Rendez-vous au People, un café bruyant et enfumé comme un bar de Macao, fréquenté par des volées de jeunes très sympathiques qui regardent l'avenir avec de grands éclats de rires. A l'extérieur, les passants de l'avenue de la Toison d'Or, près de la Porte de Namur, à Ixelles, se laissent aller au lèche-vitrines, vont au cinéma, se précipitent vers l'entrée du métro, discutent, s'embrassent : c'est la vie comme elle va. Et Julien Gorius se sent visiblement à l'aise dans cet univers bien belge où les gaufres chaudes récoltent un vif succès : " Je joue à Malines mais j'habite à Bruxelles où je me sens bien. C'est une ville cosmopolite. J'adore me promener dans le haut de la ville où près de Place Flagey où j'ai des amis. "
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Rendez-vous au People, un café bruyant et enfumé comme un bar de Macao, fréquenté par des volées de jeunes très sympathiques qui regardent l'avenir avec de grands éclats de rires. A l'extérieur, les passants de l'avenue de la Toison d'Or, près de la Porte de Namur, à Ixelles, se laissent aller au lèche-vitrines, vont au cinéma, se précipitent vers l'entrée du métro, discutent, s'embrassent : c'est la vie comme elle va. Et Julien Gorius se sent visiblement à l'aise dans cet univers bien belge où les gaufres chaudes récoltent un vif succès : " Je joue à Malines mais j'habite à Bruxelles où je me sens bien. C'est une ville cosmopolite. J'adore me promener dans le haut de la ville où près de Place Flagey où j'ai des amis. " Personne ne le reconnaît mais est-ce tellement important ? Sa Toison d'Or, son ordre de chevalerie à lui, c'est la D1, là où il est devenu un redoutable duelliste. Ce Lorrain de 25 ans y multiplie les assauts, les bottes secrètes face à des adversaires prêts à tenter tous les coups de Jarnac. On n'imagine plus Malines sans lui, sans ce meneur de jeu chargé de tresser le cannage qui unit les milieux et les attaquants. Gorius organise la manoeuvre et dépose régulièrement sa carte de visite dans la boîte aux lettres du gardien de but adverse. Ce joueur est bel et bien devenu le Penseur de Maes : " J'ai trouvé ce que je cherchais à Malines. C'est un club où personne ne se prend la tête. On n'y rêve pas, comme ailleurs, en songeant à un titre inaccessible. Tout est d'abord bien organisé et c'est le jour et la nuit par rapport au FC Brussels, que je ne renie pas, où l'amateurisme était total. J'ai découvert un autre monde, un autre club où le travail paye et explique une progression constante. " Malines c'est une ambiance, un stade bourré de jeunes comme le People de la Porte de Namur. C'est une histoire aussi. " Je suis fier de défendre le blason d'un club qui a remporté la Coupe des Coupes en 1988 contre l'Ajax (1-0) et ensuite la Supercoupe européenne en 1989 ", avance Gorius. " Même si les temps ont changé, ces résultats restent gravés dans l'histoire du foot belge. Je suis conscient du poids de ces exploits et du passé de ce club. C'est aussi un sujet de satisfaction pour moi. Tout le monde ne porte pas les couleurs d'un ancien vainqueur européen. "Le style de Malines, c'est beaucoup de rage, un football à la sauce britannique, généreux de la première à la dernière minute de jeu. Cette formation est portée par son public. La communion est totale entre les supporters et les joueurs. Gorius : " A mon avis, Malines pourrait facilement remplir un stade de 20.000 places. C'est une bénédiction une telle atmosphère. Et je crois que les adversaires apprécient aussi : tout le monde a la chair de poule. Mais je ne suis pas du tout d'accord avec ceux qui réduisent notre jeu à du kick and rush. "Le ton est ferme : " Notre coach nous demande d'ailleurs de construire patiemment le jeu quand c'est possible. Moi, je trouve même que Malines a progressé par rapport à la saison passée qui fut excellente. Nous avions disputé la finale de la Coupe de Belgique, perdue contre Genk (2-0). Si on négocie bien le voyage à Gand (après le 2-2 de l'aller), nous aurons droit à un deuxième rendez-vous au stade Roi Baudouin. Ce serait chouette. Il ne faut pas oublier que Malines a perdu deux joueurs importants durant le dernier été. Nana Asare est parti à Utrecht et Björn Vleminckx au NEC Nimègue. Malgré cela, Malines a trouvé des solutions. Antonio Ghomsi s'est installé à l'arrière gauche. Vleminckx était un excellent attaquant. Il avait toute son importance dans l'organisation malinoise. Il pesait, avait du charisme, était craint par nos adversaires, marquait, cognait dur mais Aloys Nong n'a rien à lui envier... " Le Camerounais a été cité au Standard durant le dernier mercato. " Je ne me fais aucun souci pour lui ", explique Gorius. " Nong a assez d'atouts pour évoluer au top en Belgique. Il est rapide, sait garder un ballon, lit bien le jeu, etc. Je le trouve même plus complet que Vleminckx. Il tirerait facilement son épingle du jeu au Standard, j'en suis sûr. Et Nong n'est pas le seul joueur de Malines qui est sous-estimé. "Il songe entre autres à Joachim Mununga et à Yoni Buyens qui " sont des joueurs portés vers l'avant ". Gorius souligne le rôle de chacun dans le collectif, parle de Maxime Bisset, de David Destorme, de Koen Persoons, de Tom Soetaers avant de s'attarder sur Xavier Chen : " Il y a des joueurs qui peuvent briller