"Les supporters adverses me sont hostiles parce que je suis riche, beau garçon, grand joueur de football et que les gens sont jaloux de moi. Je ne vois pas d'autre explication ". L'egotrip est signé Cristiano Ronaldo au lendemain d'un déplacement hostile au Dinamo Zagreb. Qu'il quitte la Liga pour la Ligue des Champions ou rejoigne son équipe nationale comme lors du barrage en Bosnie, le Portugais est l' " ennemi public n°1 " lors de chaque déplacement.
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"Les supporters adverses me sont hostiles parce que je suis riche, beau garçon, grand joueur de football et que les gens sont jaloux de moi. Je ne vois pas d'autre explication ". L'egotrip est signé Cristiano Ronaldo au lendemain d'un déplacement hostile au Dinamo Zagreb. Qu'il quitte la Liga pour la Ligue des Champions ou rejoigne son équipe nationale comme lors du barrage en Bosnie, le Portugais est l' " ennemi public n°1 " lors de chaque déplacement. A l'inverse, Lionel Messi est épargné voire respecté par les fans les plus virulents alors que les dégâts sportifs pour les visités sont sensiblement les mêmes. Pourquoi cette différence de traitement chez les deux meilleurs joueurs au monde ? La réponse est certainement à piocher hors du contexte stricto-sportif, dans l'image que dégagent ces icônes du foot mondial. Les cylindrées rutilantes, les girlfriandises exhibées, tout le show bling-bling de CR7 passe difficilement dans un sport aux ciments populaires. Malgré des contrats publicitaires exorbitants, un salaire qui l'est tout autant, Lionel Messi se fait plus discret, sa tête d'ado limite geek en comparaison avec l'Apollon Armani, ne provoque pas la même irritation dans les travées. Il existe aussi les spécialistes du " bâton pour se faire battre ", dont MarioBalotelli en est le personnage ultime, multipliant les frasques et capable par après d'afficher un T-shirt " why always me ? " que ne renierait pas Calimero. En Belgique aussi, on a nos têtes de Turc des tribunes. Le public siffle leur arrogance, leur (présumée) grande gueule ou leur côté provocateur. C'est ce qu'on appelle le fameux folklore du foot. Ce cadre est outrepassé (ce qui est malheureusement et souvent le cas) quand l'origine sociale ou culturelle et le physique sont visés et moqués. Sport/Foot Magazine a dressé (par ordre alphabétique) la liste des dix personnages inoubliables des kops belges. " C'était un symbole du club : il était 100 % Standardman ", affirme Michaël Goossens, partenaire du Gil' de 1990 à 1996. " Il était donc logique qu'il soit la cible des kops adverses... d'autant qu'il n'était jamais très loin d'eux. De plus, il avait un côté provocateur, il jouait un peu avec son image, celle d'un gars qui ne voulait pas passer inaperçu. En hiver comme en été, Gil était toujours bronzé, ça n'avait rien d'anodin. Son style de jeu aussi était incomparable avec les autres gardiens. Aujourd'hui, je n'en vois aucun qui s'en rapproche. Le fait qu'il s'est fait allumer par les supporters adverses, ça fait partie du jeu. Et il avait cette force mentale pour parfaitement s'en accommoder. Si à Anderlecht, ça pouvait être chaud, à Charleroi c'était pire. Je me rappelle la fois où le kop carolo lui a balancé des bananes ou encore juste après son Soulier d'Or perdu en 1995, où il s'était fait bombarder de godasses en or. En réponse, Gil' avait sorti un match d'anthologie. " JOHAN BOSKAMP Entraîneur, Johan Boskamp avait l'image du bon gars, sympa avec qui on aurait bien été taper la carte. Aujourd'hui, sa gouaille inimitable fait encore le bonheur des plateaux télés du nord du pays. Du temps de ses jambes de 20 ans, le Bos n'avait pas pareille réputation. Son nom était davantage associé au jeu dur et brutal, à un briseur de numéro 10... même s'il était aussi excellent joueur. Ses accrochages avec JuanLozano étaient devenus célèbres à tel point que lors de la saison 76-77, l'Hispano-Belge envoya deux coups directs au Hollandais et prit dix matches de suspension. Boskamp en reçut six pour avoir envoyé Lozano au tapis. Bossie