Les sondages sont en berne pour les Diables Rouges après leurs meetings avec le Kazakhstan, l'Arménie, la Serbie et avant d'aborder l'Azerbaïdjan. Les vents d'est ont solidement écorné leurs ambitions. Il y a quelques mois, après le tirage au sort de cette grande aventure, Michel Preud'homme, alors président de la commission technique et patron de l'équipe nationale, espérait conquérir sept points lors des trois premières rencon- tres. La Belgique est loin du compte avec une récolte de quatre unités sur les neuf mises en jeu et seulement un but marqué en 270 minutes de jeu.
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Les sondages sont en berne pour les Diables Rouges après leurs meetings avec le Kazakhstan, l'Arménie, la Serbie et avant d'aborder l'Azerbaïdjan. Les vents d'est ont solidement écorné leurs ambitions. Il y a quelques mois, après le tirage au sort de cette grande aventure, Michel Preud'homme, alors président de la commission technique et patron de l'équipe nationale, espérait conquérir sept points lors des trois premières rencon- tres. La Belgique est loin du compte avec une récolte de quatre unités sur les neuf mises en jeu et seulement un but marqué en 270 minutes de jeu. Emile Mpenza n'a que du pétrole qatari dans son réservoir et il n'a pu résoudre ce problème offensif. A Belgrade, au confluent du Danube et de la Save, les amateurs de calcul mental relevèrent qu'il restait encore 11 matches à jouer, donc un trésor de 33 points. Il est vrai que l'équipe nationale y a eu de bons moments, signa une première mi-temps positive, ne fut jamais totalement dominée par son adversaire serbe qui exploita sa seule grosse erreur défensive et eut des occasions de but en fin de match. Mais ces signes encourageants seront-ils suffisants pour que le parti des Diables Rouges retrouve la confiance de ses électeurs ? Malgré ces doutes, Daniel Van Buyten assume un rôle de plus en plus important au c£ur de la liste de René Vandereycken. A 28 ans, 38 sélections et quatre buts en équipe nationale, la tour défensive des Diables Rouges (1,96 m, 87 kg) a effacé pour de bon les interrogations qui restaient accrochés à ses crampons. Il a indiscutablement acquis une dimension supplémentaire en Allemagne. Après avoir conquis Hambourg, dont il devint même capitaine, le géant de Froidchapelle s'est installé sans problème au centre de la DCA du Bayern Munich. Cette puissante mais patiente progression lui assure désormais un prestige palpable auprès de ses équipiers de l'équipe nationale. Même la presse, qui douta souvent de ses possibilités de progrès, pour ne pas dire de son talent, lui adresse désormais des regards plus attentifs. Il l'a prouvé en marquant en Arménie (0-1) et en faisant son boulot au stade Maracana de Belgrade (1-0, but de Nicolas Zigic). Les Serbes reconnaissaient, à l'image d' Ivica Dragutinovic, que les Diables Rouges les avaient inquiétés et secoués en fin de match mais, en attendant, ils se sont emparés de tout le magot : un but, trois points. L'exploit de l'immense buteur de Santander (2, 02 m, 95 kg) vaut déjà son pesant d'or. Van Buyten râlait ferme en songeant à la phase de jeu qui amena l'explosion slave : percée de Dragutinovic sur la gauche où il roule Moussa Dembele et Vincent Kompany dans la farine avant d'adresser le ballon au finisseur de la Liga. Big Dan a calmement modulé son discours. Le garçon timide d'autrefois (première de ses 38 sélections le 28 février 2001 face à Saint-Marin : 10-1) a cédé la place à un homme mûr qui parle beaucoup et mène sa barque avec dextérité. Il fait désormais partie de la caste des grands arrières européens. C'est une évidence qui ne le perturbe pas mais qui oblige ce leader à être de plus en plus ambitieux. Il a une taille patron que peu devinaient en lui au moment de son arrivée à Charleroi en 1997. En neuf ans seulement, il est passé de rien à tout, du secret des séries provinciales au toit du monde, de Somzée au Bayern Munich. Où s'arrêtera-t-il ? Est-il désormais l'indispensable dalle de béton de la nouvelle maison belge ? " Moi, je n'en doute pas car tout ce qu'il fait est bâti sur du solide, du sérieux et du travail ", note Robert Waseige qui l'a lancé tant