques mois de contrat ici, Monaco proposait le pactole et ça arrangeait bien les deux clubs. Leclercq : Wagneau est parti quand il s'éclatait le plus. Il avait gagné le respect de tout le stade. Il n'était pas prêt pour entamer une aventure dans un contexte complètement différent. En arrivant à Monaco, il avait un certain statut. Mais au Racing, c'était encore bien autre chose. Eloi : Oui, mais on mettra ça sur le compte de la jeunesse, de l'inexpérience. J'ai souvent regretté d'avoir quitté Lens à un moment où je progressais chaque jour avec le coach. A chaque entraînement, j'apprenais systématiquement un truc intéressant. Il était très dur, il instaurait la crainte dans le groupe, on se demandait souvent pourquoi il nous traitait comme ça. Je ne l'ai compris qu'après avoir quitté ce club. Plus aucun entraîneur ne m'a apporté autant. Le coach disait les choses en face, c'est bien mieux qu'un gars qui ne te dit rien mais t'attend au tournant. Leclercq : Wagneau dit qu'il ne m'a pas compris directement et... je comprends. Il faut du temps pour assimiler les méthodes d'un entraîneur. Quand un type me dit qu'il comprend tout mon discours tout de suite, je ne le crois pas. Eloi : Seul le coach l'avait prédit, dès le premier entraînement de l'été. Le président est venu nous expliquer qu'il visait une qualification européenne. Il avait à peine tourné les talons que le coach nous a lancé : -On y va pour le titre. Nous l'avons tous pris pour un fou. Mais après deux mois de boulot, nous avons compris que c'était possible parce que nous avions les qualités pour y arriver. Leclercq : Et le c£ur. Cet objectif associait ambition et insouciance. Eloi : Le coach m'a aidé à gommer mon côté insouciant, nonchalant. Il me mettait constamment sous pression : j'en avais besoin et j'en étais conscient. Leclercq : C'est clair qu'au début, la mentalité de Wagneau ne me convenait pas du tout. On le critiquait beaucoup, c'était Wagneau ceci, Wagneau cela. Faire taire ces critiques, c'était un challenge supplémentaire pour moi. Je le voulais plus déterminé. Et j'ai fait changer les opinions. Mais bon, heureusement qu'il n'y avait pas 20 Wagneau dans mon groupe. (Il rit). Leclercq : Son côté fantasque, je l'aimais bien. C'était une arme qui lui permettait de faire des choses différentes pour débloquer des situations qui paraissaient cadenassées. Quand je le voyais réussir des trucs exceptionnels à l'entraînement, je me disais : -P--, il nous fait ça 20 fois sur un match et on est tranquille. Mais il était trop irrégulier dans ces gestes inattendus et c'est ça que je lui reprochais. C'est mon côté exigeant. Si un de mes joueurs réussit 49 passes sur 50, je râle pour la cinquantième, celle qu'il a ratée. Leclercq : Ces retrouvailles de quelques semaines, je les ai beaucoup appréciées. Wagneau était sans club, je voulais l'aider. J'ai fait la même chose, au même moment, avec Martin Djetou. Je les ai accueillis parce que je les appréciais beaucoup, mais je ne leur ai pas fait de cadeaux, ils en ont bavé comme mes titulaires. Leclercq : Nous en avons discuté mais c'était dangereux. Pour Wagneau comme pour moi. Nous nous connaissions tellement bien que cela aurait sûrement été mal perçu par certaines personnes. Eloi : En plus, je n'étais pas du tout en forme à ce moment-là, cela s'est d'ailleurs bien vu lors de mes premières semaines à La Louvière. Si j'avais joué avec Valenciennes comme je jouais à l'époque avec la RAAL, nous en aurions pris plein la tête tous les deux. (Il se marre). Leclercq (ironique) : Ah, enfin... Leclercq (encore ironique) : Mais comment voudriez-vous que je n'aie pas une bonne opinion du football belge alors que nous sommes voisins ? Leclercq : Pour des questions de timing. Je suis persuadé qu'il y a un potentiel fabuleux dans ce club. Ça ne me dérangerait pas de travailler là-bas. Mais pas pour y commencer n'importe quand. Pas pour y jouer le maintien avec un noyau que je ne connais pas, que je n'ai pas composé. J'avais pu faire mon groupe à Lens et ça a bien marché. A La Louvière, ce ne fut pas le cas mais je suis heureusement tombé sur des gars réceptifs. A Valenciennes, la première année, j'ai dirigé des joueurs que je n'avais pas recrutés et ça ne s'est pas bien emboîté. Ça a mieux fonctionné la saison suivante, j'ai pu choisir des hommes et nous sommes montés en Ligue 2. Pour Mouscron, il y avait aussi un problème de timing à propos de mon épouse. Elle devait passer un scanner très important le 27 janvier et je voulais attendre les résultats de cet examen pour m'engager éventuellement. Toutes les autres raisons qu'on a pu invoquer ne tenaient pas la route. On a parlé de problème financier. Mais nous n'avons jamais parlé argent. Si on avait abordé la question du salaire, ils m'auraient pris tout de suite, ils seraient même venus me chercher en voiture ! On a dit que j'aurais eu l'impression de redescendre d'un palier en signant dans ce club : n'importe quoi ! J'ai aussi lu que j'exigeais de venir avec mon staff : encore n'importe quoi. Je ne voulais surtout pas mettre Mouscron sous tutelle française. Et ils ont pris qui, finalement ? (Il fait un clin d'£il révélateur). Leclercq : Pourquoi pas ? En plus, si on peut acheter des matches, p---, on va être champions... Leclercq : Quand