avait le caractère bien trempé et aimait jouer avec les sifflets du public où les kaaskop (hollandais donc... tête de fromage) qui lui étaient balancés. " A l'époque du grand RWDM, qui fut champion en 1975, il y avait deux stars : Maurice Martens et Johan Boskamp. Arrière gauche, Martens était le prototype du joueur élégant qui ne donnait jamais de coup, Boskamp par contre se chargeait de la sale besogne. Et je crois qu'il aimait ça ", rappelle Stephan Streker, cinéaste et grand passionné du RWDM. " J'adorais être détesté ", avouait Dante Brogno à Sport/Foot Magazine à l'approche de la fin de sa carrière. Captain Crochet marchait à l'excitation des arènes hostiles et enfumées. " Les supporters adverses n'ont jamais compris que leurs chants, leurs sifflets à mon encontre me stimulaient. De toute façon, je ne leur en ai jamais voulu même si c'est vrai qu'au Standard, ils ne m'ont jamais loupé. Ça fait partie du folklore, ça fait partie du foot. Et puis je prenais tous ces sifflets comme une forme de reconnaissance. Le kop cherche toujours à déstabiliser l'arme la plus redoutable. Il y a trois-quatre ans, pour les besoins d'un reportage télé, j'avais rencontré des présidents d'associations de supporters du Standard qui m'avaient expliqué que si j'étais à chaque fois visé c'est parce que j'étais le personnage-phare du Sporting, celui qui symbolisait le club. Quand je vous parlais de reconnaissance... " BERTRAND CRASSON " Vous savez, depuis que je suis revenu au pays, je n'ai cessé de me faire insulter... Doit-on s'habituer à cela ? Plus que jamais, Anderlecht suscite la haine, représente la richesse, la capitale, etc. Je trouve cela de plus en plus éc£urant... Mais, de cela, on ne parle pas souvent. Quand certaines vérités sortent de la bouche de Crasson, cela fait l'effet d'une bombe ! " Cette déclaration intervient quelques jours après que l'arrière anderlechtois ait balancé au micro de Marc Delire (époque RTBF) : " Beveren évolue comme une équipe d'ouvriers. " Les anti-Crasson n'en demandaient pas tant. " Il faut savoir que je revenais à l'époque d'Italie et que le terme squadra operaia (équipe ouvrière) était usité pour évoquer des petites équipes qui suent sur le terrain. Dans ma bouche, ça ne se voulait pas du tout injurieux. Ça voulait dire que c'était une équipe sans star, qui travaillait sur un terrain. Cet épisode m'a appris qu'il fallait faire gaffe au moindre mot. J'ai eu droit après coup à tous les chants possibles et imaginables. Au Standard, ils augmentaient d'un cran évidemment. Mais ces chants ne m'ont jamais déstabilisé, ou foutu la trouille, au contraire. " Comment expliquer cette " détestation " ? " Ce fut le cas très vite dans ma carrière ", poursuit Crasson. " J'étais souvent interviewé par les médias et je représentais le côté bourgeois de la capitale. J'ai joué avec cette image-là aussi, je ne vais pas le cacher, je pouvais être provocateur. "Après sa carrière de footeux, le sextuple champion de Belgique a occupé le poste de consultant chez Belgacom. Et apparemment, les supporters n'avaient pas oublié ses antécédents : " Surtout au début où certains supporters pensaient me voir arriver avec mon écharpe mauve alors qu'aux commentaires j'ai toujours été plus dur avec Anderlecht qu'avec les autres. A Bruges, j'ai connu un moment assez surréaliste quand un imbécile de steward m'a demandé peu de temps avant la mi-temps, alors que je me dirigeais pour faire les interviews au bord du terrain, de me mettre à genoux car je masquais la vue des supporters. Après avoir expliqué que j'étais là pour faire mon boulot, il en a remis une couche et le ton est monté. Et les supporters qui n'étaient pas loin m'ont lancé des cacahuètes ( sic) à la figure. Pour que je puisse regagner le vestiaire, il a fallu qu'on tire la protection coulissante. Sur le coup, je ne voulais plus refaire du bord de terrain à Bruges. Mais finalement, je suis revenu et la suite s'est bien passée. " Les débuts avaient tout d'un conte de fées : attaquant d'un petit club promu (Alost), statut de pro sur le tard, une