en D1 qu'en équipe nationale. " La Bundesliga ne consacre pas des fumistes. Là, on ne se cache pas. Ses expériences à l'étranger lui ont déjà fait le plus grand bien et ce n'est pas fini, au contraire. Après avoir fourbi ses armes, il fait maintenant connaissance avec la culture du succès. Le Bayern lui offre la possibilité de gagner des titres. C'est entraînant mais cela représente aussi de nouvelles responsabilités. A Marseille, de 2001 à janvier 2004, il avait déjà franchi un cap. On le voyait souvent en zone de vérité. Sa taille et sa puissance de frappe ont fait des dégâts dans le rectangle adverse. L'OM a utilisé à fond sa faculté d'être très dangereux sur toute la longueur de l'axe central de son équipe. Il est extrêmement rare d'avoir un joueur pouvant s'exprimer de la sorte : solide derrière, capable de perforer une ligne médiane, prêt à s'imposer dans le trafic aérien au centre de la défense adverse. Cette polyvalence est importante. C'est un joueur altruiste qui se bat jusqu'au bout et est souvent le dernier à tenter l'ultime geste défensif. Homme contre homme, c'est un mur. Il apporte beaucoup au collectif avec, notamment, une bonne relance. Il peut s'exprimer aux trois étages d'une équipe. L'axe central est son royaume. Sa force dans la verticalité a payé aussi en équipe nationale. On se souvient de son but en Arménie mais il avait en réussi un très important (2-2) à Edimbourg en mars 2001. Généreux, il en faisait beaucoup à Marseille où l'apport de Franck Leb£uf lui fut très profitable. L'ancien international français l'a aidé dans son placement. Daniel a toujours écouté les conseils. Il avait parfois tendance à se placer devant l'attaquant qu'il devait neutraliser : il était impétueux et a retenu les leçons. Au Japon, je me souviens évidemment de son excellent match face au Brésil. Nous avions soigneusement étudié ses missions tactiques. Il se confiait beaucoup à Marc Wilmots dont l'expérience lui fut utile. Van Buyten devait avoir Rivaldo à l'£il sans jamais oublier Ronaldo qui pouvait donner l'impression de se désintéresser du match avant de frapper. Il fut impeccable comme tout le reste de l'équipe. Après un crochet en Angleterre, à Manchester City, son travail de fond lui a rapporté gros à Hambourg. Il était déjà plus serein, choisissait bien ses moments afin de mieux créer la surprise quand il mettait le nez à la fenêtre. C'est un joueur efficace qui s'adapte en ayant toujours un gros rendement. Il aime avoir le jeu devant lui. Quand on détient un tel élément, il faut orchestrer quelques mouvements stratégiques : centres, rentrées en touche, etc. ". Au terme de la saison 1996-1997, Michel Bertinchamps, le préparateur physique de Charleroi, rappela à Waseige qu'il y avait deux phénomènes à Somzée. Les Zèbres expédièrent leurs Espoirs à Walcourt afin de s'y mesurer à la formation des frères Van Buyten. C'était la dernière rencontre avant les vacances. Waseige s'y rendit et donna son verdict au repos du match : " Il faut absolument engager les deux Van Buyten, Alain et Daniel ". Waseige avait vu juste. Mais que se serait-il passé si le technicien liégeois n'avait pas fait preuve de conscience professionnelle ? Big Dan serait-il actuellement à Hambourg si RW ne s'était pas déplacé jusqu'à Walcourt ? Pas sûr. C'était une fameuse découverte : " Je m'attendais à une saison de transition. En fait, j'ai été étonné par la mobilité de Daniel Van Buyten. Ses atouts physiques étaient énormes. Son père était un catcheur et il a fait travailler physiquement ses fils durant leur jeunesse, entre deux saisons. Daniel mordait sur sa chique. Il lui est arrivé de jouer et de s'entraîner en étant blessé. C'est dire si le mental est à la hauteur. Je l'ai utilisé à plusieurs postes. Daniel n'a jamais rechigné quand je lui disais à Charleroi : - Exceptionnellement, j'ai besoin de toi au back droit. Préfères-tu relever ce défi, donc jouer en équipe première, ou avoir ta place habituelle en équipe réserve ? Son choix était vite fait. C'est un exemple car il a sans cesse revu et travaillé ses gammes techniques. La base était là. Il osait les longues transversales avec bonheur. Cela en disait long sur sa confiance. Un joueur