durant des mois sans qu'on en parle. C'est le cas de Chen. Il peut faire ce qu'il veut, c'est à peine si on s'intéresse à lui. Or, il est bourré de talent. Il a l'art de mettre son opposant dans sa poche et porte régulièrement le danger dans le camp adverse. Chen est de très loin le meilleur arrière droit de D1. Les Diables Rouges ont apparemment un problème en ce qui concerne ce poste. Je ne comprends pas qu'on n'ait pas encore songé à Xavier. Pour moi, cela saute aux yeux : il a le niveau de l'équipe nationale. " Malines a pourtant des soucis en défense : " Bisset offre désormais plus de stabilité mais Malines n'est pas une équipe défensive. On prendrait moins de but en bétonnant mais notre jeu doit vivre... "Peter Maes est un cas. Peu d'entraîneurs vivent le football avec autant de c£ur. C'est un spectacle à lui tout seul. Son équipe a probablement besoin d'un coaching aussi présent et explosif. Si le public est le 12e homme de Malines, Maes est le 13e et peut-être plus. Il hurle sans cesse, pousse ses hommes, vocifère, s'en prend au monde entier. Gorius avait déjà été servi avec Albert Cartier au Brussels : ces barils de poudre ne le lassent-ils pas ? Ne dit-on pas que Cartier y allait fort dans son langage et qu'il aurait utilisé une bombe atomique pour écraser un puceron ? Maes y va-t-il de la même façon ? " Maes est beaucoup plus dur que Cartier ", précise tout de suite Gorius. " Il m'a parfois fait peur dans sa façon de s'adresser à nous. Mais je crois aussi que c'est indispensable. Son niveau d'exigence est élevé et je progresse. Donc, j'ai parfois besoin d'être mis au pied du mur, d'autres aussi. A mon avis, son approche serait différente à la tête d'un club qui est installé dans le top depuis des années. Or, Malines a besoin de toute sa concentration pour un peu progresser chaque année. Cette saison, nous avons flirté avec les grands avant de connaître un passage à vide. Je suppose que cela l'a beaucoup tracassé. En Belgique, Cartier a toujours eu des équipes à la rue. Quand on n'a pas une masse de talent, le mental doit compenser. Cartier n'avait pas d'autres choix. A Tubize, certains se sont étonnés quand, au retour d'une défaite, il imposa un jogging nocturne. Moi, cela ne m'a pas du tout choqué. En France, on secoue souvent les joueurs après une défaite évitable. Il m'est arrivé de m'entraîner la nuit après un retour de province. Et il fallait revenir au stade quelques heures plus tard. Cela remettait les idées en place. Cartier connaît son métier et lui aussi à l'envergure nécessaire pour de bons clubs. Je lui dois tout : c'est grâce à lui que ma carrière a démarré. "Gorius a passé toute sa jeunesse en Lorraine. Formé au FC Metz, la concurrence était sévère pour obtenir une place en D1 : " Je m'interrogeais beaucoup à l'époque où j'ai reçu un appel de Cartier pour aider le Brussels. Comme j'étais dans l'incertitude à Metz, j'ai accepté. Et je ne l'ai jamais regretté malgré les soucis qui ont entouré mon passage du Brussels à Malines. Au début, j'ai découvert une autre planète. En France, tout est nickel ; le stade, les vestiaires, les salles de soins, les terrains, etc. Au Brussels, c'était le désert. Je ne croyais pas que c'était possible en D1. Les kinés ont réalisé des miracles sans aucun matériel. Je les admire. Nous nous entraînions sur des terrains qui n'ont pas de nom. Il était impossible de bien calibrer un ballon. En France, il est inimaginable qu'un club de L1 ne dispose pas de son centre d'entraînement. Au Brussels, des repas étaient prévus au stade mais on les annulait sans prévenir personne et Cartier, impuissant, nous demandait d'aller acheter un sandwich pour avoir quelque chose dans le ventre avant le deuxième entraînement. Le président, Johan Vermeersch, faisait une croix sur les repas pour exprimer son désaccord après une défaite, je suppose ! Je ne veux pas cracher dans... la soupe. Vermeersch avait un bon fond et son intention était de bien servir son club mais ce n'était pas la bonne manière. L'amateurisme ne peut pas mener au progrès. Et cela a finalement un prix : la descente. Vermeersch a encore essayé d'éviter l'irrémédiable. A un moment, il a engagé toute une flopée de joueurs. Franky Vander Elst avait remplacé Cartier. Les nouveaux venaient de tous les horizons et il n'y avait plus deux joueurs qui parlaient la même langue dans le vestiaire. A la fin de la saison 2007-2008, le verdict était clair : le Brussels avait perdu sa place en D1. J'étais anéanti car ce club m'avait permis de me faire un nom et j'en serai toujours reconnaissant au club et à Vermeersch. Mais j'étais encore sous contrat et pas question de plonger en D2 ; ça pouvait être néfaste pour ma carrière. J'étais venu en Belgique pour avancer... Vermeersch a refusé de parler d'un transfert. J'ai dû forcer la décision en évoquant des points de mon contrat qui n'avaient pas été respectés... Je préfère cependant retenir les bonnes choses. A Metz, je faisais partie des meubles. Le club prêtait peut-être moins attention à des jeunes qu'à des éléments acquis pour des objectifs immédiats. J'étais peut-être aussi installé dans la facilité... Mais mon univers était bouché. J'avais besoin de me secouer, de changer mes habitudes. " par pierre bilic: photos: belga"Nong pourrait jouer au Standard."