bonne bouille, les deux langues nationales parfaitement maîtrisées et un crochet dévastateur. Trois mois après son arrivée en D1, celui que le public du Parc Astrid surnommera le Ket, décroche le Soulier d'Or sur un seul scrutin ; une première pour l'élection. La godasse dorée va définitivement changer le statut de Gilles De Bilde. Suite logique : au bout de sa première saison, le nouveau golden boy du football belge signe chez le club le plus titré du pays. A Anderlecht, De Bilde n'est plus l'attaquant sympathique du club alostois. La pression devient énorme et les débuts ne répondent pas aux attentes d'autant que de lourds problèmes privés viennent se greffer. Le 21 décembre 1996, un an et demi après son arrivée au Parc, la soupape lâche. Face à ses ex-couleurs, De Bilde décoche un coup de poing à la face de Kris Porte. Les médias s'emparent de l'affaire et diffusent un peu partout le visage ensanglanté du joueur alostois. " Son geste n'est pas le fait d'un violent de nature, mais celui d'une star qui n'a pas su assumer son statut, c'est tout ", tentera comme explication, son avocat Daniel Spreutels. Devenu véritable ennemi public, la carrière de De Bilde passe alors par l'étranger. Après quatre années d'exil aux Pays-Bas (PSV) et en Angleterre (Sheffield Wednesday), le Ket revient à Anderlecht mais personne n'a oublié " l' affaire Porte ", surtout pas les kops de D1 qui prennent un malin plaisir à le chauffer. Et puis, De Bilde n'est pas du genre profil bas : les journaux à sensation ne passent pas à côté de sa dernière Ferrari ou de sa dernière soirée chez les BV. De Bilde, le David Beckham belge tenteront certains médias... On n'est toujours pas convaincu. OLIVIER DESCHACHT " Olivier Deschacht est considéré comme un ouvrier qui fait son travail, sans plus. Il réalise d'ailleurs quelques passes mal ajustées, souvent à la base de buts pour l'adversaire, que le public met du temps à lui pardonner. [... ] Olivier Deschacht est conspué en équipe nationale et considéré comme un joueur moyen par nombre d'analystes alors qu'il est, de manière amusante il est vrai, considéré par certains comme le meilleur défenseur d'Anderlecht. " Voici ce qu'on a pu lire (passage aujourd'hui retiré) sur la page Wikipedia d'Olivier Deschacht. Rapidement dans sa carrière, l'arrière-gauche des Bruxellois a rencontré son lot de détracteurs, chez les supporters adverses mais aussi à Anderlecht où, cette saison, la gronde s'est fait particulièrement entendre sur la question du capitanat. Deschacht dut d'ailleurs abandonner son brassard au profit de Lucas Biglia. La page de soutien sur Facebook " we steunen Olivier Deschacht " forte de 49 membres n'y changera rien... Si le blondinet du Sporting ne figurera jamais dans la collection des esthètes du Parc Astrid, le traitement qui lui est réservé dépasse le cadre sportif. Tête blonde (qui pour les beaufs renvoient à " homo Deschacht "), origine sociale avantageuse qui a alimenté les soupçons de pistons en équipe d'âge, quelques Miss Belgique au bras, et des provocations déplacées (certains adversaires n'hésitant pas à rappeler qu' Oli aimait leur dire ô combien il était à l'aise financièrement...), autant de paramètres qui ont alimenté les sifflets et chants haineux. Nul doute que si Deschacht devait quitter le Sporting, Silvio Proto reprendra le flambeau du joueur d'Anderlecht le plus détesté (il en faut toujours un). Son poste de gardien qui le scotche au kop et une théâtralité parfois grossière, sont pour beaucoup dans les " Proto Jeannet' " lors de chaque déplacement des Mauves. " Le fait qu'il soit provocateur dans son jeu, ça énerve les défenseurs mais aussi les supporters ", admet Mohamed Ceza Kardo, agent et meilleur ami de Nabil Dirar. " Aujourd'hui, quand il entend les Dirar Jeannet', ça le fait sourire bien plus que ça l'énerve. C'est devenu une habitude pour lui. Dans un passé pas si lointain, il lui arrivait de sortir du match à cause des insultes des supporters. C'était bien plus grave que des Jeannet', c'était plutôt des bougnouls, macaques, qu'on