limité ne le fait pas, cède son ballon au plus vite, trouve un équipier à trois ou quatre mètres. Daniel Van Buyten est totalement libéré. A 28 ans, il accède au top et l'étranger lui offre le respect qu'il mérite. Bien éduqué, il justifie sans cesse la confiance placée en lui. Il est humble et le restera. Le succès ne le changera pas mais lui permet aujour- d'hui d'être un premier de classe qui donne son avis et guide les jeunes, c'est bien. Je l'avais recommandé au Standard qui n'a eu qu'à se féliciter de ce transfert, je pense. Sa réussite est une reconnaissance légitime. En Belgique, on a trop longtemps chicané en parlant de Daniel Van Buyten. Personne ne devient par hasard le capitaine de Hambourg puis la clef de voûte du système défensif du Bayern Munich. C'est une richesse extraordinaire pour les Diables Rouges ". Paul Van Himst souligne lui aussi les progrès de Daniel Van Buyten. Il assume les relations publiques auprès des sponsors de l'équipe nationale avec sa légendaire bonne humeur. En tant que coach national, il avait autrefois dirigé le Daniel Van Buyten des années 90 : Philippe Albert. " Notre Ardennais constituait un des atouts de l'équipe nationale ", se souvient-il. " Quand il décochait une fusée, c'était terrible. Philippe Albert a marqué des buts importants. C'était un gagneur qui était parfois emporté par son tempérament. Cela a parfois provoqué des tensions car il ne cessait de monter et la zone désertée n'était pas toujours couverte. Quand un arrière a de telles impulsions offensives, les médians récupérateurs assument un rôle important. Ils doivent nécessairement veiller au grain. Comme Daniel, Philippe a réussi un beau parcours tant en Belgique qu'à l'étranger. Au départ, pourtant, ils ne suscitaient pas l'unanimité. Ce fut le cas aussi de Georges Grün qui végéta longtemps en Réserve avant que je ne lui accorde sa chance. Ce sont trois arrières qui ont beaucoup apporté au football belge. Ils prouvent qu'il y a du talent chez nous mais qu'il faut chercher et faire confiance. J'espère que le Centre Euro 2000 de Tubize resserrera les mailles du filet. Je suis heureux et fier qu'un des terrains porte mon nom. Ce sera un bel outil afin de découvrir d'autres Daniel Van Buyten ". Vu par Wilmots : " Un des meilleurs arrières de Bundesliga " Dans sa campagne de Hesbaye, Marc Wilmots est toujours animé par la même énergie qu'autrefois. Van Buyten est une force de la nature comme celui qui fut souvent son confident. Avec eux, un terrain serait vite labouré et les récoltes rentrées en moins de deux. " Personne ne s'impose en Allemagne sans mouiller son maillot ", souligne Wilmots. " Je ne vivais que pour métier à Schalke 04. Daniel Van Buyten s'est lancé à la conquête de Hambourg avec la même mentalité. A force de travail et de volonté, il s'est élevé au-dessus du lot et est devenu un des meilleurs arrières de Bundesliga. C'est un monstre de volonté. Je suis certain qu'il a beaucoup réfléchi à propos de tout ce qui lui est déjà arrivé. Il veut franchir une nouvelle étape et n'a pas eu peur de relever le défi proposé par le Bayern Munich. A Marseille et à Hambourg, il faut être ambitieux mais la pression est infiniment plus forte en Bavière. En France, Big Dan était autant un arrière qu'un buteur. C'est trop pour un seul homme. Mais ce qui est possible en L1 ne l'est pas en Bundesliga. Au Bayern, on ne le bride pas mais il reste un arrière. Je me souviens d'une soirée passée sur un balcon au Japon en 2002 : il voulait tout savoir sur le Brésil. Je l'ai rassuré avant ce grand match. Il fut impérial ce soir-là. Ce genre d'attitude ne trompe pas. Daniel est évidement taillé sur mesure pour le football allemand. A 28 ans, il aborde ses plus belles années ". En Serbie, Dragutinovic partageait le même avis que Wilmots : " La Belgique n'a pas le droit de se plaindre car elle a de jeunes et grands joueurs. Van Buyten est le leader de cette nouvelle génération belge. A côté de lui, il y a Kompany, Simons est un grand médian. Nous avons rarement autant ramé pour préserver un résultat ". Les compliments ne coûtent rien quand il y a trois points de plus dans la besace de son équipe. PIERRE BILIC, ENVOYÉ SPÉCIAL À BELGRADE