je vois Wagneau à la télé, quand je lis des trucs sur La Louvière et sur Filippo Gaone, ça m'interpelle évidemment. Eloi (incisif) : Ils sont fous, coach. Ils sont complètement fous. Avant ces affaires, j'étais sûr et certain que pour truquer un match, il fallait impliquer un gardien ou un défenseur central. Mais des gars qui jouent à d'autres postes ont reconnu qu'ils avaient faussé des rencontres. Donc, c'est possible. Et moi, je me retrouve là-dedans ! Ma chance, c'est de ne pas avoir attendu l'enquête sur le 7-0 au Lierse pour parler. Avant le match, j'en ai discuté autour de moi. Dès le mardi, il a été question de laisser filer. Des joueurs n'étaient pas payés, j'en faisais partie. Nous nous sommes demandé ce qu'il était possible de faire pour marquer le coup. Finalement, nous avons décidé de ne pas combattre. Silvio Proto a refusé : c'est pour ça qu'il n'a pas joué. Aujourd'hui, on me menace d'une suspension parce que, comme plusieurs coéquipiers, je ne me suis pas donné à fond. Une menace de suspension pour réaction collective. Mais on offre l'immunité à Patrick Deman, qui a reconnu avoir vendu des matches. C'est n'importe quoi. Ils sont fous, je vous dis ! Eloi : Il n'avait qu'à faire comme Proto, refuser de jouer. Eloi : Ils ont dû bien rigoler, les gars de la Fédération qui nous ont interrogés. Fadel Brahami a même osé parler de méforme collective. (Il éclate de rire). Il était prévu que Gunter Van Handenhoven fasse une déclaration après le match, pour que tout soit clair : -Voilà comment on joue quand on n'est pas payé. Mais il ne l'a pas fait. Eloi : Il avait envie que j'arrive à 10 buts, mais il n'était au courant de rien et je lui ai simplement dit, avant le match : -Coach, tu vas être surpris. Deux heures plus tard, il avait tout compris. C'était clair, quand même ? Pourtant, plein de gens ont conclu de ce match que le Lierse était décidément très fort. Ses supporters ont fait la fête. N'importe quoi. (Il se marre). Leclercq :France Soir est venu me voir récemment pour une interview sur les matches arrangés en Belgique. Et je repense à des trucs qui se sont passés quand j'étais à La Louvière. A un gardien - NDLA : Didier Xhardez - qui n'a pas voulu resigner parce qu'il avait été contacté pour fausser des matches, par exemple. Quand j'ai dû bâtir un noyau pour la nouvelle saison, on m'a présenté Manu Karagiannis comme un déménageur, comme un type qu'il fallait absolument prendre. Je ne connaissais pas bien Olivier Suray, mais on m'a dit qu'il avait joué à Anderlecht, au Standard, en Turquie. J'ai fait confiance. Karagiannis : médian défensif. Suray : défenseur central. Dans le premier match de la saison, on se prend un 8-2 au Germinal Beerschot. Ce jour-là, je me suis dit qu'il s'était passé des trucs. Mais je n'excluais pas, simplement, une cabale contre moi. Leclercq (énigmatique) : Quand des gars alignés à des postes clés sont aux abonnés absents, ça peut aller vite. Ça passait comme dans du gruyère. Leclercq : Je le considère comme un ami. Un vrai. Et ce n'est pas mon style de tirer sur une ambulance... Son inculpation est humainement très triste car j'avais confiance en lui. On devait se voir en janvier pour fêter la Nouvelle Année mais je ne l'ai pas appelé, par pudeur vis-à-vis des affaires. J'aurais dû. J'aurais pu le soutenir. Eloi : Je dois le respect à Gaone pour deux raisons. Parce qu'il pourrait être mon père et parce qu'il m'a permis de rejouer alors que j'étais chômeur. A part ça, j'estime que quand on est président d'un club, on doit le traiter comme son enfant. Ce n'était pas le cas de Gaone. Leclercq : Quand j'étais là-bas, la RAAL était l'enfant de Filippo Gaone et de Jean-Claude Verbist. Eloi : Si le club avait été son enfant, il n'aurait pas commencé à le décapiter en janvier de l'année dernière. Avec l'équipe du premier tour, on aurait pu titiller les grands jusqu'au bout et je suis sûr qu'on aurait gagné la Coupe de Belgique. C'est La Louvière qui aurait dû jouer contre Marseille en Coupe de l'UEFA, pas le Germinal Beerschot. Vous imaginez l'affiche ? Du jour au lendemain, Gaone n'a plus donné à son équipe la possibilité de s'exprimer, de continuer son rêve. Il ne nous a plus respectés. Une fois le maintien acquis, il ne souhaitait plus qu'une chose : que je ne marque plus et que l'équipe perde ses matches. Cartier m'a avoué que Gaone lui avait demandé de ne plus m'aligner. Quand j'ai lu dans la presse qu'il ne souhaitait plus payer trop de primes, je suis allé lui demander s'il avait bien fait cette déclaration. Il m'a répondu par un petit sourire et m'a vaguement expliqué que c'étaient des inventions de journalistes. Leclercq : Je vais quand même défendre un peu Filippo Gaone... Je suis allé voir le dernier match à domicile, la saison passée. J'ai vu plein de nouvelles têtes. On m'a dit : -Celui-là, c'est l'avocat du club. Celui-là, il fait ceci. Celui-là, il fait cela. Et Pietro Allatta. Et Untel. Et Untel. Alors que quand j'entraînais La Louvière, il y avait Filippo Gaone, Jean-Claude Verbist, le secrétaire, le responsable du matériel et moi. Point à la ligne. Je me demande si Gaone ne s'est pas laissé influencer par tous ses nouveaux collaborateurs. J'en suis même convaincu : il a été manipulé. PIERRE DANVOYE, ENVOYÉ SPÉCIAL À LENS