lui balançait. A Lokeren, à Gand et à Anderlecht, c'est à chaque fois le cas. Dernièrement, c'est au Standard que ça s'est tendu. Lors du dernier match à Sclessin, c'est tout le stade qui le sifflait dès sa première touche de balle. Et les insultes n'étaient pas très loin. Quand il a marqué, il était de bonne guerre qu'il réponde en tendant l'oreille, non ? Avec le public brugeois aussi, il a connu un passage difficile l'an dernier. Mais aujourd'hui, le public a un nouveau Nabil devant lui. Et il s'en rend compte. En très peu de temps, il est parvenu à devenir le chouchou des supporters même s'il y a encore des irréductibles avec qui ça ne passera jamais. Mais ils sont aujourd'hui très minoritaires. "Il fut le premier joueur à quitter Gand pour l'ennemi brugeois. C'était en 1999 et l'affaire ne connut pas le même retentissement que le passage récent de Boerjan Jorgacevic (nouveau surnom attribué par les supporters buffalos à leur ex-gardien) chez les Blauw en Zwart. Gand n'était pas encore un club du top mais une formation qui connaissait de sérieux soucis financiers. L'argent de la vente du néo-Diable fut la bienvenue. A son arrivée au Club, Martens fut affublé du surnom Sandy Boccacio (nom d'une discothèque flandrienne). A son départ il était devenu Cindy Jeannet', un sobriquet que lui collaient même certains coéquipiers. Morphologie élancée, cheveux longs et fils à papa et à maman dont il quittera le domicile à seulement 30 ans, SandyMartens n'était pas le prototype du joueur viril. Et dans un milieu souvent bas-de-front, où les clichés homophobes ont la vie dure, ça se paie cash, surtout quand les prestations sont à la baisse. Cindy Jeannet' deviendra un classique des tribunes dans les années 2000. " J'étais trop brave pour ce milieu ", avouera-t-il dans une interview accordée à Humo. La testostérone et le foot ont encore de beaux jours devant eux. S'il ne devait en rester qu'un ce serait lui : Stijn Stijnen aura tout fait pour se faire détester. Agressif, voire très dangereux sur le terrain (il faisait d'ailleurs partie de notre hit-parade des bouchers du football belge), provocateur en diable envers les publics adverses, mais aussi pirateur de ses propres coéquipiers : l'ex-gardien de l'équipe nationale nous a fait la totale en quelques années. Depuis son arrivée au Beerschot, Stijnen tente de se faire oublier, même si les travées le gardent toujours dans le viseur. Mais jusqu'à quand ? Ne dit-on pas " chassez le naturel, il revient au galop " ? Humble, discret, poli : autant d'adjectifs qui collent au footballeur belge du siècle. On imagine difficilement que dans les années 70, il ait pu être la cible des quolibets. " Les sifflets du public, c'est une forme de jalousie, faut bien le dire. Le but est de faire perdre pied aux éléments les plus talentueux. Mais moi la pression des supporters d'en face me faisait plutôt l'effet d'un kick. "Métronome d'un Anderlecht tout puissant, Paul Van Himst a toujours été symbole de technicité et d'élégance. " Peut-être que ça pouvait être pris pour de l'arrogance. Le surnom Polle Gazon ? Ça n'a rien avoir là-dedans, j'étais souvent mis au tapis car je faisais partie de la race des dribleurs. Je pense aussi que les médias ont un rôle néfaste auprès des supporters. Au retour de Mexico 70, des journalistes néerlandophones ont notamment écrit que je refusais de joueur en attaque au côté de Raoul Lambert. Ce qui était absolument faux. Seulement, quand je me suis rendu à Bruges après coup, le public Blauw en Zwart m'est tombé dessus. Ça restait dans les limites de l'acceptable. Ce qui est par contre inadmissible, c'est quand on lance des chants racistes comme on peut en entendre parfois ou quand quelques imbéciles chahutent une minute de silence. Malheureusement, des cons il y en aura toujours... " PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: IMAGEGLOBE " Le kop cherche toujours à déstabiliser l'arme la plus redoutable. " (Dante Brogno)" Je représentais le côté bourgeois de la capitale. J'ai joué avec cette image-là aussi. " (Bertrand Crasson)